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Étude sémantico-syntaxique des verbes d’expérience subjective (les verbes de sentiment)

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Aspect et contrastivité.

Étude sémantico-syntaxique des verbes d’expérience subjective

(les verbes de sentiment)

                        Sommaire :

Introduction – Aspect et aspectivité

1. La catégorie de l’aspect : caractères généraux

2. La relation aspect-aspectivité

  2.1. Les classes aspectuelles

   2.1.1. La classification des types de procès de Vendler

  2.1.2. La typologie des procès selon Paillard

  2.1.3. Problèmes directement liés aux classes aspectuelles

a. Problématique  du « bornage 

b. Télicité

c. Homogénéité

Chapitre I - Les verbes de sentiment

1. Quelques définitions et un peu de sentiment;

2. Délimitation de la classe des verbes de sentiment dans la classe des verbes d’expérience subjective et plus précisément dans la classe des verbes psychologiques ;

3. Classement des verbes de sentiment :

  3.1. le point de vue sémantique ;

  3.2. le point de vue syntaxique.

Chapitre II - Aspect et aspectivité des verbes de sentiment

1.L’aspect grammatical des verbes de sentiment ;

2.L’aspect sémantique des verbes de sentiment ;

3.Description des traits aspectuels des verbes de sentiment

Chapitre III - Analyse contrastive des verbes de sentiment

1. Cadre théorique de la contrastivité;

2. Contrastivité et aspectivité des verbes de sentiment;

3. Grammaire franco-roumaine

                      INTRODUCTION

1. La catégorie de l’aspect : caractères généraux

         Les recherches sur l’aspect verbal se trouvent au carrefour des études de sémantique linguistique, d’inspiration générative ou philosophique, de la théorie des modèles, ainsi que des théories actuelles sur le discours. On remarque un très grand saut accompli sur ce plan, dans les dernières décennies, si l’on se rapporte aux observations que Vendryès[1]  faisait dans les années quarante :

          “ Il n’y a guère en linguistique de question plus difficile [que celle de l’aspect], parce qu’il n’y en a pas de plus controversée et sur laquelle les opinions divergent davantage. On n’est d’accord ni sur la définition même de l’aspect, ni sur les rapports de l’aspect et du temps, ni sur la façon dont l’aspect s’exprime, ni sur la place qu’il convient de reconnaitre à l’aspect dans le système verbal des différentes langues.”

            L’aspect, c’est la catégorie verbale qui a connu une évolution historique singulière dans les théories grammaticales car on a considéré que seules quelques langues disposent de cette catégorie grammaticale. Peu à peu , elle a réussi à susciter l’interêt des linguistes,  s’avérant la catégorie centrale de tout procés exprimé par le verbe, “la pièce maitresse de l’architecture du verbe” comme la considérait G.Guillaume (1929 :109) :

            “L’aspect est une forme qui, dans le système même du verbe, dénote une opposition transcendant toutes les autres oppositions du système et capable ainsi de s’intégrer à chacun des termes entre lesquels se marquent les dites oppositions.”

             À l’opinion de D. Cohen (1989 :15), les définitions les plus courantes de l’aspect illustrent deux conceptions “ pas toujours clairement exprimées et qui parfois, chez les mêmes auteurs, se substituent l’une à l’autre dans une oscillation insidieuse.” La première reconnait comme aspectif tout ce qui dans le verbe ne relève pas du temps situé ( ou,  bien entendu,  des catégories  du mode, de la voix et de la personne ). Ainsi pour Jens Holt [2](1943 :6 ) par exemple, “les aspects sont les manières diverses de concevoir l’écoulement du procès même.”  La définition qui résulte d’une telle conception est cumulative. Elle aboutit à une énumération de différents phénomènes sémantiques affectant le verbe, plutôt  qu’une explicitation synthétique de ce qui leur est commun. Les définitions fournies par les dictionnaires de linguistique ne sont pas plus intégrantes. L’aspect est une catégorie grammaticale qui exprime la représentation que se fait le sujet parlant du procès exprimé par le verbe (ou par le nom d’action), c’est-à-dire la représentation de sa durée, de son déroulement ou de son achèvement (aspect inchoatif, progressif, résultatif, etc.), alors que les temps, les modaux et les auxiliaires de temps expriment les caractères propres du procès indiqué par le verbe indépendamment de cette représentation du procès par le sujet parlant.[3]

               La seconde conception de D. Cohen (1989 :17) est plus synthétique et se charge d’un contenu positif : «  est aspectif tout ce qui dans un verbe relève de la notion de “ durée” du procès. » Elle  trouve une expression particulièrement concise chez J. Vendryès [4] : “On appelle du nom d’aspect la catégorie de la durée.”

                La difficulté d’identifier l’aspect dans le système verbal des langues romanes à cause des marqueurs syncrétiques aspectuo-temporels a conduit les linguistes à des recherches plus poussées dans le domaine, et à des découvertes grosses de conséquences pour l’ensemble de la théorie de l’aspect.

                Catégorie grammaticale caractérisant surtout la classe des verbes, l’aspect se définit comme une qualité inhérente au procès ; il en exprime l’état d’achèvement, indépendamment de tout mode  ou repère chronologique : Le malheur a vite choqué.  ⁄ Le malheur choque vite  sont deux formes identiques en ce qui concerne  le mode mais qui s’opposent par leur aspect.

La notion d’aspect verbal est apparu en linguistique française comme le résultat d’une tentative de transposition à la description des mécanismes grammaticaux du français d’une catégorie qui provient des descriptions du russe et des autres langues slaves, qui possèdent des moyens morphologiques spécifiques pour marquer cette catégorie dans les formes verbales.

            À ces tentatives de recherche, dans le verbe français, de catégories sémantiques et de traits formels équivalents à ceux des langues slaves sont venues s’ajouter les apports des études portant sur les langues classiques - spécialement le latin - concernant 1’aspect verbal.

                La controverse  provient de ces tentatives de recherche ayant pour but de décrire dans les langues romanes ces catégories déjà étudiées dans d’autres langues: le terme générique d’aspect verbal est appliqué généralement à des phénomènes dont l‘hétérogénéité a empêché les linguistes d’en donner une définition satisfaisante; cet état de choses a généré une certaine confusion chez les chercheurs .

Les langues romanes et le français a fortiori ne sont pas considérées comme des langues où l’aspectualité joue un rôle prépondérant parmi les catégories verbales. Ainsi, Coseriu [5](1976, 110) décrit ces langues comme des “systèmes à prédominance temporelle ” où la catégorie aspectuelle n’est pleinement développée que sur le niveau temporel du passé, dans la distinction entre un imparfait et un passé perfectif. Weinrich [6](1964), refuse la notion d’aspectualité tout en rejetant cette primauté de la temporalité dans la structuration du système verbal roman : l’application de l’une comme de l’autre serait inappropriée aux langues romanes et condamnables (cf. Weinrich, 1964, 159).

Plusieurs linguistes français ont été préoccupés par la question de l’aspect, tel qu’il se manifeste dans les langues romanes et particulièrement en français. Une occasion favorable à leurs recherches a été un colloque organisé par le Centre d’Analyse syntaxique de l’Université de Metz, en mai 1978, auquel ont participé des personnalités de premier rang comme E.Coseriu, A.Culioli, M.Gross, R.Martin, J.P.Desclés, F.Nef, B.Pottier, M.Wilmet. Leurs idées ont été publiées ensuite dans le volume La notion d’aspect, de la collection “ Recherches linguistiques”, paru en 1980.

On y remarque une grande diversité de points de vue et de méthodes d’analyse, qui portent sur divers problèmes concernant l’aspect : définition de cette catégorie selon ses expressions linguistiques dans diverses langues, distinction entre aspect grammatical et aspect lexical, étude des rapports entre l’aspect, le mode et le temps, identification et analyse de divers marqueurs aspectuels

Mais cette diversité concernant les problèmes de l’aspect (dans le volume cité , il y a des recherches faites dans l’esprit et avec les moyens de la tradition guillaumienne, d’autres qui proposent le traitement formel comme moyen d’analyse, d’autres encore qui étudient le problème de l’aspect à travers les opérations énonciatives) a comme but commun celui observé par B.Pottier dans son  Essai de synthèse sur l’aspect : celui de “construire un outil conceptuel capable de servir de référence commune.” (B.Pottier, 1980 :239)

Les études des logiciens s’ajoutent à celles des linguistes. Et en ce sens, J.P.Desclès (1980 :195-229 ), dans cet effort de définir l’aspect, dans son recueil La notion d’aspect, présente les résultats de ses études dans le domaine de la “ construction formelle de la catégorie grammaticale de l’aspect”.

Partant des questions de la terminologie aspectuelle, qui « n’est ni unitaire ni rigoureuse », J.P.Desclés vise à assigner une signification univoque et clairement transmissible à chacun des termes comme : ponctuel, continu, révolu, achevé, réalisé, accompli, parfait, valeur aoristique, certain, état résultant, état non-borné, processus, concomitance, déplacement, moment de l’énonciation, durée : “ Ces termes interviennent obligatoirement dans toutes les discussions sur l’aspect et il n’est pas du tout sûr que les linguistes les emploient avec la même valeur, d’où les dérapages qui troublent tous les débats.” (J-P. Desclés, 1980 :200 )

 En vue de la description des propriétés aspectuelles des procès exprimés par les verbes , Desclés  parle d’un langage qui emploie des “ concepts mathématiques de la topologie générale (intervalles, coupure, structure d’espaces séparés )”( 1980 :226), grace auxquels il réussit à donner la définition exacte et la représentation topologique des valeurs aspectuelles de diverses formes temporelles : le présent actuel, le présent prospectif, le présent translaté (imparfait), l’imparfait de «  rupture », l’imparfait de discrétion, le parfait du présent, le parfait translaté, le présent « historique ». La mathématisation des concepts qu’il propose a l’avantage d’être non seulement systématique et rigoureuse, mais aussi assez accessible aux linguistes.

Les études des aspectologues français, dont nous avons rappelé ici  quelques-unes  des plus importantes, ont abouti à des résultats notables dans l’analyse de l’aspect. Celui-ci n’est plus considéré comme une catégorie  purement verbale, mais comme une catégorie qui se manifeste au niveau du procès exprimé par le verbe, dans le cadre de la prédication. Le rôle des actants est maintenant pris en compte par tous les chercheurs qui s’occupent de l’aspect.

 En guise de conclusion sur le problème historique, on  a constaté que seul le système slave présente l’originalité d’opposer, pour l’expression de l’aspect, des verbes complètement différents et non pas des conjugaisons complémentaires dans un même verbe . Cette originalité a constitué dans l’histoire de la linguistique une condition favorable pour l’identification da la catégorie de l’aspect. Mais elle s’est révélée négative pour l’analyse du trait aspectif lui – même. D’une part, elle lui interdit de se poser en modèle pour l’analyse  des faits dans les autres langues. D’autre part, les liens que les aspects russes conservent avec le lexique, rendent opaques les bases sémantiques.

2. La relation aspect – aspectivité

    Celui qui a fait pour la première fois la distinction entre aspect et aspectivité a été le linguiste suédois S. Agrell ( 1908 ), qui oppose la catégorie aspectuelle proprement dite aux simples “ modalités d’action ” ou “ Aktionsart ”. En étudiant ce sujet, M. Kozlowska (1998 :101 ) dit que l’“Aktionsart désigne la lexicalisation d’une différence sémantique, et que, de manière générale, la notion d’Aktionsart est identifiée à celle de classe aspectuelle. ” Tout en suivant les mêmes idées, Confais (1995 :42)  entend par Aktionsart “ le mode d’action impliqué dans le lexème verbal indépendamment de ses réalisations grammaticales : ainsi le verbe  « dormir »  exprime un procès impliquant une certaine durée, quel que soit le temps grammatical avec lequel il est réalisé et il est appelé à ce titre « duratif ». Cet aspect lexical constitue donc une “qualité sémantique, invariante” (Bartsch, 1980 :42 )[7]  du verbe : il peut être dit « objectif » au sens où le locuteur n’a aucun moyen de le modifier.”

La controverse sur la question de savoir si on peut parler d’aspect ou d’aspectualité dans le domaine néo-latin est évidemment due à un certain nombre d’ambiguïtés terminologiques et définitoires, dont celle de la distinction entre aspectualité, d’une part, et actionnalité, de l’autre. Cette distinction correspond à celle – plus traditionnelle – entre aspect et “Aktionsart” ou entre “aspect grammatical” et “aspect lexical” (cf. Quesada, 1994, 101 ; Bertinetto / Delfitto, 2000)[8]. Comme le suggère le terme d’“aspect grammatical”, l’aspectualité s’exprime souvent dans la grammaire ou, plus précisément, dans la morphologie. Dans un souci de clarté terminologique, il semble utile de réserver le terme “aspect” à l’aspectualité exprimée par des morphèmes grammaticaux distincts.

Cela permet de différencier l’aspect proprement dit des autres moyens d’expression de valeurs aspectuelles qui comprennent, par exemple, des éléments lexicaux tels des adverbes. Ce choix terminologique rend compte aussi de la différence entre l’imparfait et le passé perfectif dans les langues romanes, différence d’aspectualité qui ne s’exprime pas à travers une morphologie spécifiquement aspectuelle et qui, par conséquent, ne peut être considérée comme différence d’aspect au sens strict que sous réserve .

Contrairement au système verbal des langues slaves, pour lequel la distinction entre des modes de procès objectifs, tels la «  durativité » et la « résultativité » est problématique, en français, la distinction entre les deux types d’aspect s’impose pour la simple raison qu’il est toujours possible de mettre n’importe quel verbe à n’importe quelle forme aspectuelle.

L’aspectivité semble se trouver sous la dépendence de l’aspect grammatical car, comme le montre R.Martin (1971 :78) “l’information aspectuelle véhiculée par la désinence est capable de changer à tel point le contenu aspectif du lexème qu’il peut en être quasiment inverse” et il donne l’exemple du verbe « savoir », qui, étant imperfectif par son aspectivité, se combine naturellement avec l’imparfait pour exprimer son sens primaire ; au passé simple, « savoir » n’a pas le même sens car il devient perfectif en présence de cette forme temporelle perfective ; cet autre sens s’accorde avec cette nouvelle valeur aspectuelle : il sut que= il apprit que

D’autre part, l’aspectivité influence aussi l’aspect grammatical : “la modalité d’action n’est pas sans incidence sur le choix du temps. Tel lexème se combine plus volontiers avec l’IMP que tel autre, et inversement pour le PS ”( R. Martin, 1971 :78)[9]. C’est toujours R.Martin[10](1971 :166) qui montre avec les arguments de la statistique que “ les lexèmes de tendance perfective ont une affinité naturelle avec la perfectivité du PS ou la valeur d’accompli des temps composés et, inversement, que les lexèmes de tendance imperfective s’accordent par nature avec l’IMP.” Lorsque ces affinités entre l’aspectivité du lexème verbal et l’aspect grammatical exprimé par la forme temporelle sont contrariées, il y a toujours «  effets de sens » tel l’imparfait “de rupture”.

        Dans l'ivresse de la découverte au 19ème siècle des relations génétiques parmi les langues indo-européennes, la théorie de l'Aktionsart est la supposition que les temps de verbes en grec sont employés pour communiquer comment une action se produit objectivement. Le résultat est un système complexe où certaines valeurs sont attachées aux formes de temps, tel ponctuel pour l'aoriste, duratif ou linéaire pour le présent.

           Par conséquent certains ont pu trouver une référence à l'action inceptive (l'action à son point de départ), perfective (l'action amenée à terme), ou itérative (l'action qui se répète), et ainsi de suite; le système variant selon l'auteur. Un défaut identifiable de cette perspective est son ambivalence entre les formes de temps et ses capacités de caractériser l'action objective. Par exemple, le grec n'a pas de forme de temps itérative, et souvent l'action aoriste n'est pas ponctuelle.

         Cette analyse a de la difficulté à expliquer la description du même événement utilisant, par exemple, l'aoriste et le présent, puisque  la mesure objective du type d'action ne peut être définie seulement en termes d'usage verbal. De plus, il est arbitraire de caractériser toute action entrant dans seulement trois catégories objectives. Cette façon de voir a été grandement mise en avant par les grammaires grecques , la plupart de ces outils ayant été écrits il y a au moins cinquante ans.  

        Plusieurs chercheurs ont développé l’idée de l’opposition entre aspect et aspectivité, insistant sur la nécessité de distinguer entre : 

     -“aspect et mode d’action (Aktionsart)” (Arne Klum, dans sa thèse, Verbe et adverbe.Étude sur le système verbal indicatif et sur le système de certains adverbes de temps à la lumière des relations verbo-adverbiales dans la prose du français contemporain, Upsala, 1961) (cité par R.Martin, 1971) ;

       -“aspect et modalité d’action”( O.Duchàček, dans Sur le problème de l’aspect et du caractère de l’action verbale en français, article publié dans « Le français moderne » no.4, 1966)[11] ;

       -“aspect et aspectivité (Aktionsart)”( J.Feuillet, dans Introduction à l’analyse morphosyntaxique, Paris, 1988)[12]

      -“aspect et mode d’action” ( Co.Vet, dans La notion de monde possible et le système temporel et aspectuel du français, article publié en « Langages », no.64. 1981) ;

     -“aspect grammatical et aspect lexical”( Teodora Cristea, dans Grammaire structurale du français contemporain, Bucuresti, 1979);

    -“aspect et modalité d’action”( R. Martin, dans Temps et aspect. Essai sur l’emploi des temps narratifs en moyen français, Paris, 1971).

        Dans l’opinion de Teodora Cristea, il existe un rapport entre le thème lexical du verbe et l’aspect grammatical de celui-ci, et elle distingue “ deux classes sémantiques de verbes qui par leur nature lexicale même sont aptes à exprimer des procès achevés ( à terme fixe) ou inachevés ( dont le déroulement peut se prolonger indéfiniment). On oppose ainsi des verbes terminatifs ( ponctuels, momentanés ou instantanés ) et des verbes non-terminatifs (cursifs). Les premiers indiquent une action qui se trouvent arrêtée par une limite naturelle : naitre, mourir, trouver, entrer, sortir, achever, finir, accomplir, etc. Les seconds ont un thème qui implique la durée de l’action : courir, nager, circuler, chasser, pourchasser, régner, jalouser, aimer, habiter, pleurer, pleuvoir, parler, bavarder, etc.” (T. Cristea, 1979 :50)

          C. Vet parle aussi de la notion d’aspectivité, qu’il attribue à la phrase entière et non pas au seul lexème verbal et il distingue deux catégories principales de “modes d’action” : « transitionnel » et «  non-transitionnel ». Ensuite , il emploie cette notion pour expliquer le comportement syntaxique « ambigu » du passé composé et pour analyser les combinaisons du temps verbal, de l’aspect et du mode d’action, d’une part, et d’un adverbe de temps, d’autre part. ( C. Vet, 1981 :114).

             Toujurs à propos de l’aspectivité , R.Martin remarque que : “l’idée de durée  entre implicitement dans tout lexème verbal. Mais il se peut qu’elle en constitue un sème essentiel ( préserver : composante 1= «  état d’esprit ou dispositions louables »; composante 2 = « ces dispositions sont maintenues sans défaillance pendant un certain temps », si ce n’est tout le noyau sémique ( durer, continuer,)” (R.Martin, 1971 :77 ).À son avis, il y a aussi d’autres caractérisations possibles du procès dont les informations se trouvent dans le lexème verbal : la progression ( grandir, vieillir, progresser, etc.), l’itération ( radoter, répéter, etc. ), l’inchoativité ( s’enfuir, poindre, débuter, commencer, etc. ), l’idée de perfectif ( abattre, aboutir, casser, entrer, fermer, sortir, tomber, etc.) ou l’idée d’imperfectif ( admirer, aimer, chasser, cultiver, danser, dormir, écrire, travailler, voyager, etc. ) ( R. Martin , 1971 :77 )

             J. Guéron traite aussi le problème de l’aspect et de l’Aktionsart dans son article Sur la syntaxe de l’aspect, paru dans le livre “ Temps et aspect”(textes réunis et présentés par Brenda Laca). Elle considère que “l’Aktionsart se réfère à la structure temporelle interne à l’événement que le syntagme verbal (VP = Verb Phrase) dénote. L’Aktionsart du VP résulte d’un calcul fait à partir des traits d’Aktionsart [+/- étendu (+ET), +/- borné] inhérents à ses constituants. Ces traits se combinent pour dériver les différents types d’événements. Par exemple, l’événement « boire de l’eau » est une « activité » [+ étendu, -borné], tandis que « boire un verre d’eau » est un «  accomplissement » [+ étendu, +borné]. Le complément d’objet , qui est [+ étendu, -borné ] dans le premier cas  et [+étendu, + borné] dans le second cas, contribue à définir l’Aktionsart du syntagme verbal dans son ensemble.”( J.Guéron- « Sur la syntaxe de l’aspect », 2002 :100)

            Elle parle aussi de l’Aktionsart d’une racine lexicale qui “serait inséparable de son contenu descriptif” : le verbe « lire », par exemple, ne peut avoir qu’une Aktionsart [+ étendu]  puisqu’il inclut dans sa dénotation  tous les gestes physiques séquentiels qu’implique l’acte de la lecture.” En même temps, les traits  d’Aktionsart du verbe et de ses arguments sont interprétés “sur le plan spatial dans le domaine du VP et sur le plan temporel au niveau structuralement supérieur du syntagme temporel (TP= Tense Phrase).” Parce qu’il est basé sur les traits sémantiques inhérents aux racines lexicales, “le calcul de l’Aktionsart est uniforme d’une langue à l’autre pour des prédicats équivalents.”

           En plus, l’Aktionsart ne représente pas une propriété qui concerne seulement les verbes, mais, elle caractérise aussi les noms, les adjectifs, les adverbes, les propositions et tous les items lexicaux.

          Toujours dans le même article, « Sur la syntaxe de l’aspect » (2002 :101), J.Guéron  rappelle que :“ l’aspect, par contre, n’est pas un trait inhérent à la racine d’un item lexical, mais un trait grammatical indépendant de la racine. En outre, tandis que l’Aktionsart caractérise toutes les racines lexicales de la langue, V, N, etc., l’aspect est porté uniquement par les verbes.

             La raison pour laquelle Aktionsart et aspect sont souvent confondus est que les deux types de traits sont formellement identiques, [+/- étendu, +/- borné ]. On peut dire que l’Aktionsart fonctionne comme l’aspect d’un item lexical en définissant son contenu descriptif d’abord en termes d’espace, ensuite en termes de temps ; tandis que l’aspect fonctionne comme un trait d’Aktionsart sur le morphème de temps qui lui permet de définir un intervalle temporel.”

            La linguiste note aussi que l’Aktionsart et l’aspect se distinguent nettement en syntaxe et en morphologie. L’Aktionsart , “ qui est purement spatiale, est interprétée dans le domaine VP, tandis que l’aspect qui est temporel, est interprété dans le domaine TP. Les mêmes traits d’un  verbe peuvent , sous certaines conditions, fonctionner comme Aktionsart dans VP et comme aspect quand le verbe monte à T.”

            Préoccupée par les problèmes qui concernent la relation aspect-aspectivité, J.Guéron fait également remarquer que : “ morphologiquement, l’Aktionsart ne se distingue pas des traits lexico-sémantiques de la racine lexicale du mot. Mais l’aspect a une forme propre , totalement indépendente du contenu descriptif du verbe. Canoniquement, l’aspect prend la forme d’un trait ou d’un morphème grammatical qui fusionne avec le trait ou le morphème  de temps dans la flexion verbale.”

              Et  c’est  ce rapport entre aspect et aspectivité, leurs influences respectives et les conséquences qui en découlent que nous nous proposons d’étudier sur la classe des verbes de sentiment.

        2.1.Les classes aspectuelles

              L’aspectivité (ou l’aspect sémantique) –c’est-à-dire le trait intrinsèque et immuable du verbe- reflète des « propriétés aspectuelles primitives du predicable »( J.P.Desclés, 1980 :202) et se trouve à la base de la distinction entre des lexèmes évoquant des procès « ponctuels » d’une part », et « duratifs » d’autre part .(B.Pottier, 1980 :242)

               En tenant compte de l’aspectivité, les chercheurs ont employés plusieurs notions pour la partition binaire  des verbes :« perfectif »/« imperfectif », « duratif »/« ponctuel », « terminatif »/ « non-terminatif », « transitionnel »/ « non-transitionnel ». Ces notions, assez transparentes sémantiquement, ne font que caractériser les types de procès qu’ils nomment.. Mais, outre le cadre des types de procès, il faut observer les traits aspectuels qui les distinguent et leur appliquer des tests qui soient fonctionnels pour la mise en évidence de leurs valeurs aspectuelles.

              Avant d’étudier l’ensemble des composantes linguistiques participant au repérage aspectuo-temporel d’une occurrence de procès depuis un quelconque repère-origine, nous allons commencer par aborder le problème de l’aspect verbal ou Aktionsart qui a à voir avec le mode d’inscription du procès dans le temps tel qu’il a été défini au travers de sa notion (c’est pourquoi on parle aussi d’aspect lexical). Certes, l’Aktionsart a toujours à voir avec le temps interne au procès, mais il n’implique pas le point de vue du sujet énonciateur (par opposition à l’aspect dit grammatical). La distinction la plus commune de l’aspect verbal concerne l’opposition entre verbes d’état et verbes d’action (d’autres parlent également d’états et de processus). Cependant, ce terme d’Aktionsart est susceptible de couvrir d’autres oppositions de nature aspectuelle que la dynamicité[13], comme le bornage (télicité versus atélicité) ou la ponctualité.

             Comme M. Kozlowska (1998 :104) le remarque :il y a plusieurs typologies de classes aspectuelles et les plus importantes sont celles de Vendler, Mourelatos, Dowty et Parsons. On observe qu’il s’agit effectivement du passage de l’analyse des types de verbes (chez Vendler) à une analyse des types d’éventualités (chez Parsons). Cette évolution illustre l’élargissement de la problématique de l’aspect et le déplacement de l’intérêt de la perspective grammaticale vers une perspective ontologique , manifeste chez Mourelatos et chez Parsons.

           Pour réaliser cette étude des procès , nous ferons usage de deux classifications de l’aspect verbal :



      - la première, celle de Zeno Vendler, qui s’appuie sur des considérations d’ordre cognitif, consiste à opposer activités, accomplissements, achèvements (trois différents types d’action) et états.

      - la seconde,celle de Denis Paillard, qui pose une distinction entre (i) procès compacts renvoyant à un verbe d’état ou à une propriété, (ii) procès discrets renvoyant à une action et (iii) procès denses, malléables du point de vue aspectuel, qui fonctionnent soit comme des procès compacts soit comme des procès discrets.

           La classification élaborée par Denis Paillard[14] qui s’inscrit dans le cadre de la Théorie des Opérations Prédicatives et Enonciatives de Culioli est celle dont nous avons fait usage lors de l’étude des conjugaisons. Cette classification est constituée d’une opposition ternaire entre procès compacts, procès discrets et procès denses.

         A la différence de la classification de Paillard qui s’est appuyé sur des critères liés au comportement linguistique des procès, la typologie proposée par Vendler est fondée, quant à elle, sur le comportement cognitif et anthropologique de l’homme (la manière dont l’homme catégorise les événements).

2. 1.1.  La classification des types de procès  de Vendler

        La classification des procès qui fait autorité dans le monde de la linguistique est sans doute celle du philosophe Zeno Vendler (1967). D’ailleurs, pour établir son modèle calculatoire et géométrique de la temporalité linguistique, Laurent Gosselin , dans son ouvrage “Sémantique de la temporalité en français : un modèle calculatoire et cognitif du temps et de l’aspect ”(1996)  s’est appuyé sur les travaux de Vendler afin de traiter les relations aspecto-temporelles liées à la problématique de l’Aktionsart, et c’est exactement ce qu’a réalisé Z.Vendler en 1967 [15] dans Linguistics and Philosophy, chap.IV « Verbs and times », en  faisant une classification des verbes anglais en fonction de leurs traits aspectuels :

       -usage possible ou impossible de la forme progressive ;

      -bornage ou non bornage du procès exprimé par le verbe;

      -durée ou non durée du procès.

          Tout d’abord il faut préciser, que Vendler n’emploie pas la notion de classe aspectuelle. Il parle de types de verbes et les quatre notions qu’il emploie, seront appélées des classes aspectuelles par la suite. En vertu des traits aspectuels, le linguiste distingue quatre classes de verbes[16] :

        -les verbes d’activité (« activities ») ;

        -les verbes d’accomplissement (« accomplishements »);

        -les verbes d’achèvement (« achivements »);

        -les verbes d’état (« states »).         

       Vendler a établi sa classification des procès en adoptant tout à la fois un point de vue cognitif et linguistique visant à prédire la manière dont vont se comporter ces unités linguistiques à partir de la manière dont tout sujet cognitif appréhende les événements[17].

Pour ce faire, il distingue trois traits caractéristiques à toute occurrence d’événement qui vont servir de critères à l’établissement d’une classification. Ces trois critères, qui obéissent à un comportement binaire (soit le critère caractérise un procès, soit le critère ne permet pas de caractériser un procès), sont : la dynamicité, le bornage et la ponctualité. La dynamicité caractérise un événement qui se résume à une somme de changements ; le bornage concerne la manière dont est pris en compte le terme d’une occurrence d’événement (on parle aussi de télicité) et le trait ponctuel vaut pour des procès renvoyant à des événements qui ne présentent pas de durée interne.

         Ainsi, à partir de ces trois critères, Vendler parvient à dégager quatre types de comportements cognitifs vis-à-vis des événements qui permettent de classer les procès (nous utiliserons des verbes issus du français pour illustrer ces quatre catégories) :

       - les états qui sont non dynamiques, non bornés et non ponctuels: “être rouge”, “se trouver”,  “être malade”…

       - les activités qui sont dynamiques mais non bornées et non ponctuelles: “travailler”, “manger”, “attendre”…

        - les accomplissements qui sont dynamiques et bornés mais non ponctuels: “aller”,  “traverser”

         - les achèvements qui sont dynamiques, bornés et ponctuels: “s’endormir”…

            Les états renvoient à une propriété, à une situation stable. Il existe deux sortes d’états :

     - les états nécessaires qui ne comportent ni début ni fin

     - les états contingents qui comportent un début et une fin.

         Pour autant, explique Laurent Gosselin, la borne initiale et la borne finale des états contingents ne sont pas perçues comme appartenant au procès (au travers de sa notion) mais comme des limitations extrinsèques. Voici la représentation métalinguistique qu’en donne Gosselin :

       “Quant aux activités, elles sont uniquement caractérisées par la dynamicité.”, c’est-à-dire, selon Gosselin[18], comme une série de changements (comme une situation ayant un début et une fin, sans que ce début et cette fin soient envisagées comme impliquées par le procès).

         Les accomplissements se définissent donc comme une série de changements, prise

comme stable mais dont le début et la fin sont perçus comme intrinsèques au procès lui même[19]) (courir 400 mètres,. construire une maison). Ce sont des procès auxquels on associe un résultat.

          Enfin, les achèvements renvoient à un changement atomique, à une durée indivisible dans le temps. Les  Achèvements sont des événements téliques instantanés (arriver au sommet, etc.) ayant comme résultat un changement d’état.

         Jacques François et Laurent Gosselin[20], à partir de cette classification, ont déterminé pour le français un certain nombre de tests linguistiques fondés sur les relations de compatibilité/incompatibilité entre les prédicats verbaux et certaines expressions (circonstanciels de durée, périphrases verbales) permettant de révéler ces différents traits de dynamicité, de bornage et de ponctualité.

        Ainsi, si un prédicat verbal est compatible avec la locution “être en train de”, cela permet de mettre en évidence le trait [+ dynamique ]. En effet, une telle locution permet de rendre particulièrement saillante la caractéristique de la dynamicité (la mise en relation d’une succession d’actes identiques).

         De la même manière, pour mettre en évidence les propriétés de télicité d’un procès, Gosselin et François[21] remarquent que si le prédicat est compatible avec la préposition [pendant + durée] et incompatible avec la préposition [en + durée], il s’agira d’un prédicat non borné. Le procès de ce type de prédicats est aussi qualifié de « atélique ». Alors que si le prédicat est incompatible avec la préposition [pendant + durée] mais compatible avec la préposition [en + durée], il s’agira d’un prédicat borné (ou à caractère télique) :

             Ex : Il a parlé pendant deux heures / *Il a parlé en deux heures

                    [- borné] donc “parler” exprime ici une activité

        Enfin, un prédicat est considéré comme ponctuel si, explique Gosselin, il est compatible avec la locution “mettre n temps à/pour P” pour indiquer la durée qui précède la réalisation de P. Sinon, si le prédicat est compatible avec la locution “mettre n temps à/pour P” non plus pour indiquer la durée qui précède la réalisation de P mais pour indiquer la durée de P, il s’agira en ce cas d’un procès non-ponctuel :

       Ex : Il a mis dix minutes à s’endormir = il a mis dix minutes avant de s’endormir

         [ + ponctuel] donc “s’endormir” exprime ici un achèvement.

       Ex :Il a mis dix minutes à boire son verre   il a mis dix minutes avant de boire son verre

        [- ponctuel] donc “boire” exprime ici un accomplissement

            L’important pour Vendler, c’est l’emploi du verbe et l’influence que cela a sur la façon de concevoir les rapports de temps (Vendler, 1967 :97-98)[22] :“L’emploi du verbe peut aussi suggérer la manière particulière dont un verbe présuppose et évoque la notion de temps..”(traduction)

               La terminologie proposée par Z.Vendler a été adoptée par les aspectologues, qui ont essayé d’adapter ses tests à d’autres langues, pour une classification des verbes selon le critère de leur aspectivité. C’est alors qu’on a constaté les points faibles des données de Vendler, mais aussi les possibilités de les améliorer.

  Les activités, comme travailler, sont des événements d’une durée indéterminée qui peuvent être répétés, et dont le point d’arrêt est arbitraire.

(1)   Marie  travaille.

            La phrase en (1) ne donne aucune information sur l’étendue temporelle de l’action de travailler. On sait que Marie  travaille  effectivement à un certain moment mais on ignore le point de départ de l’action ainsi que le point terminal ; Marie  pourrait avoir cessé de travailler ou pas.

  Les accomplissements, comme construire, sont des actions menant à un point culminant :

(2)   Jean construit une maison.

           Bien qu’on ignore la durée du processus de construction, celui-ci ne sera logiquement terminé que lorsque la maison sera effectivement construite. On peut distinguer les accomplissements des activités par le biais des questions en combien de temps (3) et  pendant combien de temps (4). Les accomplissements peuvent répondre à la première mais pas à la seconde alors qu'à l'inverse, les activités répondent à la seconde mais pas à la première.

(3) a. En combien de temps Jean a-t-il construit une maison?

      b.*En combien de temps Marie a-t-elle travaillé?

(4) a. *Pendant combien de temps Jean a-t-il construit une maison?

      b.   Pendant combien de temps Marie a-t-elle travaillé?

Les achèvements, comme trouver, dénotent des situations qui comportent un point culminant et qui ne décrivent d’ailleurs que ce point.

(5)  Marie a trouvé son manteau.

On peut distinguer les achèvements des accomplissements par le fait que ceux-ci ne peuvent apparaitre avec des adverbes comme lentement, méticuleusement, soigneusement.

(6) a.* Marie a soigneusement trouvé son manteau.

      b. Jean a soigneusement construit une maison.

Le temps écoulé juste avant que l’action ne se produise peut être décrit par en x minutes, ce qui les distingue des activités.

(7)     a.      Jean a trouvé son manteau en cinq minutes.

            b.   *    Jean a travaillé en cinq minutes.

Enfin, les états sont homogènes, continus et sans structure interne. Des verbes comme savoir, ressembler, aimer et les adjectifs de façon générale sont des prédicats statifs.

  (8)   Jean a aimé Marie  pendant cinq ans.

       En (8), à tout instant dans l’intervalle de ces cinq années Jean a aimé Marie est vrai, la situation ne change pas. Les états n’ont ni  point de départ, ni  point d’arrêt. On peut les identifier par le fait qu’ils ne peuvent pas apparaitre comme complément de forcer à ou avec un adverbe comme délibérément.

   (9)  a.   * Jean a forcé Marie à savoir la réponse.

         b.   * Marie a délibérément su la réponse

Bien qu’on identifie généralement les verbes comme appartenant à une classe aspectuelle ou une autre, il suffit en réalité de bien peu de choses pour faire changer la classe aspectuelle d’un événement. Prenons par exemple les phrases en (10) :

   (10)   a.         Jean écrit.

           b.    Jean écrit un roman.

         La phrase en (10a) est une activité alors que celle en (10b), avec un objet direct, est un accomplissement. Ainsi, certains adverbes, la structure du syntagme nominal en position argumentale ou la présence d’un syntagme prépositionnel peuvent faire changer la classe aspectuelle.

          Le linguiste R.Martin, dans son article Temporalité et classes de verbes (in “L’information grammaticale”,1988 :3-8), fait des critiques systématiques concernant le classement de Z.Vendler. Il remarque que “les traits reconnus dans le système de Vendler ne valent pas pour les verbes eux-mêmes, mais pour le syntagme verbal, voire pour la phrase entière.”(R.Martin, 1988 :4) et il définit plus exactement les traits et les critères de repérage( particulièrement celui de « bornage »). Il propose aussi deux autres traits pour la caractérisation aspectuelle des verbes : celui qui distingue entre les états [-dynamique] et les actions [+dynamique] et celui de « la transitionnalité », qui caractérise les procès du point de vue de leur capacité d’assurer le passage d’un état à un état résultant.

           Tous ces traits aspectuels que R. Martin applique aux classes vendleriennes, le conduit à un classement plus nuancé des procès ,qu’il distribue en huit classes :

1 . procès statifs non bornés

   (ex : Je suis à Paris.) ;

2.  procès statifs bornés

    (ex : Je suis à Paris jusqu’au 15 août.) ;

3. procès d’activité transitionnels

    (ex : Il répand de l’eau sur le sol. ) ;

4. procès d’activité non transitionnels

    (ex : Il pousse le chariot.) ;

5. procès d’accomplissement transitionnels

    (ex : Il trace un cercle. ) ;

6. procès d’accomplissement non-transitionnels

    ( ex : Il court un 100 m plat. ) ;

7. procès d’achèvement transitionnels

    (ex : Il atteint le sommet. ) ;

8. procès d’achèvement non transitionnels

    (ex :L’obus éclate.) ;

                                                                             ( R.Martin, 1988 :7)

            On a pu observer que le linguiste R. Martin distingue une certaine « instabilité combinatoire » des traits aspectuels et certains « effets de flou », mais  ses idées sur l’identification des traits aspectuels pertinents pour la caractérisation des divers types de procès restent pourtant très intéressantes et s’avèrent non seulement efficientes mais aussi faciles à appliquer à l’analyse des procès du point de vue aspectuel.

                        

2. 1 .2. La typologie des procès  selon Paillard

     C’est l’opposition entre verbes d’état et verbes d’action (ou processus), et plus précisément entre procès compacts et procès discrets pour reprendre la dénomination de Denis Paillard, qui est la plus significative puisque la valeur aspecto-temporelle explicitée par la conjugaison est justement fonction de ces deux types de procès.

       Théoriquement, d’après sa taxinomie, Denis Paillard distingue trois types de procès : les procès compacts, les procès discrets et les procès denses. Ces derniers se comportent tantôt comme des procès compacts, tantôt comme des procès discrets[23]. En fait, pour bien comprendre ce système, S. Robert[24] explique que les procès compacts auxquels renvoient les verbes d’état explicitent une propriété ou  un état permanent non sécable dans le temps. Ils se distinguent donc par un caractère continu et non quantifiable dans le temps (sans frontière). En ce sens, ils impliquent un fonctionnement binaire puisqu’on ne peut que rendre compte de l’existence ou non de cette propriété ou de cet état permanent. Ainsi donc, l’usage d’un procès compact P conduit à valider ou à ne pas valider la propriété p en T0 (ou en un quelconque repère-origine : T0’ ou T0 ).




              Parmi les procès compacts, on compte des verbes de qualité (la propriété est relative à une qualité), des verbes d’état (la propriété renvoie à un état), des verbes spatiaux statiques[25] ainsi que des processus mentaux :

-verbes de qualité :“être rouge”,  “être mauvais”

-verbes d’état :“être malade”

-verbe spatial : “se trouver”

-processus mental : “savoir”

        Le comportement des procès discrets – les verbes d’action – est inverse à celui des procès compacts en ce sens qu’ils présentent un caractère quantifiable et discontinu parce que leur notion renvoie à une succession finie de changements d’état (donc à un intervalle borné) : “chercher”, “travailler”, “discuter”, “fumer”,“dormir”.

        Enfin les procès denses sont des verbes qui, en fonction du contexte linguistique, se comportent tantôt comme des procès discrets, tantôt comme des procès compacts. A par quelques exceptions, on peut dire que la seule différence sémantique entre les deux

acceptions d’un procès dense tient dans la prise en compte ou non du terme.      

        Comme le soulignent Marie-Line Groussier & Claude Rivière[26], la typologie de l’aspect lexical est l’une des problématiques les plus controversées de la sémantico-syntaxe. En ce qui concerne les deux typologies des procès présentées à l’instant, on peut remarquer une double correspondance entre, (i) d’une part, les états de Vendler et les procès compacts de Paillard qui sont tous les deux analysés comme renvoyant à une propriété, un état stable mais non borné, et, (ii) d’une autre part, entre les activités, accomplissements et achèvements de Vendler et les procès discrets de Paillard qui sont envisagés comme renvoyant à une succession de changement.

2. 1. 3. Problèmes directement liés aux classes aspectuelles

a.     Problématique autour  du « bornage »

            Il faut également reconnaitre à Paillard le mérite d’avoir observé que certains procès –les procès denses – pouvaient tantôt se comporter comme des procès compacts, tantôt comme des procès discrets. Néanmoins, ce phénomène n’est pas incompatible avec les considérations de Vendler, puisque, comme l’explique Gosselin, Vendler a fondé sa théorie sur des comportements cognitifs possibles. Ainsi, tout événement (qu’il s’agisse d’un état, d’une activité, d’un accomplissement ou achèvement) correspond à une série de changements avec un début et une fin, simplement, dans le cas des états et des activités, cette série n’est pas perçue comme appartenant à la notion du procès. En ce sens, poursuit Gosselin :

          « Il est clair que cette absence de changement ne relève pas de la réalité extérieure à la langue, mais résulte d’une attitude conventionnée, et, en grande partie, arbitraire qui consiste à ignorer les changements internes au procès (ex. être malade, habiter un chateau, etc.) » (L. Gosselin : 71).

Cependant, et c’est là le principal point qui oppose ces deux classifications, pour Paillard, les verbes discrets renvoient à des intervalles fermés (bornés) et quantifiables (comme une série de changements), alors que pour Vendler, les activités / accomplissements et achèvements renvoient à des intervalles certes quantifiables mais seuls les intervalles des achèvements et des accomplissements sont bornés, les intervalles des activités étant vus, quant à eux, comme ouverts. Car, selon Vendler, ce qui fonde la distinction entre états d’une part, et activités, accomplissements et achèvements d’une autre part, c’est prise en compte de la dynamicité (la mise en relation d’une série de changements) pour ces trois derniers types d’événements. De plus, Laurent Gosselin précise, pour bien montrer le caractère non borné des états et des activités et la dynamicité qui les oppose, qu’en français, bien souvent, une activité est l’équivalent d’un état : dormir (activité) / être endormi (état), marcher (activité) / être en marche (état).

Ce point de vue est également partagé par d’autres linguistes, comme Marie-Line Groussier & Claude Rivière[27] qui opposent états (stables, non bornés mais bornables) et processus (instables parce que constitués de changements d’état) ; mais ils distinguent, au sein des processus, les processus bornés et les processus non bornés (mais bornables).

             Selon Paillard, tout procès discret – qu’il renvoie à une activité, à un accomplissement ou à un achèvement –implique une succession de changements d’état dont trois phases essentielles qui sont le déroulement puis le terme (la frontière) et enfin l’après. C’est d’ailleurs la prise en compte de cette frontière qui permet au paradigme du ‘parfait’ (mais aussi dans une certaine mesure, aux paradigmes emphatiques de l’accompli, et à l’exception du présentatif et du narratif, deux paradigmes aoristiques), de stipuler que l’on est dans la zone consécutive (l’état résultant) au terme temporel, permettant ainsi l’expression des valeurs de parfait ou d’accompli. C’est donc bien l’existence d’un terme propre aux procès discrets qui permet d’expliciter ce genre de valeur.

b.  Télicité

         Comme étant un problème assez important pour l’étude de l’aspect, la télicité est analysée dans les études de Garey(1957)[28] et aussi dans celles de Vendler(1967), au niveau des verbes ou des phrases et non pas au niveau des éventualités au sens large.

          L’article de Garey (1957) est intéressant surtout pour le fait qu’il est le premier qui emploie la notion de télicité au niveau grammatical. Il définit aussi les verbes téliques et les verbes non-téliques (Garey ,1957 :106) :

        “ une catégorie des verbes exprimant une action qui tend vers un but envisagé comme atteint dans le cas des temps perfectifs, et comme contingent dans le cas des verbes imperfectifs. Nous appelons les verbes de cette catégorie téliques, du grec  telos . Les verbes non-téliques, par contre, désignent des actions qui, pour être accomplies, n’ont pas besoin d’un but, mais elles s’accomplissent dès qu’elles commencent.” (traduction)[29]

           L’association du classement des verbes téliques / non-téliques et des temps perfectifs / imperfectifs donne des combinaisons aspectuelles comme :

a)            verbe télique / temps imperfectif ( Pierre arrivait.) ;

b)           verbe télique / temps perfectif (Pierre est arrivé.);

c)            verbe non-télique / temps imperfectif  (Pierre jouait.);

d)           verbe non-télique / temps perfectif (Pierre a joué.)

   Les exemples a) et b) concernent  la réalisation ou la non-réalisation du but de l’action tandis que les exemples c) et d) concernent l’explicitation du début et de la fin de l’action.

    Dans la théorie de Vendler (1967), la différence entre les énoncés téliques et non-téliques se voit dans les exemples :

a)            Max a couru le 1500 mètres.

b)           Max a couru.

    À l’opinion de Vendler (1967, 100) “l’action de courir le 1500 m et celle de dessiner un cercle doivent être terminées tandis qu’il serait absurde d’évoquer le même critère pour l’action de courir ou pour celle de pousser un chariot . En conséquence , nous voyons que si l’action de courir ou celle de pousser un chariot n’ont pas de point terminal, l’action de courir le 1500 m ou celle de dessiner un cercle doivent avoir  un point terminal (climax), lequel doit être atteint pour que ces actions soient ce qu’elles sont.” [30]

      On a remarqué qu’au niveau des rapports entre les classes aspectuelles et la télicité, les accomplissements et les achèvements sont des processus téliques et les états et les activités sont des processus non-téliques.

c)     Homogénéité

    C’est toujours Vendler qui établit une distinction entre les processus qui se déroulent dans le temps de façon homogène et les processus qui ne le font pas (Vendler, 1967 : 101)[31] :

“ l’action de courir et les autres du même type se déroulent dans le temps de façon homogène ; chaque partie du processus est la même que le processus entier. Il n’en est pas ainsi dans le cas de l’action de courir le 1500 m ou de celle d’écrire une lettre, elles aussi, elles se déroulent dans le temps, mais tendent vers un point terminal qui est logiquement nécessaire pour que ces actions soient ce qu’elles sont.”           

      C’est M.Kozlowska (1998 :114) qui fait un court commentaire sur ce passage de Vendler : “le linguiste propose de distinguer deux types de processus comme suit :

a)      Max a couru.

b)      Max a couru le 1500 mètres.

               Le processus décrit en a) se déroule de façon homogène. Il s’ensuit que chaque partie du processus est la même que le processus entier. Cette action est constituée de phases successives. À chaque moment, nous pouvons dire que Max a couru. En revanche, le processus décrit en b) ne se déroule pas de façon homogène. Dans ce processus, il est impossible de distinguer des phases successives. Par conséquent, si Max cesse de courir le 1500 mètres à un moment donné, nous ne pouvons pas dire que Max  a couru le 1500 mètres. L’action de courir le 1500 mètres tend vers une fin naturelle : celle d’avoir couru exactement la distance de 1500 mètres.

           Comme nous le voyons, dans ce cas-là, il s’agit d’un processus télique. Par contre, en a), il s’agit d’un processus non-télique. De cette façon nous arrivons au problème des rapports entre la télicité et l’homogénéité qui s’exprime comme suit : les processus téliques (les accomplissements, les achèvements) sont non-homogènes ; les processus non-téliques  (les états, les activités) sont homogènes. 

          

 Chapitre I - Les verbes de sentiment

1. Quelques définitions et un peu de sentiment

            La plupart des idées concernant la définition du verbe de sentiment  m’ont détérminé d’essayer – sans pouvoir élucider tout l’ensemble des problèmes concernant ce sujet – de réaliser une recherche qui pourra  apporter quelque chose de nouveau dans l’analyse de cette classe de verbes.

Pour argumenter je cite L.Gavriliu (1997 : 11) qui disait: “. . . emotia este conditia primordiala a vietii, ea protejeaza intreaga procesualitate somatopsihica, fiind axul acesteia . . . Complexitatea extrema a fenomenului (nu am amintit nimic de dimensiunile sale sexuale), imposibilitatea de a-l “disocia” de “substratul” sau  biofiziologic si de lumea stimulilor din exterior, infiltrarea masiva  si perpetua a emotiei in intreaga dinamica a organismului, de la instincte si pana la ideatia cea mai abstracta (ratiunea pura este o himera a analizelor speculative), au favorizat cele mai diferite si uneori divergente teorii cu privire la natura, mecanismele si functiile emotiei”.

Les difficultés qui apparaissent dans une démarche de ce type, sont présentées par D.Manea (2001: 2) : “Verbele care exprima sentimente, emotii, etc. nu constituie obiectul unor studii speciale in gramatica formala a limbii romane: Abordari ale verbelor psihice dintr-o perspectiva structurala exista insa pentru alte limbi [N. Ruwet]. Astfel, in urma cercetarii (prin metodele oferite de gramatica formala)  verbelor “de sentiment” din limba franceza, se constata in primul rand ca acestea au un component sintetic nespecific, i.e. unele apar insotite de obiecte directe, altele de obiecte  indirecte, majoritatea accepta ocurenta unui subiect, altele o exclud.’’

               Par conséquant, cette analyse des verbes de sentiment et plus généralement des verbes psychologiques, s’impose par deux facteurs:un facteur “sémantique” qui rend difficile leur identification et le deuxième “syntaxique” lié de la diversité des caractéristiques de comportement gramatical.

      Pour comprendre d’une maniere concrète ce phénomène, on va commencer par les définitions données par certains dictionnaires et par certains auteurs.

     Le dictionnaire psychologique définit le psychique comme étant une modalité supérieure de l’existence bio-sociale, un  ensemble d’états, de traits, de phénomènes et de procès subjectifs qui dépendent avec nécéssité des mécanismes cérébrales et de l’intéraction avec le monde objectif, accomplissant des fonctions de relation avec soi-même et avec le monde à l’aide de l’orientation, de la reflexion, de la planification mentale et des actions transformatives-créatives. Ce sont toujours les données de la psychologie qui soulignent souvent les relations, les correspondances et les déterminations entre le corps et l’ame.

       C’est impossible d’imposer une analyse relevante sur cette classe de verbes psychologiques,  sans établir au début quelques distinctions  à caractère opérationnel.

        Dans le domaine de l’affectivité,  la psychologie distingue quatre grandes classes de procès :

1) les procès affectifs et les émotions

2) les dispositions;

3) les sentiments;

4) les passions.

       D’habitude dans les états et les comportaments émotionnels on n’ímpose pas une seule tendance affective. Ce sont les états affectifs qui comprennent des componentes variées avec des sens différents. La complexité des états émotionnels s’explique par la structure de la motivation même de l’individu (compliquée, divergente et non pas sans contradictions internes) et par le fait que les situations réelles et celles immaginaires ne peuvent jamais satisfaire ou contredire la constellation motivationnelle d’un  sujet humain. Même si les émotions ne réproduisent pas des objets par des images, ni des relations de détermination par des idées, elles n’accomplissent pas une fonction restrictive et spécialisée cognitive mais elles représentent des faits de refllexion subjective. L’émotion signale d’une manière spécifique la relation intime du sujet avec l’ambiance et l’importance de la situation réelle ou présupposée.

              Selon des études consacrées, les procès émotionnels reflettent, par des réactions et des traits spécifiques, les circonstances de vie. Les procès émotionnels forment le fond et la partie énergétique de  la vie psychique et du comportement, accomplissant un rôle important dans le déclanchement de l’activité adaptative et de celle de prendre en possession l’ambiance

          C’est L. Gavriliu qui précisait au début de l’ouvrage “ Psihologia emotiei”(1997) de Sartre, que “ rien n’est plus élémentaire, rien n’est plus complexe et plus difficile à expliquer que l’émotion.” Dans le même livre, Darwin attirait l’attention sur le fait que dans les comportaments  émotionnels on retrouve des éléments appartenant á des actions développées avec un certain sens adaptatif. L’emotion soutient non seulement d’une manière énergétique l’action mais elle l’anticipe dans chacune de ses coordonées.

            Dans le Petit Larousse ( 2004),  l’émotion est décrite comme “ trouble subit, agitation passagère causés par un sentiment vif de peur, de surprise, de joie, de colère, etc.”

            On a été habitués à penser que le sentiment veut dire “procès affectif, émotion” et même “passion”. Mais pourtant le sentiment et l’émotion (même s’ils désignent des phénomènes différents) partagent quelques traits importants au moment où elles sont employées comme des  synonymes mais non pas dans l’opinion des psychologues.

        C’est dans le “Trésor de la langue française” (1979) que les mots “sentiment” et “émotion” sont mieux explicités : “un sentiment est un état affectif complexe composé d’éléments intellectuels émotifs ou moraux, et concerne soit le “moi” (orgueil, jalousie . . .), soit autrui (amour, envie, haine . . . ); “une émotion est une conduite réactive, réflexe, involontaire vécue [ . . .] affectivement sur le mode du plaisir et de la douleur”.

         Dans le DEP le sentiment représente “une formation affective, complexe et relativement stable“ qui a un rôle important dans le réglage du comportement, dans sa qualité de vecteur émotionnel. Cette “formation affective” est identifiée par J.Delay et Pichot comme un effet persistent des émotions ou comme une habitude émotionnelle. Les habitudes émotionnelles, même si elles conditionnent une inadaptation, ont une valeur adaptative. À la même façon que l’habitude, le sentiment persiste d’une manière latente, s’intensifiant périodiquement. Ayant sa genèse dans les émotions primaires et secondaires, le sentiment est vraiment plus complexe ayant des particularités qualitatives spéciales.

         Ed.Claparède, dans son livre “Psychologie de l’enfant et pédagogie experimentale”( 1992), a suit de près un enfant pour remarquer le passage des émotions aux sentiments, étant le premier qui indiquant le caractère proche des emotions et des sentiments, a démontré qu’ils se différencient. Les émotions et les dispositions forment ensemble le terrain où les sentiments apparaissent.

Dans la formation des sentiments on retrouve non seulement des facteurs affectifs (les émotions primaires et secondaires) mais aussi l’intellect qui informe et la volonté qui choisit, agit et s’engage. Les sentiments se distinguent des emotions par ce caractère stable et engagé, ainsi que par leur capacité de demeurer latents et d’être réetablis ou renforcés par acte volitif même dans l’absence des impulsions (l’impulsion reste pourtant dans la mémoire, dans l’immaginaire).

            Par rapport aux sentiments, la situation des émotions  est différente; elles sont des “incidents” qui arrivent toujours en rapport avec une impulsion concrète; ce sont des réactions immédiates et sans jugement, intenses et très courtes comme durée, accompagnées presque toujours par des modifications phisiologiques. L’aspect voyant reste le caractère le plus spectaculaire des émotions. C’est facile cacher un sentiment tandis que l’émotion se cache difficilement. Pourtant, par leurs contenus axiologiques - attraction, repulsion, rejet, plaisir, peine - dans la pratique, les emotions sont souvent assimilées aux sentiments et aux passions.

            Les émotions, les sentiments et les passions sont directement liés aux besoins et aux motivations et représentent les éléments constitutifs de la personalité aves ses croyances, ses convinctions, ses stéréotypes, ecc. Généralement parlant, les emotions, les sentiments et les passions se différencient par leur façon de se manifester. Ainsi, la passion est une synthèse entre l’émotion et le sentiment; semblables aux émotions par leur caractère intensif et exclusif, les passions sont plus proches de sentiments á cause de leur caractère stable et duratif[32]

            En linguistique, les trois termes s’entremêlent : tant le locuteur que le psychologue emploient dans certains contexts, le mot “émotion” au lieu de “sentiment” et vice-versa comme une figure de style qui implique une variété d’expériences psychologiques.

            C’est par l’intermédiaire du langage que s’opère la distinction  entre les émotions/les sentiments et les autres phénomènes psychiques comme les perceptions et les sensations. Le critère le plus solide est en ce sens celui de l’objet : il n’y a pas d’émotion sans objet exprimé; l’analyse de l’objet exprimé (linguistique) des émotions permet en même temps d’esquisser une typologie de celles-ci. On distinguera ainsi entre émotions à manifestation uniquement linguistique et émotions à manifestation redondante (linguistique et non-linguistique) d’un côté, entre émotions à object actuel et émotions a objet non-actuel d’un autre côté[33].

            La structure des émotions est essentiellement conflictuelle. Selon Piaget (1963), les réactions affectives se retrouvent dans le conflit entre l’attente du sujet et les informations que le monde objectif lui offre. L’état d’attente (“expectance”) du sujet est créé par les résidus informationnels de ses expériences passées, qui connaissent une organisation séquentielle dans le temps. Les informations nouvelles interrompent cette organisation et la réaction sera “plaisante” ou “déplaisante” selon la possibilité ou l’impossibilité pour le sujet de s’adapter aux nouvelles conditions.Cette opposition plaisant/déplaisant  définit l’un des axes selon lesquels s’organisent les émotions, l’autre axe étant défini par l’opposition attraction / rejet.

            Dans la conception de P.Neveanu, dans le DEP, les émotions sont des phénomènes affectifs fondamentaux qui se développent soit comme une réaction spontanée et primaire, dans la forme des émotions primaires, soit comme des procès plus complexes liés à une motivation secondaire qui représentent les émotions proprement-dites. Ces émotions proprement dites sont extremêment variées et différenciées selon des valeurs supérieures. C’est ici qu’on peut parler de joie et de tristesse, d’amour et de haine, d’admiration et de mépris, de sympathie et d’antipathie, d’espoir et de désespoir, de satisfaction et d’insatisfaction, de plaisir et de dégoût . . .  Les émotions présentent aussi des modèles claires de bipolarité et toutes ces émotions sont données dans  des couples de contrariété valorique se conformant à  un schéma logique, celui de l’affirmation et de la négation.

            Le spécifique des traits émotionnels consiste dans leur grande mobilité, signalant dans ces conditions l’équilibre dynamique avec les circonstances concrètes, ce qui permetterait à la personalité avec son système d’évoluer.

            Pour Darwin, ( cité par L.Gavriliu, dans “ Psihologia emotiei”),  les émotions sont des conduites adaptatives propres à une étape dépassée depuis longtemps sur le trajet de l’évolution de l’homme. Ce sont des vestiges qui ont une importance vitale. On peut pas s’imaginer la vie sans les émotions. Elles entrent dans la définition même de l’homme, étant des réactions vraiment indispensables dans le domaine du social. Si l’homme ne vit pas d’émotions, il n’est qu’un squelette ambulant. Sans émotion il n’existerait pas la musique (par excellence une arte de l’irrationnel), la poésie, la peinture. En général, il n’existerait pas une digne vie d’être vécue. Petit à petit, les émotions se raffinent et se diversifient. À l’absence des émotions c’est le désert qui règne.

            C’est W. James (1997) qui distingue dans l’émotion deux groupes de phénomènes : un groupe de phénomènes physiologiques, et un groupe de phénomènes psychologiques  appellé état de conscience; il remarque, dans sa thèse, que l’état de conscience dit “joie”, “furie” n’est rien autre chose que la conscience des manifestations physiologiques, leur projection dans la conscience.

            Comme Sartre(1997) remarque : “les émotions nous portent à la formation d’un monde magique, employant notre corps comme un moyen d’incantation”. Pour observer la signification et la finalité de ce monde on devrait connaitre et analyser chaque  situation particulière. Il existe en général non seulement quatre types d’émotions, il y en a beaucoup plus et leur classement serait vraiment une chose utile et féconde[34].

J Delay et Pichot, dans leur “Abrégé de psychologie”(1967), traite d’une manière très suggestive le passage d’un “affect” á une “émotion”. Dans leur opinion, les émotions sont vues comme des réponses immédiates ou secondaires : “les réponses emotionnelles secondaires ne se déroulent pas á la manière rigide des rèponses immédiates. Elles peuvent avoir des formes différentes et un exemple typique est celui de la réponse secondaire qui suit la peur. Les états de peur  et de colère intense nécessite une mobilisation des forces de l’organisme et c’est pour cela qu’elles ne peuvent pas être soutenues plus longtemps.“En général, la différence entre “affects” et “émotions” s’explique par le fait que les “affects” sont soumis difficilement à l’étude tandis que les émotions représentent des acquisitions, de l’étude et de l’éducation.



            Par conséquant, les réactions affectives représentent des réponses aux informations reçues de la réalité, à certains facteurs qui constituent les  “situations émotionnelles” ou “situations affectogènes”. Dans la conception de P. Fraisse[35], il y a plusieurs types de situations de ce type :

a.       insuffisance des possibilités de s’adapter au nouveau, à l’insolite, au soudain;

b.        excès de motivation, énergie inemployée dans l’action;

c.       émotions conditionées;

d.      émotions par contagion;

e.       émotions chroniques.

          Il y a deux séries d’événements qui apparaissent: les uns subjectifs, les autres objectifs - étant coordonnés d’une façon dynamique, impliquant la personnalité humaine de manières différentes. On peut parler de “personnalité en situation”, englobant les traits de la personnalité “de moment”, de la personnalité “de vie” et de la personnalité “commune”.

          Il revient au psychologue de définir le concept d'émotion et de dire ce que sont la colère, la honte, la peur, la joie, … dans leur vécu et leurs manifestations pychologiques, physiologiques et comportementales.  

        Les termes  d'émotion sont définis à partir des noms d'émotion, qui entrent dans des contextes comme les suivants (Anscombre, 1995, 41 ; Balibar-Mrabti, 1995, 88) :

Ex :un sentiment de + Nom de sentiment

      Pierre éprouve, ressent de + Art + Nom de sentiment

       A cette classe de substantifs, on ajoute l'ensemble de leurs dérivés morpho-lexicaux (haine —> haïr, haineux). On peut également utiliser la liste des termes constituant le champ de « l'affectivité », qui réunit « les émotions, les sentiments, les états » (Béraud et al. 1988, 111-113) ; on obtient ainsi plus de deux cent termes, en majorité des adjectifs et des substantifs. Cette approche lexicale, qui privilégie les désignations substantivales, se retrouve également chez les psychologues, qui, à partir de la notion d' “émotion de base”, proposent des classes de substantifs d'émotion très comparables (Cosnier 1994, 44-45).

   La mise au premier plan des verbes exprimant des émotions permet de passer à la notion d'énoncé d'émotion. La grammaire générative s'intéresse aux « verbes de sentiment ou verbes psychologiques » ; ces verbes sont pour la plupart répartis en trois classes selon la position syntaxique du NP humain (ou assimilé : animaux, dieux, etc) qui est le siège du sentiment exprimé par le verbe : classe I (aimer, mépriser, etc.), classe II (amuser, impressionner, etc.), classe III (plaire, déplaire, etc.) (Ruwet 1994, 45)

     Pour la théorie du lexique-grammaire qui « localise les éléments de sens dans des phrases élémentaires et non pas dans des mots » :

    “La description de la formulation des sentiments [consiste] en une grammaire locale, et non pas en un simple lexique des termes de sentiments. En conséquence, on considère qu'un lexique de noms de sentiments n'a pas d'autonomie, et donc que les noms doivent être entièrement intégrés aux familles de phrases présentées ici sous forme de grammaire. Ce point de vue a une traduction sémantique claire et quasi tautologique : un sentiment est toujours attaché à la personne qui l'éprouve. On peut formaliser cette association en la notant par un prédicat sémantique :

                   Sent (h)

où le sentiment Sent est une fonction d'une variable h, qui correspond à des humains. Il existe alors autant de fonctions que de sentiments.” (Gross 1995, 70)

         L'émotion peut être attribuée directement au lieu psychologique par l'énoncé d'émotion :

Ex : Léa ressent de la joie

        Le lien entre le nom d'émotion et le lieu psychologique peut aussi être établi indirectement, dans des énoncés résultant d'opérations syntaxiques complexes :

Ex :  Luc perçut une étincelle de joie dans le regard de Léa (Gross, 1995 : 77)

Dans les deux cas, on a affaire au même énoncé d'émotion .

            À coté des émotions, la psychologie distingue aussi les procès affectifs[36](les niveaux et les formes de l’affectivité) qui présentent une variabilité et une plasticité qui peut être appréciée selon les critères suivants :

a.                  le niveau qualitatif établi entre les formes qvasi-instinctives de réaction et les formes supérieures de trait émotionnel;

b.                 le degré de complexité des émotions;

c.                  le degré de conscience des traits émotionnels et leur dépendence des jugements de valeur;

d.                 la durée des procèssus affectifs;

e.                  la corrélation entre l’intensité des traits internes et l’expansivité comportamentale et expressive”.

       Tous ces critères permettent un nouvel classement des procéssus affectifs en: procéssus afectifs primaires, procéssus affectifs complexes et procéssus affectifs attitudinals.

            Dans l’opinion de A. Cosaceanu, les processus affectifs se caractérisent par des “tendences” et des “tensions” ce qui ne veut pas dire qu’il n’existe pas également des invariants affectifs. et une certaine structuration. On a établi même des universaux de l’expression affective : le rire, les pleurs. C’est le contexte socio-culturel qui modifie la signification par la situation. On remarque que les structures affectives, à la différence des structures cognitives, ont un puissant caractère différentiel au niveau individuel.

            Les circonstances concrètes spatio - temporelles, l’expérience du sujet, le caractère projectif de la relation sujet/objet, constituent les paramètres de l’élaboration des sentiments. Donc, l’affectivité nait de la confrontation de deux ensembles de conditions-celles subjectives et celles objectives.

            Les processus affectifs présentent par conséquant quelques caractères spécifiques[37] :

1.       caractère attitudinal (intentionnel, vectoriel) : il n’y a pas d’émotion sans objet;

2.       caractère subjectif accentué;

3.       caractère évaluatif (axiologique);

4.       caractère énergétique (déroulement temporel);

5.       caractère  bipolaire;

6.       caractère rythmique;

7.       caractère actuel;

8.       caractères physiologiques - durée, intensité – liés à la persistance et à l’importance pour le sujet des éléments affectogènes;

9.       caractère sthénique/asthénique;

10.        expressivité, manifestée à des niveaux différents, allant des modifications organiques jusqu’aux comportements socio-culturels standardisés.

Selon Denis Bouchard les verbes qui expriment des sentiments et des émotions sont des verbes “psychologiques” et “dans une construction psychologique, un des arguments (qui peut être incorporé dans le verbe) est une psy-chose, un objet psychologique qui ne se trouve que dans l’espace mental, comme une émotion ou un sentiment; de plus un autre argument est affecté par la psy-chose. Dans l’espace physique, quand un verbe exprime un contact entre deux objets, ce contact induit un changement d’état dans l’un ou l’autre de ces objets, donc il est affecté. De même, pour l’affecter dans l’espace mental, la psy-chose est mise en contact avec une entité qui peut être touchée par l’émotion ou le sentiment exprimé par la psy-chose. La psy-chose affecte donc un Sujet Intentionnel.

Les processus affectifs ont été classifiés selon des critères  variés (comme  on  vu dans le DEP) en fonction desquels on remarque trois niveaux affectifs : un niveau primaire, un niveau complexe et un niveau attitudinal. Tenant compte de ces niveaux, les émotions[38]se divisent en :

a.           affects, processus primaires, à faible élaboration culturelle;

b.           émotions secondaires (sentiments “primaires”, caractère bipolaire, caractérisées par la gradation et la pluritonalité:amour/haine,joie/tristesse, espoir/désespoir. Les émotions s’apprennent, s’éduquent, se conformant à des modèles socio-culturels.

c.           sentiments - schémas relationnels à sens axiologique défini, constituant des systèmes motivationnels complexes(admiration, 

 amitié) impliquent un niveau intellectuel et de  conscience élevé, où   la  composante affective est dominante mais non unique.

Dans la psychologie, l’affectivité peut être interprétée comme agissant en tant que filtre qui préside à la “mise en discours”, à l’achéminement de l’impression (fait de perception et état affectif) vers l’expression. Le filtre affectif s’ajoute au filtre rationnel et met en oeuvre des mécanismes dont on peut étudier les corrélats expressifs au niveau du discours langagier.

              



[1] Vendryès-apud Marc Wilmet (‘’Grammaire critique du français ‘’) ( 2003:329 )

[2] Jens Holt (1943 : 6 ) – apud D.Cohen (‘’ L’aspect verbal’’ )  (1989 : 28 )

[3] Jean Dubois et al., ‘’ Dictionnaire de linguistique ‘’, 1973.

[4] Vendryès (1923 : 117 ) – apud D. Cohen ( ‘’ L’aspect verbal ‘’ ) (1989 : 16 )

[5] Coseriu ( 1976 :110 ) - apud D. Pusch ( ‘’ La grammaticalisation de l’aspectualité ‘’ )

[6] Weinrich ( 1964 : 159 ) - apud D. Push ( ‘’ La grammaticalisation de l’aspectualité ‘’ )

[7] Bartsch (1980 :42)- apud  J. P. Confais  (1995 :202 )

[8] Apud C.Pusch-‘’ La grammaticalisation de l’aspectualité ‘’(2003 :2)

[9] R.Martin (1971 :78 )- apud E Comes (‘’Les verbes fréquentatifs en français et en roumain’’) (1999 :65)

[10] R.Martin(1971 :166)-apud E.Comes(‘’Les verbes fréquentatifs en français et en roumain’’) (1999 :65)

[11] Apud  E Comes (‘’Les verbes fréquentatifs en français et en roumain’’) (1999 :25)

[12] Apud  E Comes (‘’Les verbes fréquentatifs en français et en roumain’’) (1999 :25)

[13]  Car c’est le caractère dynamique d’un procès qui fonde l’opposition entre verbes d’état (non dynamique) et verbes d’action (dynamique). L.Gosselin (1996 :. 41)

[14] D.Paillard (1988 : 92-107)

[15] Z.Vendler (1967 :102-103)-apud M.Kozlowska (chap.Aspect, modes d’action et classes aspectuelles in “Le temps des événements”, 1998 :103)

[16] Z.Vendler (1967 :102-103)-apud M.Kozlowska (chap.Aspect, modes d’action et classes aspectuelles in “Le temps des événements”, 1998 :104)

[17]  Autrement dit, les comportements cognitifs possibles (catégories) qu’est susceptible d’avoir un homme face aux événements qui se produisent devant lui.

[18]L.Gosselin ( 1991: 19-86)

[19]  L. Gosselin ( 1996:  55)

20 L.Gosselin (1991: 19-86)

[21] idem

[22] apud M.Kozlowska (chap.Aspect, modes d’action et classes aspectuelles in “Le temps des événements”, 1998 :103)

[23]  C’est là tout l’intérêt de la théorie de Paillard que de concevoir que l’on peut, ou non, choisir d’envisager la borne finale d’un lexème verbal, comme c’est le cas pour les procès denses.

[24]  S. Robert, 1991, p. 59.

[25]  Ce que Robert (1991) appelle des verbes de localisation spatiale.

[26] M-L.Groussier& C.Riviere ( 1996 : 164.) Voir aussi J. P. Desclés dans G. Tiberghien (éd.), (2002 :292-293.)

[27]M-L. Groussier& C.Riviere (  1996 : 163)

[28] Garey (1957 :105) - apud M.Kozlowska (chap.Aspect, modes d’action et classes aspectuelles in “Le temps des événements”, 1998 :112)

[29] Garey (1957 :106) - apud M.Kozlowska (chap.Aspect, modes d’action et classes aspectuelles in “Le temps des événements”, 1998 :113)

[30] Vendler (1967 :100) - apud M.Kozlowska (chap.Aspect, modes d’action et classes aspectuelles in “Le temps des événements”, 1998 :113)

[31] Vendler (1967 : 101) - - apud M.Kozlowska (chap.Aspect, modes d’action et classes aspectuelles in “Le temps des événements”, 1998 :114)

32 En fonction de leurs traits fondamentaux ([+/-Stable], [+/-Évident], [+/-Exclusif]), les emotions et les sentiments constituent donc les deux éléments d’une relation polaire. Les émotions sont donc des “étáts”instables, de courte durée, évidents et immédiats, tandis que les sentiments sont stables, duratifs, +/-évidents et intentionnels/volontaires. Les passions combinent des traits appartenant aux sentiments avec des traits appartenant aux émotions:[+/-Stable], /±  Evident] [± Volontaire], [± Exclusif].

[33] Kenny 1963, apud Cosaceanu

[34] Par exemple, si la peur d’une personne timide devient brusquement rage, cette rage n’est plus une de type banale, elle représente une  peur surmontée.

[35] Fraisse( 1963) – apud Cosaceanu

[36] P.Neveanu- DEP (1978 :554)

[37]  A.Cosaceanu (1997 :15)

[38] A.Cosaceanu (1996 :16)








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