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APPROCHE INTERDISCIPLINAIRE : PRAGMALINGUISTIQUE, SEMIOTIQUE & COMMUNI-CATION INTERCULTURELLE

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APPROCHE INTERDISCIPLINAIRE : PRAGMALINGUISTIQUE, SEMIOTIQUE & COMMUNI-CATION INTERCULTURELLE

Sous le signe de la distance hiérarchique




 Il n’y aurait pas de voix sans qu’il y ait oreille. 

Herman PARRET

La notion de politesse fait partie de ces concepts que tout le monde croit connaitre mais dont l’usage semble rendre compte d’une pluralité de significations.

Construire la politesse, ou la détruire, n’est pas à la portée de n’importe qui, n’importe quand et bien des fois les mots nous trahis-sent.

TrÈs souvent, lors d’une interaction (KERBRAT-ORECCHIONI, 1998, 51-63) le choix qu’on fait entre les pronoms vous et tu donne lieu aux malentendus et il devient difficile de savoir exactement combien les interlocuteurs sont polis ou bien s’ils font semblant.

La politesse est, à notre avis, l’un des aspects les plus pragmatiques de la communication puisque rattachée trÈs fort à ce que Geert HOFSTEDE (1994 : 332) appelle CULTURE 2, notamment “la programmation mentale collective qui distingue les membres d’un groupe ou d’une catégorie de personnes”, fait qui implique (surtout) l’extralinguistique, mais qui permet de rendre compte du choix linguistique opéré.

Il y a plusieurs dimensions dont on doit tenir compte dans une analyse du rapport vous / tu :

LE STATUT (supérieur/inférieur)

(égal/égal)

AGE (adulte/enfant)

(adulte/adulte)

(enfant/enfant)

LE SEXE (homme/femme)

(homme/homme)

(femme/femme)

LE DEGRÉ (connu/inconnu)

D’INTIMITÉ (ami intime/simple connaissance)

(parent/ tranger)

(relation d’amour – partagé / non-partagé)

LE DEGRÉ (dans le sens de CULTURE 1 :

DE CULTURE “civilisation, formation et raffinement de

l’esprit” )

(cultiv /inculte)

Dans notre culture, par exemple, les membres d’une famille (parents, enfants, oncles, tantes, etc.) se tutoient, surtout s’il s’agit de familles d’intellectuels. Les autres, en fonction aussi de l’age et du sexe, font appel au registre, assez large en roumain, des pronoms de politesse.

Force est de constater que, vue de l’extérieur, par quelqu’un qui appartient à la premiÈre catégorie mentionnée ci-dessus, la relation qui implique vous est perçue comme froide, distante, etc..

Les faits linguistiques sont soumis tout d’abord à la façon de se recouper de ces plans, aux droits et devoirs qui en résultent, aux points de vue de la présentation (celui du locutaire, celui de l’allocutaire) etc..

À un niveau qui n’est pas celui de l’interaction proprement dite, “discours dialogué oral” (KERBRAT-ORECCHIONI, l998), mais qui implique l’idée de jeu d’actions et de réactions, on peut faire intervenir la dimension de l’existence (présent – absent).

Je peux Être en communication avec quelqu’un qui déclenche en moi par un certain élément un monologue intérieur, oÙ je nomme TU une tierce personne, à laquelle normalement je m’adresse par VOUS .

Sutor, ne supra crepidam!

Mais, qui fait la loi, la norme (JUCQUOIS, l988, 14 et suiv.), comment peut-on savoir que dans telle relation la norme semble Être enfreinte au niveau lexical, alors que, pragmatiquement, elle reste debout? Ou l’inverse?

Les pronoms de politesse ont été créés relativement tard dans les langues romanes, certaines formes, utilisées lorsqu’on s’adressait officiellement à quelqu’un, ayant été dévelopées dans le style juri-dique, administratif ou à la cour. On a, ainsi, en roumain dumneata (< “domnia ta”/”votre seigneurie”) et, en espagnol, par exemple, usted (<”vuestra merced”/ “votre grace”).

D’autres formes sont le résultat de la “conversion” en révérence des significations de pluralité ou d’éloignement, de non-implication dans l’acte de langage (fr. Vous, it.voi, lei).

En français et en espagnol , la révérence a un seul degré:

fr. tu / vous

esp. tu / usted

vos / ustedes

En roumain, en italien et en portugais littéraire, les pronoms de politesse présentent deux degrés, qu’on pourrait appeler, avec Maria MANOLIU-MANEA (l971,223) reverence intense – reverence tout court:

roum. (el) dansul, dumnealui

it. (tu) voi, lei

port. (tu) vóce, o senhor

La différence entre les pronoms de politesse et les pronoms personnels ne réside pas uniquement dans leur substance sémantique, mais, pour quelques uns d’entre eux, la distribution joue un rôle important (par exemple, les relations avec les morphÈmes de personne et de nombre). En roumain et en français on exige la mÊme personne (II-e ou III-e ) que pour le correspondant personnel.

roum. TU / dumneata vii

VOI / dumneavoastra veniti

EL / dansul, dumnealui vine

EI / dansii, dumnealor vin

fr. TU viens

VOUS venez

Nous n’insistons pas sur les détails pour les autres langues ro-manes.

En roumain et en français, les pronoms de politesse peuvent commander aussi bien des morphÈmes de singulier que de pluriel dans l’accord avec l’attribut:

roum.  dumneavoastra sunteti bun / buna

buni / bune

fr.  vous Êtes bon / bonne

bons / bonnes

Le pluriel en combinaison avec la ”II-e personne” provoque en roumain la suspension de l’opposition reverence intense – reverence

(non-révérence : VOI / révérence : DUMNEAVOASTRA ).

En français, cela détermine la réduction de l’opposition reverence ~ non reverence (VOUS / VOUS ).

Pour ce qui est de la situation actuelle, nous avons pris comme point de référence l'ouvrage Gramatica limbii romane pour le rou-main et Le bon usage pour le français. Notre analyse n’est pas contras-tive, mais certains parallÈles sont révélateurs pour ce que nous essa-yons de mettre en évidence.

Gramatica limbii romane (tome I,148-149) mentionne que “lorsqu’on s’adresse à des personnes ( ou lorsqu’on parle de person-nes) auxquelles on doit du respect ou que le locuteur veut garder à distance, on utilise le pronom de politesse:

II-e pers. dumneata (< Domnia-ta)

dumneavoastra (< Domnia-voastra)

III-e pers. dumneasa (<Domnia-sa)

dumnealui (<Domnia-lui)

dumneaei (<Domnia-ei)

dumnealor (<Domnia-lor)

Dans le style solennel, on utilise Domnia-ta, etc., orthographié avec trait d’union.

À remarquer le comportement de dumneata qui semble perdre sa marque de politesse, passant dans le registre familier, avec, parfois, de connotations de mépris.

Le français VOUS peut Être traduit en roumain aussi bien par dumneavoastra que par dumneata et alors ce dernier, une fois choisi, marque nettement la diminution de la distance.

Dans les discours des ignorants prétencieux on peut rencontrer les formes dansul, dansa, dansii, dansele qui sont des pronoms personnels. Le roumain standard ne les accepte pas comme “polis”, surtout que dans maintes régions on en fait usage comme substituts pour les noms désignant des animaux, volailles, etc. .

Maurice GREVISSE (1969, 442) affirme qu’en général TU, TE, TOI et les possessifs correspondants expriment l’intimité, la supériorité, l’arrogance ou le dédain. Ils peuvent aussi prendre un caractÈre pathétique ou noble.

VOUS, désignant une seule personne, a, généralement, quelque chose de cérémonieux, de poli, de respectueux.

L’alternance de VOUS et de TU exprime parfois un mouvement de passion.

À partir de ces données, nous allons présenter les résultats essentiels de l’analyse faite sur 3 types de corpus, qui représentent :

une relation officielle entre les participants ;

une relation qui a tendance à devenir moins officielle, voire amicale ;

une relation intime.

Nous avons remarqué, dÈs le début, une application (socialement et psychologiquement orientée) plus large des principes pragmatiques.

Le plus souvent on se retrouve devant une confrontation entre le principe de coopération et le principe de politesse.

Si, des fois, on peut ne pas dire quelque chose pour ne pas Être impoli, il y a des situations oÙ l’on risque de “perdre la face” pour sauver le message. En fait, on peut opter pour une forme superficielle polie mais insincÈre, ou bien trop polie et devenant, par cela, carrément insolente (“Trop poli pour Être honnÊte”), ou l’on peut essayer de négocier le sens, en atténuant l’effet d’impolitesse. C’est une façon à se plier à des normes faites pour tout le monde, ou d’essayer de créer un nouveau systÈme de normes pour un groupe plus restreint.

Qui fait la loi ?

Oser dire peut aboutir au manque de respect, aussi arrive-t-on à se demander si la liberté attire l’impolitesse alors que la soumission (ne pas oser) impliquerait la politesse.

LA RELATION OFFICIELLE exige l’utilisation de la forme VOUS par les deux participants à l’acte de parole.

On remarque qu’il y a aussi bien une distance sociale qu’une distance psychologique des deux côtés.

Deux situations semblent Être pertinentes :

a) Les deux pôles se trouvent en position d’inégalité du point de vue autorité ~ non-autorité (par exemple : employeur/employé, professeur/élÈve, etc.) et alors seul le pôle positif peut passer de VOUS à TU, mais il y aura une enfreinte de la politesse, qui sera perçue différemment par le subordonné, en fonction de sa CULTURE-2. Pour quelqu’un qui provient d’une culture à dimension collectiviste élevée, Être tutoyé par son patron signifierait moins une faille dans les rapports de politesse qu’un signe d’attitude paternaliste. Pour quelqu’un dont l’indice d’individualisme est élevé ce sera un signal d’allarme quant à sa position.

b) Les deux pôles se trouvent en position d’égalité du point de vue du statut ; c’est le degré d’intimité (connu ~ inconnu) qui joue et qui impose la relation VOUS – VOUS.

Selon Catherine KERBRAT-ORECCHIONI (1980, 150) les déictiques ont un sens et ils reçoivent aussi au cours de leur actualisation discursive un référent. C’est le rapport établi à ce niveau-là qui semble important pour la politesse.

Je voudrais signaler, sans entrer dans les détails du problÈme dans la présente étude, que bien des fois la pensée est carrément insolente alors que la parole est polie, en suggérant qu’on pourrait analyser ce phénomÈne en termes de psychopragmatique, dans le sens conféré à ce concept par Marcelo DASCAL (1983).

LA RELATION QUI A TENDANCE À DEVENIR MOINS

OFFICIELLE, voire amicale, est celle à l’intérieur de laquelle on se sert de VOUS et TU dans une prédisposition de tutoiement réciproque. Il y a deux circonstances importantes :

a) celle oÙ la distance sociale existe, mais la distance psychologique est abolie (ou n’a jamais existé);

b) celle oÙ la distance sociale n’existe pas, mais la distance psychologique ne peut Être enfreinte.

Pour la premiÈre situation, nous allons nous servir de deux frag-ments d’interaction professeur (femme) - étudiant (homme) :

a¹) Etudiant : VOUS savez quoi ? Je vais te dire TU ! (‘Je vais vous tutoyer’).

Professeur : (sourire et, par aprÈs, acceptation) : Tiens !

Tous les deux font partie de la mÊme CULTURE 2, oÙ l’indice de distance hiérarchique est assez élevé. Mais l’évolution des rapports en classe, oÙ le professeur ne tient pas à démontrer à tout prix qui est l’autorité suprÊme, ainsi que l’ouverture d’esprit manifestée en dehors des classes permettent l’interprétation du sourire (et de ce qui s’ensuit) comme acceptation de l’assertion de l’étudiant, qu’on ne considÈre pas impolie.

Les propos ne sont pas pris pour agressifs, donc le discours n’est pas insolent et le nouveau rapport TU ~ TU s’installe sans problÈmes.

a²) Etudiant :  (appuyé à la rampe d’un escalier) :

Je T’attendais. Je dois TE parler.

Professeur : On ne se tutoie pas à ce que je sache. Et puis,

VOTRE attitude …

Il est certain qu’aussi bien l’emploi de TU que la façon de se tenir sont interprétés comme impolis. Les interlocuteurs appartiennent à des cultures dont l’indice de distance hiérarchique est différent : élevé pour le professeur, trÈs faible dans le pays d’oÙ provient l’étudiant.

On remarque trÈs souvent que, pour ne pas Être traité d’impoli (tout en transgressant les limites de la “norme”), on évite le VOUS / TU par une variante impersonnelle (ou indéterminée).

Pour le cas b), nous donnons l’exemple suivant :

L-1 : Je voudrais VOUS …

L-2 : (coupant) : Je m’appelle Joseph . TU peux me tutoyer.

L-1 : Je ne pourrais pas … Je …

L-2 : Je ne voulais pas VOUS offenser.

L-1 : VOUS ne m’offensez pas, mais …

Les interlocuteurs ont à peu prÈs le mÊme age, ils ont le mÊme métier, mais L-1 est femme et L-2 est homme .

Il pourrait y avoir impolitesse dans la demande de L-2 d’Être tutoyé,

mais cette possibilité est annulée par la derniÈre réplique de L-1 (“Vous ne m’offensez pas.”).

Il reste la variante à interpréter comme impoli le refus de L-1 de tutoyer son interlocuteur. Mais il faut tenir compte qu’en disant VOUS / TU on peut obliger la personne à laquelle on s’adresse à adopter un comportement particulier. L’intimité est un engagement, alors on peut se sentir agressé et, de ce fait, devenir impoli.

Toutefois si, en suivant DUCROT (1984) la pragmatique linguis-tique doit rendre compte de ce qui est fait par la parole, on pourrait aussi croire que L-1 ne veut pas Être impolie, mais qu’elle veut simplement signaler qu’elle connait les rapports réels établis avec L-2 et qu’elle tient à ne pas les changer.

3) LA RELATION INTIME ne connait ni distance sociale, ni distance psychologique.

“On ne voit bien qu’avec le coeur”, disait le renard au Petit Prince et si l’on pense que intimus est superlatif de interior on peut comprendre pourquoi, dans une relation intime, on est lié étroitement.

Intime c’est “ce qui est contenu au plus profond d’un Être, ce qui est tout à fait privé et généralement tenu caché” (PETIT ROBERT).

L’intimité serait donc une mise ensemble dans un TU ~TU .

Le jeu VOUS ~ TU , dans cette relation met en évidence la mise ensemble ou l’éloignement et le fait que certaines paroles, dans certaines circonstances, sont douées d’efficacité. Ainsi, un lexique qui ferait partie plutôt du registre dénigrateur, perd/efface son caractÈre impoli là oÙ fonctionne ce que nous appellerions le principe d’intimité.

Parmi les corpus étudiés, nous choisissons de nous arrÊter au texte de la chanson d’Aznavour “VOUS ET TU” , qui concentre, nous semble-t-il, des exemples pour l’idée que l’expression fruste et sincÈre n’est pas obligatoirement impolie.

A priori il n’y a pas de mots laids ou de mots beaux: il n’y a que ce que nous leur conférons comme sens.

Nous passons sur certaines constructions défectueuses syntaxi-quement, pour commenter le lexique des sphÈres de VOUS et de TU .

Le domaine du VOUS c’est celui du social, du sacré (la puissance que l’on redoute), de la vie mondaine, précieuse dirions-nous, oÙ le pronom de révérence implique plutôt la froideur et la distance qu’une politesse acceptée:

VOUS Êtes, chÈre, grande artiste,

La plus charmante des amies

Et l’hôtesse la plus exquise

Que n’ait jamais connue Paris.

Chez VOUS c’est toujours table ouverte,

On y côtoie le mond entier,

Des diplomates et des poÈtes

MAIS, les mondanités passées,

Libérée de TON enveloppe,

TU deviens dans l’intimité

La plus formidable salope

Qu’une mÈre n’ait enfantée.

Je sais que VOUS,

Je sais que TU,

VOUS que j’admire,

TOI qui m’attires,

Je sais que VOUS

Je sais que TU

Es respectable

Mais sans vertu.

etc.

L’univers de VOUS est celui des “diplomates”, des “verres en cristal de BohÈme”, “du caviar de Baku”, etc.

Un “mais” intervient à chaque fois qu’il faut nier ou écarter l’espace de VOUS et que l’on passe sur le terrain de TU . Cette fois-ci, on fait intervenir un lexique différent: “salope”, “sans vertu”, “délaissant TES airs de statue”, “plus experte qu’une sirÈne de la rue”, etc. .

Le VOUS est sacrifié (< sacrum facere “faire un acte sacré”) sur l’autel de l’amour, qui est celui de l’identité, de l’égalité. Entre le “VOUS que j’admire” (qui implique le sacré qui fait peur) et le “TOI qui m’attires” (qui appelle la communion), le discours n’est, peut-Être, plus poli, mais il est accueilli avec affabilité, ce qui peut effacer toute trace d’insolence.

Nous dirions que, pour prendre l’exacte mesure de la politesse, il importerait de la replacer dans une contemporanéité oÙ, avide de liberté et de vagabondage, elle puisse bénéficier d’une nouvelle prise de conscience.

Au-delà de la situation de communication, il y a un niveau autrement pragmatique oÙ les connotations habituelles de la politesse et de l’impolitesse sont effacées, pour laisser jouer le code établi/connu par les deux participants à l’acte de discours.

Simone de Beauvoir et Sartre se sont vouvoyés toute la vie; Marguerite Duras reprocha une fois à Dionis Mascolo de l’avoir tutoyée. Les Romains s’adressaient à l’empereur en utilisant la forme “tu”. Manque de respect dans l’antiquité ? Trop d’égards au XX-e siÈcle?

Ni l’une, ni l’autre. Simplement une façon de reconnaitre, poliment, la pragmatique.

Contrôle de l'incertitude des Roumains
Les lignes qui suivent essaient de présenter quelques aspects de l'intéraction du langage et de l'interculturalité, à partir du concept de CULTURE-2, imposé par Geert HOFSTEDE (1994 : 332), par lequel on entend la 'programmation mentale collective qui distingue les membres d'un groupe ou d'une catégorie de personnes', acception qui correspond à celle communément adoptée par l'etnologie.
DÈs le début, on se heurte à une difficulté méthodologique, qui survient à chaque reprise lorsqu'on prétend analyser simultanément le langage et de comportements humains (JUCQUOIS, 1988 : 14), laquelle se manifeste dans deux dangers opposés, notamment celui d'accentuer l'aspect langagier ou bien celui de se centrer sur la réalité comme si celle-ci pouvait Être atteinte et exprimée à l'abri des piÈges du langage.
Une fois le risque assumé, nous allons présenter les prémisses théoriques de nature interculturelle et linguistiques-pragmatiques sur lesquelles nous avons étayé nos observations.
L'étude a comme point de départ la dimension interculturelle nommée degré d'incertitude.
Le syntagme CONTRÔLE DE L'INCERTITUDE a été emprunté à la sociologie américaine des organisations. Il s'agit d'un élément qui se manifeste dans toutes les institutions humaines et dans tous les pays.
L'avenir incertain nous fait vivre avec cette réalité et, dans notre pays, le degré d'incertitude est assez élevé.
Une trop grande incertitude engendre l'anxiété et les sociétés ont élaboré des moyens de l'alléger par la technologie, les lois et la religion.
La technologie aide à pallier les incertitudes causées par la nature; les lois et les rÈgles cherchent à éviter les incertitudes liées au comportement d'autrui; la religion est un moyen d'entrer en contact avec les forces trancendantes qui sont supposées contrôler l'avenir personnel de l'homme. Elle aide à accepter les incertitudes face auxquelles nous sommes désarmés (par exemple, les Daces riaient lors de la cérémonie d'enterrement, convaincus du fait que le trépassé allait rejoindre le dieu Zamolxes).
L'incertitude est essentiellement une expérience subjective, mais le sentiment d'incertitude, tout en étant personnel, peut aussi Être partagé avec d'autres membres de la société. C'est quelque chose d'acquis et qui résulte d'un apprentissage. Puis il est transmis et renforcé par les institutions de base de la société (la famille, l'école et l'Etat). Ses racines plongent dans l'irrationnel et 'les modÈles de comportement qu'il engendre peuvent sembler incompréhensibles d'une société à l'autre' (HOFSTEDE, 1994 : 148).

Le degré de contrôle d'incertitude d'un pays mesure donc le degré d'inquiétude de ses habitants face aux situations inconnues (HOFSTEDE, 1994 :149). Ce sentiment s'exprime, entre autres, par le stress et le besoin de prévisibilité et engendre généralement l'anxiété, considérée comme une 'vive inquiétude née de l'incertitude d'une situation, de l'appréhension d'un événement' (Petit Larousse).

L'incertitude et l'anxiété ne sont pas sans attache avec le risque et la peur, mais il faut remarquer le fait que les derniÈres notions sont liées à quelque chose de précis : à un événement, en ce qui concerne le risque (qui est défini par le Petit Robert comme 'danger éventuel, plus ou moins prévisible'), à un objet, en ce qui concerne la peur (pour laquelle le mÊme dictionnaire donne comme définition : 'phénomÈne psychologique, à caractÈre affectif marqué, qui accompagne la prise de conscience d'un danger, d'une menace').

DÈs que l'incertitude peut Être exprimée en termes de risque, elle cesse d'Être une source d'anxiété. Elle peut engendrer une réaction de peur, mais elle peut aussi Être acceptée comme faisant partie de la vie.

Le contrôle de l'incertitude cherche à diminuer l'ambiguÏté et l'on peut remarquer dans ce qui suit que les habitants de mon pays, ayant horreur des situations ambiguës, cherchent à structurer leurs institutions, leurs relations humaines, etc. TrÈs souvent, le comportement des gens est paradoxal, on voit des personnes influentes qui déclenchent la bagarre avec un opposant plutôt que d'attendre.

Évidemment, notre analyse ne peut ignorer les facteurs historiques qui ont contribué à la situation actuelle : on a grandi dans une atmosphÈre de peur et de dissimulation qui ne peut effacer son empreinte du jour au lendemain.

Il s'avÈre donc nécessaire tout d'abord d'avoir des normes, qui sont essentielles parce qu'elles rassurent, parce qu'elles s'érigent pour réduire l'incertitude.

L'état de normalité est désiré ; l'anormal implique ou attire l'angoisse.

Mais 'on n'habite pas un pays, on habite une langue' disait Emil CIORAN. Et dÈs qu'on dit langue, on pense à la communication humaine. Tout se projette dans cette communication. Nous communiquons l'image que nous avons de nous-mÊmes, y compris l'ensemble de nos besoins, de nos valeurs et de nos normes, tout comme nos attentes et nos idéaux, ainsi que la perception que nous avons des gens, des choses et des situations (v. aussi MORAN-XARDEL, 1994).

Comme 'il n'y a de discours possible que produit par un sujet et en rapport avec un monde dont il est issu et dans lequel il est enraciné' (JUCQUOIS, 1998 : 18), nous avons essayé de mettre en évidence comment, à travers des articles de presse parus dans plusieurs quotidiens et hebdomadaires réputés de Roumanie, on peut remarquer l'intéraction du langage et de l'interculturalité, dans ce qu'est le rapport individu/environnement idéologique

L'analyse nous a permis d'examiner le revÊtement linguistique que prend la dimension nommée degré d'incertitude en engendrant l'anxiété, phénomÈne qui se laisse étudier en termes d'actes de langage.

Les journaux choisis ont une grande audience, mais des lecteurs trÈs différents parfois quant à leur couleur politique. Voici les abréviations utilisées pour le corpus :

A - Adevarul

Ag - Agenda

Ag Z - Agenda Zilei

Azi - Azi

C - Curentul

EZ - Evenimentul Zilei

JN - Jurnalul National

O - Orizont

R - Realitatea

RB - Renasterea Banateana

RL - Romania Libera

T - Timisoara

Z - Ziua

Nous avons pris en compte aussi bien l'éditorial que l'article classique d'information, mais, comme on le verra, nous avons attaché de l'importance uniquement aux faits pertinents pour la sphÈre présentée comme cadre théorique ci-dessus.

Entre la force illocutionnaire de l'affirmation ou de la promesse, qui sont perçues comme mensonges et l'effet perlocutionnaire qui aboutit à l'anxiété, tout passe par un lexique que se partagent les champs sémantiques de la PEUR, de l'OBSESSION, du STRESS et du RISQUE, dans un langage qui va des termes les plus frustes à l'ironie la plus fine, en passant par le calembour, en fonction du souffle idéologique de celui qui écrit, mais non sans lien à sa culture, dans le sens de CULTURE-1, identifiée par HOFSTEDE (1994 : 332) à 'civilisation, formation et raffinement de l'esprit'.

Les journaux ont été choisis le mÊme jour (la mÊme semaine pour les hebdomadaires) pendant trois périodes importantes dans l'évolution de la Roumanie, notamment : janvier, avril et fin juin 1998. Pour des raisons qui tiennent à l'économie de la présente étude, j'ai laissé de côté les exemples qui ont constitué le corpus de début, datant de 1996 et 1997.

Les observations nous ont permis de structurer les manifestations du degré d'incertitude reflété dans la presse comme suit :

I. ATTITUDES EXPLICITES

(manifestation directe du stress)

La simple relatation d'une situation

L'induction de l'état de stress

La description de la situation qui a déclenché le stress (constatation du mensonge, expression de l'incertitude, etc.)

Déclarations directes

II. ATTITUDES INTERMEDIAIRES

(manifestations ambiguës)

La bagarre

Le comportement paradoxal

III. ATTITUDES QUI ESSAIENT DE TROUVER DES SOLUTIONS

(manifestations indirectes)

Actes déclaratifs

Rapport de nouvelles promesses

Communiqués de presse

Le préfixe EURO-

Le phénomÈne envisagé se laisse étudier surtout aux niveaux des champs sémantiques et des actes de langage, à l'intérieur desquels on plonge, non sans délice, dans les abimes étymologiques, ou bien l'on s'élance, non sans prudence, vers les cimes de la présupposition, de l'argumentation, etc..

Pour des raisons interculturelles attachées au stress, nous n'allons pas 'risquer' d'entrer dans les détails, nous résumant aux faits que nous considérons illustratifs. Nous rappellons néanmoins que l'acte de langage est un faire-faire , une manipulation, par la parole, d'un sujet par un autre sujet (v. aussi PARRET, 1999).

I.         ATTITUDES EXPLICITES

La simple relatation d'une situation

In invatamantul primar, istoria si geografia se vor preda in limba materna. (RL, 2513, 3 iulie, p.1)

Dans les écoles élémentaires, l'histoire et la géographie seront enseignées en langue maternelle .

Proiectul de lege privind infiintarea Universititii Maghiare de Stat (…).(Z, 1223, 30 iunie, p.3).

Le projet de loi concernant la mise sur pied de l'Université Magyare d'Etat.

UDMR a depus in Parlament o initiativa legislativa care risca sa incendieze coalitia

L'Union Démocratique des Magyars de Roumanie a déposé au Parlement une initiative législative qui risque d'incendier la coalition.

Deputatii UDMR au depus propunerea legislativa privind infiintarea unei Universitati maghiare. (R, 449, 30 iunie, p.7).

Les députés de l'Union Démocratique des Magyars de Roumanie ont déposé la proposition législative concernant la mise sur pied d'une Université magyare.

A ce que l'on voit, les articles ci-dessus ne font que relater un événement, mais tous ceux qui sont ancrés dans la réalité roumaine savent de par leur expérience que le problÈme national se situe, pour beaucoup, au niveau d'une incertitude. Il s'agit d'un savoir acquis par expérience : l'enseignement en langue maternelle (le hongrois n.n.) est de nature à provoquer des inquiétudes. On se méfie, on doute, on s'achemine vers la suspicion, car on craint une rupture au niveau de la communication, à repercussions politiques.

Autre exemple :

Austria preia presedintia U.E. .(RL, 2513, 3 iulie, p. 5)

L'Autriche aura la présidence de l'Union Européenne.

On ne dit pas plus. Mais l'expérience agit de nouveau et l'on en

déduit que pour l'étape actuelle, oÙ la Roumanie espÈre faire son entrée dans l'UE, on ne sait pas oÙ cette présidence pourrait mener. L'Autriche a introduit le visa pour les Roumains aprÈs 1990. De nouveau : inquiétude, doute, crainte.

Allons plus loin :

Ardealul dupa inundatii. (Z, 1223, 30 iunie, p.8)

La Transylvanie aprÈs les inondations.

Et les sous-titres :

Ziaristii din Satu-Mare strang ajutoare.

Les journalistes de Satu-Mare cherchent de l'aide.

24 de gradinite si de scoli din Bihor au suferit din cauza inundatiilor.

24 jardins d'enfants et écoles du département Bihor ont été endommagés suite aux inondations.



Prefectul de Cluj a evaluat estimativ / pléonasme dans le texte, n.n./ pagubele la 30 de miliarde.

Le préfet de Cluj a estimé les dommages qui s'élÈvent à 30 milliards.

In Maramures s-au inregistrat pagube de 35 de miliarde.

Au Maramures on a enregistré des dommages qui s'élÈvent à 35 milliards.

Guvernul a trimis deja ajutoare in Bistrita-Nasaud.

Le Gouvernement a envoyé déjà de l'aide dans le département de Bistrita-Nasaud.

Valoarea pagubelor produse de inundatii in Alba este de 120 miliarde.

La valeurs des dommages provoqués par les inondations dans le département d'Alba s'élÈve à 120 milliards.

D'autres titres attirent l'attention :
Inundatiile au facut pagube de miliarde in judetul Timis
(R, 449,30 iunie,p.14)

Les inondations ont provoqué des dommages de milliards dans le département Timis.

Potopul de lacrimi de dupa potop. (EZ, 1826, 30 iunie, p.18)

Le déluge de larmes d'aprÈs le déluge.

alors que des sous-titres qui annoncent l'avancement des eaux, le bombardement de grÊle, l'effacement de souvenirs-mÊmes par les eaux dévastatrices, etc., renvoient à une autre expérience triste (les inondations de 1970). De simples mots se transforment en éléments qui explicitent un état de choses : on ignore jusqu'oÙ s'élÈvent les dommages, on doute que les aides soient suffisantes, on craint le pire.

A ce premier niveau de notre analyse l'essentiel porte sur le lexique, qui se structure autour des centres suivants :

méfiance

doute

suspicion

crainte

qui ont, en structure sous-jacente, un savoir acquis suite à une expé-rience pregnante.

L'induction de l'état de stress

Presque au pôle opposé se retrouvent les articles qui, par les formules utilisées, induisent l'état de stress encore plus qu'il ne se laisse voir. C'est sutout dans les titres que ce phénomÈne devient pertinent, mais aussi à l'intérieur, dans la substance de certains articles.

Se aprind preturile la carburanti. (In urma majorarii taxei de drum, preturile urmeaza sa creasca.) (R, 310, 14 ianuarie, p.1)

Les prix des carburants s'enflamment. (la taxe de voirie majorée, les prix vont augmenter).

Se scumpeste si painea. (R, 14 ianuarie, 310, p.1)

Le prix du pain monte aussi.

E gata criza ? (R, 14 ianuarie, 310, p.10)

La crise, a-t-elle pris fin ?

Majorarea cotei de TVA anuntata de ministrul Daianu va provoca inrautatirea nivelului de trai. (R, 14 ianuarie, 310, p.11)

La majoration de la cote TVA annoncée par le Ministre des Finances va provoquer la dégradation du niveau de vie.

sous-titre : La confédération des entrepreneurs privés du département du Timis n'exclut pas le déclenchement d'une grÈve fiscale.

Sindicatele promit o primavara fierbinte(Z, 1083, 14 ianuarie, p.1)

Les syndicats promettent un printemps brÛlant.

Criza politica a ajuns la punctul culminant. PD decide astazi soarta guvernarii. (Z, 1083, 14 ianuarie, p, 3).

La crise politique a atteint le point culminant. Le Parti Démocrate décide aujourd'hui le destin du gouvernement.

Preturile au scapat de sub control. (RB, 2408, 14 ianuarie, p. 5).

Les prix se dérobent à tout contrôle.

Criza politica ii alunga pe investitorii straini. (RB, 2408, 14 ianuarie, p. 6).

La crise politique chasse les investisseurs étrangers.

Conflictul de munca initiat de Sanitas. (RB, 2408, 14 ianuarie, p.7)

Le conflit de travail initié par Sanitas.

Prevederi sumbre pentru 1998. (Ag., 415, 17 ianuarie).

Sombres prévisions pour 1998.

Pentru a obtine regiile strategice, PD ameninta cu nationalizarea. (RL, 2510, 30 ianuarie, p.3)

En vue d'obtenir le contrôle des régies stratégiques, le PD menace de les nationaliser.

Fortele structurii KGB controleaza informational Romania. (T, 2209, 30 iunie, p.1)

Les forces de la structure KGB contrôlent l'information en Roumanie

Dupa 'Dragaica', timp de trei zile, batranii spun ca 'apa cere om'. (Z, 1223, 30 iunie, p. 8)

AprÈs la fÊte nommée 'Dragaica' (le 24 juin, n.n.), 'l'eau est avide d'homme' disent les vieillards.

Stihiile continua (Z, 3 iulie, 1226, p.4)

Le déluge se déchaine …

Batalia politica a cuprins si scolile. (Z, 1226, 3 iulie, p.2)

Le combat politique s'est emparé aussi des écoles.

On peut remarquer un glissement du lexique vers la sphÈre des mots tels :

augmenter, monter, majorer, point culminant;

prix, niveau de vie;

crise, conflit de travail, grÈve, combat politique;

dégradation, se dérober au contrôle.

dont le sémantisme devient plus pregnant dans des constructions brÈves, spécifiques au titres.

Le vocabulaire devient dynamique, en relançant l'attention du lecteur sur un fait qui, à force de se prolonger, risque de passer inaperçu.

'Un arc en ciel qui reste plus d'un quart d'heure dans le ciel, n'attire plus l'attention de personne', disait Goethe.

L'incertitude, faisant partie d'un quotidien trop vécu, pourrait s'effacer. Alors autant l'aviver.

La description de la situation qui a déclenché le stress

(constatation du mensonge, expression de l'incertitude, etc.)

C'est peut-Être la situation le plus souvent rencontrée dans les articles oÙ l'on décÈle le point de vue du journaliste (BLOMMAERT-VERSCHUEREN, 1992 ). C'est le terrain des actes de langage qui évaluent, estiment, décrivent (les verdictifs), mais aussi de la mise en valeurs des actes directs et indirects. C'est le domaine oÙ l'on dévoile la promesse devenue mensonge(v. VERSCHUEREN, 1985 et 1999), qui aboutit par l'effet perlocutionnaire à l'anxiété.

Nervii uzati, deruta, nesiguranta, dezamagirile, scaderea dramatica a nivelului de trai, asteptarile inselate sunt adevaruri, nu sunt mofturi subiective. (RL, 2510, 30 iumie, p. 1)

Les nerfs usés, la déroute, l'insécurité, les déceptions, la dégradation dramatique du niveau de vie, les attentes trompées sont autant de vérités et non pas des maniÈres subjectives.

Ne scufundam, sau ne rinocerizam ? (RL, 2510, 30 iunie, p. 1)

Nous sombrons, ou bien devenons nous des rinocéros

Ce democratie o mai fi aceea in care partidele politice au ajuns sa fie dispretuite de alegatori ? Ce fel de stat de drept o fi acela in care doua treimi din cetateni nu au incredere in justitie ? Cum se cheama, daca nu lehamite sau sila, faptul ca mai mult de jumatate din cei chestionati zic ca nu s-ar mai duce la vot, ori ezita ? Presedintele e dezaprobat de mai multi romani decat cei care il aproba. Doi romani din trei nu au incredere in guvern. Increderea in parlament se apropie de subterana. Pe scurt, potrivit opiniei majoritare, drumul e gresit, traim din ce in ce mai prost, clasa care ne conduce e incapabila.(…). Ne sufoca si absenta unei sperante. (RL, 2510, 30 iunie, p. 1)

Quelle démocratie est-ce celle oÙ les partis politiques ont réussi à se faire mépriser par les électeurs ? Quelle sorte d'Etat de droit est-ce celui oÙ deux tiers de la population ne croit plus à la Justice ? Comment appelle-t-on, sinon lassitude ou dégoÛt, le fait que plus de la moitié des personnes questionnées affirment qu'elles n'iraient plus voter ou bien qu'elles hésiteraient ? Le nombre des Roumains qui désaprouvent le Président est beaucoup plus élevé que celui de ceux qui l'approuvent. Deux Roumains sur trois ne font pas confiance au Gouvernement. La confiance accordée au Parlement s'approche du souterrain. Bref, selon l'opinion de la majorité, la voie est mauvaise, on vit de mal en pis, la classe directrice est incapable (…). Nous sommes également suffoqués par l'absence de tout espoir.

Algoritm si incongruente (RL, 2510, 30 iunie, p. 3)

Algorythme et incongruences

Ca traversam un hiatus periculos pe toate planurile a devenit o certitudine pentru majoritatea romanilor. Politicianismul cel mai agresiv erodeaza incontinuu increderea populatiei in liderii nostri de toate orientarile. ( RL, 2150, 30 iunie, p. 3)

Pour la plupart des Roumains il est certain que nous traversons un hyatus dangereux . Les opinions politiques les plus agressives érodent continuellement la confiance que la population a dans nos dirigeants de toutes orientations

Agricultorii vor garantii ferme. (Azi, 14 ianuarie, p.8)

Les agriculteurs exigent des garaties fermes.

Quo vadis 'Alianta Civica' ? (RL, 11 aprilie, p. 16)

Quo vadis l'Alliance Civique' ?

Criza politica a distrus credibilitatea. (A, 2449, 11-12 aprilie, p. 1)

La crise politique a détruit la crédibilité.

Despre impostura. (A, 2449, 11-12 aprilie, p.3)

Sur l'imposture.

Privita in oglinda acestei carti albe cruciada impotriva coruptiei, declansata cu atata tam-tam in urma cu un an si jumatate, pare mai degraba o farsa. (A, 2514, 30 iunie, p.6)

Vue dans le miroir de cette carte blanche la cruciade contre la coruption, déclenchée avec tam-tam il y a dix-huit mois, semble Être plutôt une farce.

Nu e sigura deloc chestia cu NATO. (A, 2514, 30 iunie, p.2)

Le truc concernant l'OTAN, n'est pas sÛr du tout.

Din punct de vedere sociologic, populatia se gaseste acum intr-o stare de maxima deruta. (A, 2514, 30 iunie, p. 2)

Du point de vue sociologique, la population se trouve actuellement dans un état de déroute totale.

Voilà combien les gens ne font plus confiance, combien ils nagent dans l'incertitude et le mensonge, combien ils ne savent plus à quel dieu se vouer.

Nous disions au début que, parmi les moyens d'alléger l'anxiété on a la religion; or, certains articles affirment que l'Eglise Orthodoxe roumaine a l'intention de s'impliquer dans la vie politique. Nouvelle déroute, car, pour la plupart, ce serait augmenter l'état de stress (apparition possible de nouvelles sectes, etc.).

Déclarations directes

Les articles oÙ se manifestent les déclarations directes se partagent les verbes comportementaux (accuser, critiquer) et exercitifs (avertir).

Des accusations sont portées contre le mensonge, des menaces sont proférées, des attitudes de protestation, de condamnation ou d'avertissement sont trÈs explicitement exprimées.

Guvernantii sunt acuzati ca au omis cresterea fiscalitatii din discursul

Electoral. (Z, 1083, 14 ianuarie, p.6)

Le Gouvernement est accusé d'avoir omis, lors du discours électoral, la fiscalité en hausse.

Negocierile sunt reusite, presa intoxica publicul ! (Azi,13 ianuarie, p.4)

Les négociations sont réussies, c'est la presse qui intoxique le public !

PUNR condamna cu fermitate asemenea actuini ilegale care aduc atingere demnitatii neamului romanesc din Transilvania si incalca grosolan interesele nationale fundamentale ale tarii. (Azi, 13 ianuarie, p.5)

PUNR condamne fermement de telles actions illégales qui portent atteinte à la dignité de la nation roumaine de Transylvanie et violent brutalement les intérÊts nationaux fondamentaux du pays.

Sindicatele acuza politizarea 'Romtelecomului'. (Azi, 14 ianuarie, p.c4)

Les syndicats accusent l'action de politiser le 'Romtelecom'.

Mircea Ciumara trage un semnal de alarma. (Azi, 14 ianuarie, p. c4)

Mircea Ciumara tire la signal d'alarme.

Presedintele trebuie sa intervina ACUM ! (C, 14 ianuarie, p. 1)

C'est MAINTENANT que le président doit intervenir !

Presedintele E.C. este solicitat sa dezamorseze bomba din coalitie, activata de PD. (Ag. Z., 16 ianuarie, p. 3)

Le président E.C. est sollicité à désamorser la bombe de la coalition, activée par le PD.

Pazea, se scot dosarele ! ( E.Z., 30 iunie, p. 6)

Gare à vous, on sort les dossiers !

II. ATTITUDES INTERMEDIAIRES

Nous avons choisi de réunir ici deux attitudes qui se rejoignent dans l'ambiguÏté :

1. la bagarre - qui est paradoxale par le fait que des personnes influentes provoquent des actes, au lieu d'attendre et d'agir en douceur -

et

2. le comportement paradoxal proprement-dit - à l'intérieur duquel on voit que l'incertitude et le danger sont devenus des certitudes -

Dosarele de securitate i-au adus pe deputati in pragul incaierarii. (A, 30 iunie, p. 2)

Les dossiers de la securitate ont amené les députés au seuil de la mÊlée.

Presedintele PNTCD se infurie rau. (A, 30 iunie, p. 6)

Le président PNTCD se met terriblement en colÈre.

In acest moment, singura certitudine pe care o avem e incertitudinea. (A, 30 iunie, p. 3)

En ce moment, la seule certitude que nous ayons est l'incertitude.

III. ATTITUDES QUI ESSAIENT DE TROUVER DES SOLUTIONS

Actes déclaratifs

Beaucoup moins nombreuses, ce genre de tentatives de résoudre la situation conflictuelle sont en fait des manifestations indirectes du degré d'incertitude. On essaie de contourner le vif du sujet, comme dans une sorte d'euphémisme sui-generis.

V.S. este de parere ca programul de guvernare este cel mai bun posibil. (E.Z., 1761, 11 aprilie, p. 6)

V.S. considÈre que le programme de gouvernement actuel est le meilleur possible.

A remarquer le fait que les démissions sont vues comme un essai de rétablir la normalité.

Rapport de nouvelles promesses

Le plus souvent, on croit pouvoir éviter le stress, ou du moins l'enrayer temporairement, par des promesses qui semblent plus importantes que les précédentes.

Programul Guvernului va avea un amplu capitol de protectie sociala. (R.L., 11 aprilie, p. 3)

Le programme du Gouvernement aura un ample chapitre de protection sociale.

Evidemment, on pourrait discuter combien les actes de langages rapportés perdent de leur pouvoir. Nous sommes tentée de dire que, dans ce genre de 'rapports', le lecteur ne voit pas 'Il dit que X a promis', mais 'Il dit que X dit :Je promets'. Le fait de rétablir le moment de l'énonciation oÙ le promesse a des chances d'Être effective tient d'un vouloir-croire du lecteur, sur lequel le journaliste compte d'ailleurs.

Communiqués de presse

Il est connu que, dans les moments de tension suprÊme, le communiqué de presse fait autorité, aussi peut-il Être salutaire dans la diminution de l'angoisse et du stress. C'est surtout parce qu'il répond à une attente du lecteur, dont la tendance est de refuser les événements qui lui déplaisent

Consiliul Suprem al Apararii a avut o adunare extaordinara luni, 29 iunie 1998. (…)

Consiliul Suprem al Apararii considera ca procesul de asanare morala a societatii romanesti trebuie realizat respectand legalitatea si adevarul. (Z, 30 iunie, p. 3)

Le Conseil SuprÊme de la Défense a eu une réunion extraordinaire lundi, le 29 juin 1998. (…)

Le Conseil SuprÊme de la Défense considÈre que le processus d'assainissement moral de la société roumaine doit se réaliser en respectant la légalité et la vérité.

Le préfixe EURO-

Si l'on considÈre l'angoisse qui s'installe par un retour étymologique (angusta 'lieu resserré'), on peut comprendre l'invasion des constructions à préfixe EURO- ou qui font référence à l'Union Européenne comme un espoir d'ouverture, un échappatoire, une possibilité d'intégrer plus rapidement un havre de certitude.

EURO - time EURO - glotes

- polyphonie - frustration

- taxi - argent

- appartenance - monnaie

- poubelle - contexte

Structures euro-atlantiques et européennes

Europénisme, europénité

L'entrée en Europe, l'intégration européenne

etc.

Peu importe si l'on est suffoqués, les journalistes espÈrent pouvoir nous faire oublier nos peurs, en réunissant les vertus des technologies, des lois et des religions dans un préfixe magique, passe-partout. Une fois en Europe, quelle que soit la voie d'accÈs, on n'a plus rien à craindre.



Est-ce vrai ?

Avant de vivre la réalité, on ne peut rien affirmer là-dessus. Ce qui semble Être certain, ce qui est à remarquer, en tout cas, c'est que, d'une façon ou autre, toute la presse se pose la question de la normalité comme état qui pourrait rétablir la sécurité.

Les normes sont essentielles, car elles rassurent, elles s'érigent pour réduire l'incertitude.

Nous alons conclure sur cet aperçu rapide des manifestations de l'incertitude dans la presse roumaine que ce qui reste trÈs important est attaché à l'univers commun de croyances auquel tous les rapports sont ancrés. L'étude faite dans une perspective pragmatique laisse voir combien les journalistes (auteurs des articles), tout comme n'importe quel autre usager de la langue dans un contexte quelconque, sont incapables d'exprimer explicitement ce qu'ils veulent communiquer, aussi leurs textes laissent-ils à la charge de l'implicite la désambigüation du sens.

Vaches folles et journalistes mordus

(L'incertitude ailleurs …)

On n'a pas à écrire de façon que tous comprennent tout, mais d'une façon qui invite chacun à chercher.

ERASME

(cité par WILMET, 1997 : 5)

'La parole, on le sait, n'implique pas la communication. La communication réussie implique, elle, au moins sous sa forme ordinaire, une grande analogie des schémas conceptuels, modÈles cognitifs, idéalisés, scénarios, scripts et rôles stéréotypés, qui servent de fondation nécessaire à la construction d'espace. (…) Communiquer c'est parvenir à partir d'indices linguistiques et pragmatiques semblables à opérer les mÊmes constructions d'espace (ou tout au moins des constructions voisines).'

Ces phrases de Gilles FAUCONNIER (1984 : 10) dont nous avons inversé un peu l'ordre, mettent en relief le fait que le locuteur et l'interlocuteur doivent batir une relation entre les mots et les constructions mentales pour arriver à une communication accomplie.

Nos émotions nous gouvernent plus qu'on ne le veuille (à part dans le milieu scientifique - et encore !) et il serait oiseux de dire que c'est justement sur cet aspect que les journalistes jouent pour parvenir au but envisagé.

La relation information-argumentation-persuasion, essence du message qui devrait passer entre la 'neutralité'/objectivité de l'émetteur (journaliste) et l' 'implication'/subjectivité du récepteur (lecteur du journal) est supposée s'étayer sur le canevas typique de la communication, qui implique avoir obtenu l'adhésion de l'inter-locuteur, suite à la création d'une atmosphÈre de confiance et de respect mutuel. A partir de là, dans une situation 'normale', l'intention de l'émetteur doit Être reconnue par le récepteur, ce qui implique une prise en considération de la situation d'interrelation.

A ne pas se leurrer.

Le journaliste est coincé entre plusieurs facteurs, nullement négligeables, qui marquent son discours :

l'événement rapporté

le niveau oÙ l'information est placée (fait divers, éditorial, brÈves, communiqué, etc.)

la 'qualité' du journal qu'il représente

la 'qualité' (et la 'quantité') du public visé

l'impact interculturel

sa propre émotivité

les différentes facettes de l'éthos

et autres.

C'est dire que le 'rapport' est démuni d'objectivité dÈs le début.

Regarder un tableau en ensemble ou préférer un détail, lire un texte en entier ou en extraire un fragment, parler sérieusement ou faire des calembours, entendre une phrase dans son contexte initial ou citée aprÈs un laps de temps, voilà autant de 'situations' de communication dont l'effet n'est certainement pas le mÊme.

Parmi les mass-media, la presse se présente comme le 'systÈme sémiotique le plus classique, tant par son ancienneté que par la perfection atteinte' (MICLAU, 1977 : 146 / traduit par moi).

L'utilisation de l'instrument linguistique confÈre à la presse la possibilité d'user de 'nuances de message'. Tous les signes qui construisent les articles de presse sont intégrés par l'opération mentale du lecteur dans un signe global qui est, en fait, le journal.

En tant que texte écrit le journal s'étaye lors de la réalisation du message aussi bien sur le signe linguistique stricto sensu que sur le signe graphique. Les caractÈres revÊtent le comportement des signes indiciels qui orientent le lecteur, dont la sélection des messages sera faite presque automatiquement en fonction de ce qui est mis en relief de façon ou autre.

A vrai dire, il y a une superposition d'images (le graphique surmonte l'acoustique) à portée psychologique (dans le cas de la radio, ou de la télévision, l'acheminement est inverse) et, surtout dans le cas d' un discours en langue étrangÈre, on cherche l'appui graphique.

Le code le plus intéressant (à côté des icônes - photos, cartes, diagrammes, etc.-) semble Être la rhétorique, depuis l'antiquité vouée à parfaire l'art du discours public. Les débats de tout ordre (politique, écologique, culturel) rapportés directement ou indirectement, les commentaires ou les communiqués se servent à coeur joie des figures de style.

Le journaliste/émetteur s'institue comme producteur de message de grande autorité et la dimension pragmatique s'ajoute au niveau linguistique proprement-dit (graphÈmes, lexÈmes) à l'intérieur d'un type de communication dont les buts/intérÊts/motivations attirent des stratégies particuliÈres impliquées dans les opérations d'exécution/réa-lisation/valorisation. Tel l'acteur sur une scÈne, tel le professeur en classe, ou comme un orateur devant la foule qui constitue son auditoire, le journaliste s'adresse à un destinataire collectif, dans le but de l'informer, l'instruire, l'inciter à agir d'une maniÈre ou autre.

Ce préambule trace les fondements théoriques qui vont sous-tendre la présentation du phénomÈne 'vache folle', qui a tenu pendant longtemps la UNE des journaux dans le monde entier.

Deux aspects ont retenu notre attention, notamment la création des titres et l'attribution du discours.

Les titres - plaire ET instruire, plaire OU instruire ?

Les titres et les débuts de texte, segments textuels 'vedettes' selon Kirsten ADAMZIK (1998 : 31) sont de premiÈre importance, car on peut les considérer comme une carte de visite des écrits auxquels ils se rattachent. Cet aspect est incitant, mais risqué en mÊme temps, vu les catégories des lecteurs, dont beaucoup se limitent à lire les titres en dehors de leur contexte.

La 'promesse' d'un titre ou des premiÈres lignes, qui est en fait la capacité de capter l'intérÊt du lecteur, devient redoutable par la possibilité de lui faire abandonner toute lecture. Cela se rattache à la fonction 'publicitaire' du titre : inciter à la lecture, mais aussi permettre (conformément aux rÈgles de rationalité) un choix efficace des lectures. Le vaste champ que constitue l'univers des lecteurs soumet le choix opéré à l'environnement culturel et aux communautés linguistique. Il est banal d'affirmer que les normes et les critÈres d'évaluation diffÈrent souvent selon les langues et les pays et que seuls les lecteurs qui ont une formation multiculturelle peuvent gérer les 'écarts' (HOFSTEDE, l994; VERLUYTEN, 2000). Pour avoir accÈs au journal roumain Academia CATAVENCU et au journal français Le Canard enchainé, dont les registres d'écriture sont sensiblement les mÊmes - dans la note satirique - , on a beau maitriser les deux langues, car le sens se construit au-delà des expressions idiomatiques, calembours, etc., à un niveau pragmatique fort attaché à la réalité culturelle dans la direction de CULTURE-2 (HOFSTEDE, 1994).

Ces quelques réflexions seront soutenues par l' 'échantillon' qui constitue le corpus étudié (titres parus dans plusieurs publications, pendant la période février-mai 2001).

L'exigence formulée généralement dans les discours normatifs concernant les titres se rapporte à leur briÈveté, à leur clarté et à leur précision. La quantité et la qualité doivent aller de pair.

Un taux important des titres constituant le corpus (presque la moitié) sont du genre 'étiquette', c'est-à-dire assez secs, purement informatifs dans une premiÈre partie, qui expose clairement l'événement visé, et plus explicites dans une deuxiÈme partie /qui déclenche l'alerte, induit le stress, exprime l'incertitude/ dont le territoire est marqué graphiquement par « : » .

Vache folle : Glavany émet des réserves sur le plan de l'UE (Reuters)

Vache folle : manifestation des éleveurs belges (AP)

Vache folle : les organisations agricoles expriment leurs inquiétudes devant les parlementaires (AP)

Italie : un nouveau cas suspect de vache folle (AFP)

Vache folle : Glavany veut un étiquetage clair de la viande (Reuters)

Chine : la psychose de la bouffe folle s'étend (Reuters)

FiÈvre aphteuse : des analyses positives sur des moutons en France (AP)

FiÈvre aphteuse : la grande peur de l'Europe (AFP)

FiÈvre aphteuse : l'Europe sur le pied de guerre (AFP)

FiÈvre aphteuse : Les Etats Unis s'inquiÈtent (AFP)

FiÈvre aphteuse : trois cas suspects en Belgique (Reuters)

FiÈvre aphteuse : l'Irlande annule les fÊtes de la Saint-Patrick (Reuters)

FiÈvre aphteuse : la France déclenche un plan d'alerte (Reuters)

Une deuxiÈme catégorie est formée par les titres expressifs, évocateurs, dont les éléments lexicaux sont puisés pour la plupart dans les expressions idiomatiques, les calembours, paraphrases, etc. :

Euro, vaches folles : l'Europe a le blues (Reuters)

La France croise les doigts (Reuters)

Vache folle . la France va pouvoir jouer en solo (AP)

Les terres du prince Charles contaminées par la fiÈvre aphteuse (AFP)

Lionel Jospin refuse de céder à l' 'afollement' sur la viande de mouton (AP)

Chirac met les pieds dans le plat de mouton (AFP)

Adieu veaux, vaches, moutons, élans, cerfs … ? (AFP)

Plus afollés que la vache(AP)

Le poulet réveille les vieux démons belges (AFP)

L'agriculture européenne creuse sa tombe (Reuters)

Patates transgéniques : les Anglais en font tout un plat (AFP)

La premiÈre vague d' 'afollement' passée, on retrouve des titres dont le but manifeste est de dédramatiser, de rassurer les lecteurs :

Jean Glavany détaille ses mesures contre la fiÈvre aphteuse (AP)

Je mange du boeuf(AFP)

Kouchner temporise sur le mouton fou (Reuters)

Vache folle : Jospin promet des aides pour les éleveurs (AFP)

Bernard Kouchner rassure sur l'efficacité des dispositifs (AP)

Moselle : installation d'un poste de désinfection à la frontiÈre luxembourgeoise (AP)

Bref, les titres 'résument' ce que le texte de l'article est supposé devoir détailler.

La qualité du texte dépend beaucoup d'un certain nombre d'aspects du maniement langagier liés aux usages de l'oral (AUCHLIN, 1998 : 9). En principe, tel journaliste qui s'exprimera d'une maniÈre cohérente lors d'un reportage télévisé, le fera aussi dans les pages d'un journal.

Dans une suite logique, les titres présentés ci-dessus devraient Être suivis d'un texte qui soutienne l'idée dégagée au premier contact. Et, effectivement, le lecteur découvrira que l'inquiétude, la panique, la crise de confiance, l' éveil des angoisses ou bien les promesses d'aide, les explications du phénomÈne, la description des faits (en vue de les rendre compréhensibles, donc moins effrayantes, à des personnes 'extérieures') se retrouvent derriÈre les actes de langage du type :

accepter confirmer exclure refuser

accuser délibérer interdire rejeter

assurer dénoncer justifier suggérer

clarifier donner une raison motiver vérifier

Lionel Jospin a assuré que le gouvernement aiderait les éleveurs … (Reuters)

L'Union Européenne a interdit mercredi toutes les exportations de bétail (AP)

La Commission Européene a décidé mercredi d'interdire (…) toutes les exportations vers l'UE d'animaux vivants …(AFP)

Par ailleurs, la Commission Européenne a assuré mercredi que la crise de la vache folle n'allait pas miner la banque …(AP)

La Commission Européenne a décidé de suspendre jusqu'au 1-er mars les exportations britanniques de bétail (Reuters)

La principale organisation de consommateur, en France, accusant la filiÈre bovine d'opacité, a dénoncé son refus de …(Reuters)

Lionel Jospin a refusé jeudi de contribuer à l' 'afollement' … (AFP)

On doit considérer ces exemples à partir de la distinction, à l'intérieur des actes de langage assertifs, entre les sous-types que sont l'assertion d'une part, et l'information d'autre part, distinction liée selon Aston (cité par AUCHLIN, 1993 : 69) à celle que pose Lyons entre modalité subjective (assertion) et modalité objective (information):

'Assertions are acts where the speaker claims that an SA (state of affair) is the case (…).

Statements are acts where he reports that an SA is the case. The distinction essentially parallels that between subjective and objective modality as outlined by Lyons (1976), the former being «recognised as existing independantly of the speaker »' (Aston 1977,477)

L'attribution du discours

Le discours d'un journaliste n'est pas, généralement, pris en charge par l'énonciateur, mais il est attribué à une autre instance. La valeur testimoniale de l'information rapportée est un élément dont la presse use et abuse, 'moins pour soumettre à la critique ce qui est rapporté (du type voyez ce que X prétend) que pour personnaliser l'expérience d'un individu' (ROSIER, 1999 : 187).

Le plus souvent, l'attribution du dire se circonscrit à une formule du type'selon X' laquelle, pour Être paraphrasée, exige l'usage des verbes d'opinion -prétendre, affirmer, s'imaginer que - ce qui implique l'introduction d'une pesée critique plus forte.

(dans les exemples ci-dessous, les gras sont de nous)

Le ministre délégué à la Santé Bernard Kouchner a affirmé lundi que … (AP)

La porte-parole du comité Maria Moynihan avait estimé peu avant cette réunion que …(AP)

Le commissaire au budget de l'Union Européenne Michaele Schreyer a précisé que le planning …(AP)

Il est évident qu'à partir du primitif dire l'accent est mis, dans la pratique du discours rapporté sur la diffusion de l'information (verbes déclarer, annoncer, affirmer), sur le jugement impartial (estimer) et sur la clarification (expliquer, ajouter, souligner, préciser, indiquer). Il y a une parfaite adéquation entre le contenu sémantique de base des verba dicendi et la fonction qu'ils remplissent dans la pratique journalistique.

Comme tout thÈme majeur, LA VACHE FOLLE a 'bénéficié' de tout l'arsénal du discours rapporté mis à son service. Si les sujets banals se retrouvent expédiés en deux-trois phrases, les pages consacrées à la 'malbouffe' (les journalistes auraient-ils créé ce lexÈme conscients qu'il y a 'bonne chÈre'?) ont déployé plein de moyens au sein d'un seul et mÊme article. La fréquence de l'utilisation accorde une place privilégiée au conditionnel journalistique et aux formes de la mixité .

Laurence ROSIER (1998) propose une distinction entre :

le conditionnel journalistique

et

le conditionnel du DI et du DIL.

Le premier est en corrélation avec une situation d'énonciation sociale particuliÈre : c'est le conditionnel de citation employé seul et renvoyant à un 'on dit' global, son usage reposant sur un mode d'énonciation spécifique (la presse) et déterminant un rapport citant/cité. Le citant peut Être sous-jacent, mais 'sémantiquement' il est toujours là.

Le second (ou 'les seconds') recouvre(nt) la sphÈre des corrélatifs, l'un réalisant le rapport classique discours citant/discours cité au niveau phrastique, l'autre plus contextuellement.

Cela pourait avoir des conséquences catastrophiques pour toute l'industrie du bétail (…) (AP)

Le gouvernement britannique devrait annoncer dans les prochaines heures des mesures de contrôle (…) (Reuters)

Des contrôles temporaires (…) devraient Être décidés aujourd'hui (Reuters)

Ce test devrait éliminer de la chaine alimentaire les animaux non dépistés auparavant (Reuters)

Lionel Jospin a assuré que le gouvernement aiderait les éleveurs de bovins (Reuters)

À noter que la fréquence du 'conditionnel journalistique' est beaucoup plus élevée.

Quant aux 'formes de la mixité' (ROSIER, 1998 : 233) il s'agit surtout des guillemets (mais aussi d'autres marques typographiques) marquant une frontiÈre entre discours citant/discours cité. Dominique MAINGUENEAU (1987) mettait en relief (en analysant un corpus de la presse écrite) l'importance des phénomÈnes typographiques pour la démarcation discours citant/discours cité. Cette forme - pratiquée par la presse écrite - qui ne relÈve ni du DD /discours direct/ ni du DI /discours indirect/ est nommée par l'auteur 'résumé avec citations'. Plus tard, (MAINGUENEAU, 1998 : 129) il reprend l'idée [avancée également par AUTHIER et MEUNIER (1977)] des 'ilots textuels' ou 'ilots énonciatifs', dans lesquels un fragment est isolé par des guillemets. Cette forme hybride (globalement il s'agit de discours indirect, mais il contient des mots attribués à l'énonciation citée) c'est un procédé fréquent dans la presse. Dans ce type de discours rapporté, l'ilot est parfaitement intégré à la syntaxe et c'est uniquement la typographie qui permet de voir qu'il n'est pas pris en charge par le rapporteur:

Auparavant, le Premier ministre avait été pris à partie par des éleveurs qui lui ont jeté des oeufs. Il se trouvait depuis plus d'une heure et demie dans les travées du Salon et sa visite s'était jusque-là passée sans incident quand un petit nombre d'éleveurs de bovins ont commencé à crier 'démission, démission, démission' en brandissant une banderole (…) (Reuters)

La Commission européenne a décidé mercredi d'interdire au moins jusqu'au 1er mars toutes les exportations vers l'Union européenne d'animaux vivants, de viande et de produits laitiers en provenance de Grande-Bretagne 'par mesure de précaution', aprÈs la détection de (…) (AFP)

Selon la Commission, 'la situation réclame l'adoption par l'Union européenne de mesures de protection additionnelles' par rapport à celles annoncées par Londres, afin de 'restreindre tout mouvement d'animaux vivants et de produits' suspects au sein de l'UE. (AFP)

Une réunion du comité vétérinaire prévue le 27 février sera chargée de décider s'il y a lieu de lever ou de prolonger cette interdiction en fonction 'de l'efficacité des mesures de contrôle' prises par les autorités britanniques. (AFP)

Ils ont expliqué aux professionnels la nécessité d'aller 'au-delà du respect de leurs obligations réglementaires' afin 'd'apporter aux consommateurs les indiquations d'étiquettage utiles et fiables leur permettant d'effectuer leur choix en toute transparence'. (Reuters)

Lionel Jospin, interrogé sur le stand du ministÈre de l'Agriculture, a de son côté souligné que 'le gouvernement, ses ministres quand ils s'expriment, celui de la Consommation, de l'Agriculture, de la Santé, ou que ce soit moi le Premier ministre, nous nous exprimons (!!!) toujours de façon modérée, attentive et prudente'.(AP)

Ces cas oÙ l'énonciation semble se manifester typogra­phiquement (ou lexicalement) mais est 'assimilée' syntaxiquement se retrouvent chez Marc WILMET (1997 : 447) sous la dénomination de 'discours absorbé' :

'Il existe en revanche des DR dépendants jamais pris en considération, véritables corps étrangers de l'ordre maximum du syntagme (…) fichés au milieu d'une phrase ou d'une sous-phrase.'

On peut considérer qu'il s'agit d'une marque de fidélité par rapport au discours cité, d'une sorte de pacte discursif entre le journaliste et les lecteurs, oÙ les marques typographiques créent l'effet du réel, dans une sorte de tendance à neutraliser la frontiÈre entre subjectif et objectif par souci de la qualité. La parole 'ricoche' toujours, elle invente et s'invente, mais reste proie à une aventure partagée, étant donné que 'la forme de l'énoncé constitue un espace médian entre intentionnalité et attentionnalité (c'est nous qui souli­gnons), donnant forme sans doute à une intention globale de l'auteur mais sans que cette intention puisse circonscrire toutes les formes d'exemplification que saura débusquer la sagacité attention­nelle d'un destinataire. (…) Si «Toute Pensée émet un Coup de Dés» récipro­quement tout coup de dés émet une pensée.' (JENNY, 1998 : 205)

Nous dirions, en reprenant une formule que nous avons avancée ailleurs (PASAT, 1998) qu'il ne s'agit pas, dans le souci de la qualité, d'un côté esthétique, mais 'pragma-éthique', qui permet d'appréhender et de comprendre la parole d'autrui.

Donnant donnant

(Sur la négociation)

'La nécessité de l'option me fut toujours intolérable.'

GIDE

'La nécessité nous délivre de l'embarras du choix.'

VAUVENARGUES

Le phénomÈne sur lequel va porter ce commentaire est caractérisé par deux éléments qui l'ont imposé à notre attention, plus précisément par deux taux fort élevés :

- l'occurrence

- la manifestation (le plus souvent) non-conscientisée.

Il s'agit de la négociation avec soi-mÊme.

En esquissant un premier pas dans la voie de la mise sous forme consciente du choix qui devait s'opérer, nous avons décidé de concevoir ce qui suit à partir d'un parallÈle entre la négociation en interaction et la négociation avec soi-mÊme, en visant à une sorte d'esthétique de la négociation, comme l'appellerait Herman PARRET (1999).

Une premiÈre difficulté à laquelle on se heurte lors d'une entreprise pareille c'est le 'modÈle' de négociation qui est couramment accepté, à savoir celui du 'marché', plus précisément le modÈle 'vente-achat' dans ce qu'il y a de plus concret.

C'est dire que des choses trÈs évidentes, justement parce qu'elles le sont, semblent occultées par une ignorance involontaire.

Avant de négocier avec quelqu'un d'autre, on le fait avec soi-mÊme; en fait, toute communication est sous-tendue par le choix que le locuteur opÈre et qui est le résultat d'un débat, trÈs rapide (et d'habitude sous-conscient/inconscient), qui a lieu intérieurement.

A partir de là, les objectifs de base de cette étude essaient de saisir ce qu'il arrive lors de la prise d'une décision, quand on déclenche la négociation avec soi-mÊme à bon escient, vu que la plupart des aspects impliqués dans une situation 'habituelle' de transaction diffÈrent ou sont distorsionnés par le simple fait que les deux pôles de la communication sont confondus dans l'EGO.

Il devient légitime de se demander à quoi vont rimer des moments 'classiques' tels :

préparer une négociation avant de s'y lancer

faire confiance à son intuition

s'adapter le moment venu

nuancer/changer/doser pour rester en équilibre

feindre de ne pas comprendre

utiliser les silences

orienter le comportement de l'adversaire

etc.

Autant de questions auxquelles nous avons tenté de trouver une réponse, en mettant à profit aussi bien la pragmatique anglo-saxone, qui reconstruit le sens des séquences à partir des propriétés de la situation dans laquelle cette séquence est produite, que la pragmatique continentale, oÙ le sens est essentiellement déterminé à partir de la subjectivité dans le discours, mais sans oublier la psycho-pragmatique de Marcelo Dascal (1983).

Les lignes ci-dessus pourraient Être considérées comme un premier échantillon pour la négociation avec soi-mÊme, car rien n'est plus difficile que le choix d'une méthode lorsqu'il s'agit d'un sujet qui se prÊte à une étude multidisciplinaire.

Arrivant ainsi au corpus, il faut dire que nous avons été piégée, puisqu'il est fort difficile, sinon impossible, de se munir de données authentiques pour la négociation avec soi-mÊme, étant donné qu'il s'agit d'un phénomÈne de la pensée et qu'il n'y a pas de moyens de l'enregistrer tel quel.

'La seule façon souvent de préciser nos pensées et d'y mettre de l'ordre, est de les formuler.' (LARTHOMAS, 1972 : 371)

Or, nous sommes réduits à nous servir du langage pour décrire la relation pensée-langage et il est erroné de croire qu'une pensée et sa forme verbale sont la mÊme chose.

P.T. Smith affirme dans Thought and language (in Jakob MEY, 1998 : 1016 et suiv.) :

'Linking speech with consciousness should suggest that speech is not always advantageous for efficient cognitive functionning. It can readily be shown that on occasion conscious processes interfere with an activity : describing what we are doing while we are tying a shoelace or riding a bicycle disrupts performance.'

Dans une négociation sui-generis, Ana Blandiana (1974 : 12, notre traduction) cherche sa voie dans la vie :

'La parole est heureuse dans la pensée,

Une fois prononcée, l'oreille la diffame.

Vers quel côté devrais-je me pencher

Des deux : rÊve muet ou renommée infame ?'

Il semble plus facile d'avoir un interlocuteur qui donne son avis que de devoir décider tout seul. Le confort est nettement plus grand lorsque, aprÈs une délibération, le poids ne pÈse pas uniquement sur sa propre conscience. Vis-à-vis d'un autre on peut se taire, devant soi-mÊme il est exclu de se cacher, sauf maladie mentale.

En mettant en parallÈle, trÈs rapidement, la négociation en interaction (dans n'importe quel contexte) et la négociation avec soi-mÊme, on remarque tout de suite des différences nullement négligeables, dont nous allons reprendre en détail les plus pertinentes.

NÉGOCIATION EN INTÉRACTION NÉGOCIATION AVEC SOI-MÊME

Motivation

(ce qui pousse à négocier)

On veut : On veut :

transmettre - opérer un choix

partager - …

influencer

faire faire

- prouver qu'on existe

Ce qu'on met en jeu

notre/nos :

motivation(s)

besoin(s)

désir(s)

rÊve(s)

peur(s)

passé

savoir

corps

- il y a un 'en amont' - tout se passe 'ex abrupto'

- on doit débuter avec des - trÈs souvent les objectifs

objectifs précis  sont 'flous' et se précisent

'au fur et à mesure'

- on mobilise son énergie, en tachant de voir jusqu'oÙ

on peut faire des concessions

Etapes

- faire confiance à son intuition

- stratégies de questionnement - on ne négocie pas la 'finalité',

mais son accord avec cette

finalité

- reformulations

- objections

- argumentation

- adaptation le moment venu

- accord

Protagonistes

il peut y avoir un médiateur - clivage du 'MOI'

- scénario connu et construit - on improvise souvent

- besoin de garanties

- accord intérimaire  - accord pour sortir d'un

dilemme, pour anéantir

l'angoisse

- on fait jouer la séduction - on est coincé par sa propre

indécision

- la coopération et la sincérité - on n'a pas intérÊt à

peuvent Être feintes mentir à soi-mÊme

(on peut mentir par intérÊt)

Communication

- interaction  - monologue intérieur

(discours dialogal) (discours monologal)

- dimension sociale - dimension a-sociale

(connaitre l'adversaire) (se connaitre soi-mÊme)

- conduite 'normale' - conduite paradoxale

(le problÈme de l'identité,

parfois perte de contact

avec la réalité)

-rapport JE - TU - rapport MOI - MOI

(met en jeu la 'distance' entre - fait intervenir le problÈme

locuteur/allocutaire, de l'identification

énonciateur/énonciataire, (quel MOI suis-JE ?)

etc.)

Code

oral  - pensée



- écrit (correspondance) - écrit (rarement :

visualisation des aspects positifs

/'+'/ et négatifs /'-'/

- possibilité d'agir sur l'adversaire - les gestes (se gratter, se

par un langage non-verbal, ronger les ongles, se

par des attitudes corporelles promener, etc.) tout

'voulues'/'jouées' comme les éventuelles

paroles proférées ou la

mimique n'ont aucun but

persuasif, étant, en

général, inconscients

- le regard, la tonalité de la voix,

tout comme le silence peuvent

Être déterminants

Espace

'in praesentia' (la distance - 'identité' d'espace

entre les protagonistes n'est pas

sans conséquences)

le 'choix du terrain' a du poids - le 'choix de l'ambiance'

pour les résultats  peut influencer la prise de

(altruisme par nécessité) décision

(égoÏsme par nature)

- 'in absentia' (à distance)

Temps

la durée peut couvrir des secondes ou des années

(forte attache aux 'cultures' (en étroite liaison avec

des négociateurs)  l'omniscience du sujet qui

doit prendre une décision)

Interculturalité

CULTURE - 1

(raffinement intellectuel)

CULTURE -2

(programmation mentale collective - comprend les manifestations d'une culture /symboles, héros, rituels, valeurs/ et les dimensions d'une culture / distance hiérarchique, masculinité-féminité,individualisme-colectivisme, degré d'incertitude /)

- peuvent Être fort différentes - identité obligatoire

les statuts du

SAVOIR, SAVOIR-FAIRE et SAVOIR-VIVRE

sont mis en jeu :

- il faut savoir se maitriser - on peut suivre ses émotions

- l'ambiguÏté peut Être volontaire - l'ambiguÏté est exclue

fort souvent les concessions qu'on fait

sont opposés à ses propres idéaux

- il faut avoir de l'expérience  - l'expérience en

en communication et en  communication à tout

communication multiculturelle niveau n'est pas exigée

Pour revenir aux aspects les plus intéressants, nous dirions que la différence essentielle entre la négociation en intéraction et la négociation avec soi-mÊme réside dans le caractÈre interactionnel de la premiÈre et l'aspect monologal de la seconde. Il est tout aussi important de dire que le 'clivage de l'EGO' mentionné ci-dessus laisse au protagoniste de la négociation avec soi-mÊme la posibilité de 'se mettre' tantôt à la place d'un personnage, tantôt à la place d'un autre, qu'il 'instaure en juge objectif'.

Les fragments extraits du corpus étudié mettent en évidence les différentes stratégies dont on se sert lors de la négociation avec soi-mÊme. Ces stratégies sont ou bien commentées par une tierce personne (l'auteur, dans le cas des textes littéraires), ou bien se manifestent dans le 'discours' du protagoniste de l'acte.

Et elle se mit à réfléchir, à peser dans la pensée (bien qu'elle eÛt été accablée de chaleur) si le plaisir de faire une petite couronne de marguerites valait la peine de se lever et de cueillir les fleurs.

Allez, allez, ça n'a pas de sens de pleurer ! Tu ne dois pas le faire, se dit sévÈrement Alice. Je te conseille d'arrÊter sur le champ !

D'habitude, elle se donnait de trÈs bons conseils. Car cette petite aimait jouer le rôle de deux personnes a la fois.

- A quoi cela me servirait-il à présent de m'imaginer que je suis deux enfants ? se demanda Alice

- Eh, allons, mangeons-la ! se dit Alice. Si elle me fait grandir, j'arriverai à prendre la clé sur la table, si elle me fait diminuer, je pourrais me glisser par la fente de la porte, et ainsi, de toute façon, j'arriverai dans le jardin. Donc, advienne que pourra !

(4) (…) Oh, mes pauvres jambes ! Néanmoins, je devrai Être gentille avec elles, continuait Alice à réfléchir, sinon il se pourrait bien qu'elles refusent de me conduire oÙ je voudrais! Voyons un peu, que pourrais-je faire pour elles ? Et si je leur ferais cadeau d'une belle paire de bottes nouvelles tous les ans ?

(L. CAROLL - Alice aux pays des merveilles)

On remarque tout d'abord la maniÈre d'instaurer un AUTRE, IMAGINAIRE, comme interlocuteur, pour démarrer l'argumentation : cet 'autre' est installé dans le registre de la II-e personne (singulier ou pluriel de politesse), comme dans (2), ou bien est assimilé à un indéterminé NOUS/ON, comme dans (3). Quand le protagoniste monologue, tout simplement, comme dans (3) et (4), je crois qu'il s'agit d'une sorte de discours de validation (PASAT, 1986 et 1994) qui reprendrait, en fait, un discours direct imaginé, appartenant à l' AUTRE.

Sans entrer dans les coulisses du dialogue et du monologue, nous allons reprendre une idée détaillée ailleurs (PASAT , 1984) dont l'essence serait que le parleur solitaire a toujours devant lui un interlocuteur fictif. Bien que ce soit trÈs fréquent chez l'enfant (surtout chez les enfants uniques, qui jouent seuls), la plupart de ceux qui ont étudié le discours monologal considÈrent que 'l'homme qui soliloque est toujours ridicule' et l'on considÈre 'cette parole qui s'adresse à un Être imaginaire comme l'indice d'un état plus ou moins pathologique, sans doute parce que le langage ne sert plus à ce pour quoi il est fait, c'est-à-dire à la communication' (LARTHOMAS, 1972 : 371). On peut en conclure que si l'interaction est sociale, le monologue est a-social, ne serait-ce que parce qu'il n'y a pas d'émetteur sans récepteur (qu'on s'efforce d'informer, convaincre, émouvoir, etc.).

Pour la négociation avec soi-mÊme le problÈme est un peu plus délicat, vu que cette activité du cerveau se manifeste quand nous sommes dans le doute, quand il faut opérer un choix, pour parvenir à un accord. Tout cela implique au moins une alternative : 'ou bien … ou bien'.

Dans l'intéraction, les échanges, les démarches qu'on entreprend pour aboutir à l'équilibre de la balance entre le pour et le contre (cf. étym. :'penser' < 'peser') découlent de la structure mÊme de l'interlocution. Comme il faut au moins (!) deux 'pensées' pour aboutir à un accord, à l'équilibre, le négociateur avec lui-mÊme se 'forge' un interlocuteur.

La relation 'JE - TU' de la négociation 'naturelle' devient 'MOI - MOI' dans la négociation 'déclenchée' avec soi-mÊme, relation supervisée de l' 'EGO'. (Pour plus de détails sur l'égo, le je, le moi et le soi, on peut consulter les études de F. Récanati, C. Kerbrat-Orecchioni, D. Véronique, R. Vion, E. Roulet et A. Auchlin indiqués dans la bibliographie.)

Les conversationalistes, de Schegloff à Kerbrat-Orecchioni affirment que les régularités du bricolage conversationnel peuvent Être expliquées à partir de la dominance du principe ludique: 'Il convient de jouer le jeu de toutes les rÈgles de la conversation, principe qui, dans sa généralité engloberait tous les autres principes pragmatico-déductifs formulés en philosophie du langage : coopération (Grice), charité (Davidson), humanité (Quine) et bien d'autres. Transgresser, dans une conversation, n'importe quelle rÈgle, ce serait une violation du principe ludique.' (PARRET, 1999 : 28).

Je n'aurais pas dÛ lui trancher la tÊte. J'aurais dÛ lui enfoncer l'épée juste au-dessous du coeur pour qu'il eÛt pu respirer pendant quelques heures encore, quelques jours avec un peu de chance. Mais il y avait cette femme devant lui et si j'avais hésité un seul instant il l'aurait tranchée en deux, l'imbécile, tuer une vie aussi svelte, aussi pure de forme, empÊcher ces jambes blanches et nues de continuer à courir par le monde. Elle a peut-Être un vilain museau, mais ce que je ceins de mon bras gauche vaut mieux qu'une douzaine de cadavres savamment transpercés. Il y aura donc des maravédis en moins dans ma bourse et une femme de plus dans mon souvenir. Et puis, pourquoi pas, un corps de femme vout aussi cher qu'un corps d'homme. Si elle est laide, tant pis pour elle, je pourrais l'ajouter au reste de la marchandise. Les laides, ça ne sert à rien. Le convoi doit se trouver à Salamanque aprÈs-demain. C'est un peu court, mais nous ferons le nécessaire.

(V. HORIA - Une Femme pour l'Apocalypse)

L'absence du bricolage interactif dans la négociation avec soi-mÊme rend la construction de celle-ci trÈs difficile. En fait, ce type de négociation reste, selon nous, une virtualité négociable elle-mÊme.

Pensons au 'Faux Miroir', le tableau de Magritte représentant un oeil qui reflÈte le ciel et les nuages. La réflexion dans un miroir est passive, la réflexion dans l'oeil pénÈtre à l'intérieur et c'est là que nait l'image.

Les JE - TU de la négociation interactive sont la réflexion des yeux qui s'interpénÈtrent. Les MOI -MOI de la négociation avec soi-mÊme sont la réflexion dans un miroir.

C'est le moment d'opérer la différence d'avec le soliloque (oÙ l'enfant/l'adulte pose devant lui un interlocuteur fictif) : cet 'interlocuteur'-là pourrait à tout moment Être remplacé par un Être réel, tels les éléments postiches de Chomsky, qui devenaient 'articles', 'verbes', etc. .

Le MOI du miroir ne pourra pas devenir un véritable interlocuteur, car il ne dira jamais 'TU' en mÊme temps que le protagoniste dit 'JE' et c'est peut-Être la raison pour laquelle dans la négociation avec nous-mÊmes nous connaissons en principe dÈs le début le résultat du débat.

'Avec nous-mÊmes , nous devons trouver un chemin médian entre nos valeurs conflictuelles /v. exemple (5)/, nos convictions, nos sentiments, nos perceptions et nos suppositions, pour rester en vie, heureux de vivre et grandir avec un minimum de souffrance.' (P.CASSE et P.S. DEOL, 1987 : 15)

Nous touchons par cette derniÈre citation un des aspects les plus sensibles (sinon l'essentiel) d'une négociation : l'argumentation /v. aussi exemple (5)/. L'Ethos et le Pathos entrent en jeu, en faisant surgir la sincérité, la manipulation, la séduction et toutes les violations qui s'y rattachent. Tout cela pour CONVAINCRE, pour ARRIVER A UN ACCORD, à un état d' HARMONIE.

La négociation interactive peut se tromper de résultat, mais, à force d'obéir aux stratégies argumentatives, tôt ou tard, elle peut aboutir à un accord.

La négociation avec soi-mÊme 'feint', osons-nous dire, une argumentation supplémentaire/superflue. L'ane de Buridan est mort pour Être tombé dans le piÈge du miroir, car il était seul et s'il avait su négocier, il aurait choisi de manger tout d'abord et il aurait pu apaiser sa soif aprÈs. Ou inversement !

En revenant aux stratégies qui sous-tendent une négociation, il faut dire qu'elles se manifestent comme des 'régularités' qui modifient les rÈgles ou les contraintes. Dans une interlocution, le 'danger' du contre-argument est imminent; un négociateur averti, intuition et savoir solide à l'appui, doit y faire face. Il usera de méthodes plus douces, qui englobent la séduction, par exemple, il devra connaitre les limites de son intervention.

La négociation avec soi-mÊme concrétise généralement l'argumentation par écrit. Lorsqu'on veut Être trÈs correct dans son raisonnement, on prend une feuille de papier et l'on y note les arguments et les contre-arguments, sous forme de 'gains' et 'pertes' :

OÙ aller en vacances ? A Maui c'est trop cher, et c'est loin en plus. Mais on pourrait surfer, alors qu'ici … et ici la plage est sale … On va peut-Être chercher les moyens d'aller à Maui. Bon, mettons sur cette feuille de papier les côtés positifs et les côtés négatifs, pour voir une fois … Et faisons le point !

(fragment de journal d'un ami belge - communication person-nelle)

Il devient évident que 'mettre fin' à une négociation avec soi-mÊme n'est pas facile du tout et ce caractÈre 'perpétuel' impose la négociation de la négociation, qui oblige à opérer la distance entre argument et opinion, pour soumettre par aprÈs une mÊme opinion à des arguments différents et aboutir ainsi à un choix.

Au niveau linguistique cela se réduit à des séquences telles :

'C'est fini !' mais aussi : 'C'est fou !'

'J'arrÊte !' 'C'est impossible, on

n'en finit pas !'

'Bon, c'est cela !' 'Tant pis, c'est décidé !'

Ce qui, croyons-nous, recompose l'EGO, dans une harmonie qui ne saurait naitre que d'un accord. Mais, en observant de plus prÈs la définition donnée par Catherine KERBRAT-ORECCHIONI (1999) : ' On appellera négociation tout processus interactionnel plus ou moins local, susceptible d'apparaitre dÈs lors qu'un différend (souligné par moi) surgit entre les interactants concernant tel ou tel aspect du fonctionnement de l'intéraction, et ayant pour finalité de tenter de résorber le différend. Ces négociations sont permanentes (souligné par moi) et indispensables (souligné par nous) pour permettre l'élaboration progressive de ces constructions collectives que sont les conversations (et plus généralement, des interactions en tous genres)', nous pensons qu'on pourrait conclure qu'en fait, la fermeture de la négociation avec soi-mÊme n'est que l'ouverture d'une négociation potentielle.

Être ou ne pas Être

(Identité et mondialisation)

Repenser le concept d'identité en parallÈle avec celui de globalisation/mondialisation, fait naitre plusieurs inquiétudes quant à l'étendue de l'investigation et à la maniÈre de la mener à bonne fin, la premiÈre difficulté consistant à opérer le ' bon ' choix parmi les définitions des phénomÈnes envisagés, surtout à une époque oÙ les réévaluations de l'appartenance, de l'authenticité, se plient au cadre créé par le nouveau paradigme socio-culturel.

Si la globalisation/mondialisation peu(ven)t tomber sous l'incidence des spéculations/improvisations quand il s'agit de les définir, vu leur existence fort jeune, pour l'identité (ou plutôt les identités) on ne devrait pas bafouiller.

Ayant à l'esprit l'intrépidité de notre démarche, qui est supposée esquisser briÈvement le tableau des opinions concernant le destin de nous autres Terriens, telles qu'elles se manifestent dans le discours des personnalités politiques et scientifiques (mais aussi dans les échos du 'vulgum pecus') de l'espace carpato-danubien, nous allons étayer la recherche sur une formule interdisciplinaire qui combine la communication interculturelle et la sémio-pragma-linguistique. C'est dire qu'on aura tout le temps à l'esprit les éléments qui sous-tendent le phénomÈne de la communication (fait social et politique primordial, mais aussi objet de la connaissance), notamment les dimensions culturelle, sociale et politique, qui nous situent par rapport au systÈme symbolique de représentations et références dans lesquelles nous nous reconnaissons (LAMIZET, 1992), à la structure de la communauté, au pouvoir et aux stratégies de légitimation.

Nous considérons que l'étude entreprise se laisse plier à un programme sémio-pragmatique de recherche des problÈmes soulevés en communication interculturelle (v. aussi BLOMMAERT & VERSCHUEREN, 1998).

Débattre de l'identité et de la mondialisation (terme que nous allons adopter pour notre méta-discours, avouant d'emblée notre ' identité européenne ') c'est impliquer le MOI vs l' AUTRE d'un côté et le NOUS ' globalisant ' vs TOUS ' globalisant '.

L'analyse linguistique en tant que voie qui permet de parler de l'autre est une ' instance de la communication interculturelle ' (BLOMMAERT & VERSCHUEREN, 1998 : 36) et, par cela, sujette aux influences, conditions et rÈgles qui gouvernent les interactions interculturelles en général. Tout en nous cantonnant dans les théories sémio-linguistiques, nous allons nous servir des voix de l'anthropologie, l'histoire ou la psychologie sociale, eu égard au corpus analysé, constitué d'éléments extraits de la vie réelle, de l'actualité roumaine.

La démarche mettra en exergue surtout la maniÈre de concevoir et d'interpréter ce qu'on appelle identité, en suivant les voix qui la clament (l'acclament) ainsi que les voies oÙ les traces 'des' identités se perdent et se retrouvent dans le climat de l'esthétique de cette est-éthique de la communication.

Quelles devraient Être les voix à écouter ?

Quelles devraient Être les voies à suivre ?

Pour nuancer, nous allons emprunter la suggestion de Herman Parret (1999) de 'contourner' l'idée de transparence du sens (accusée d'ailleurs par la sémiotique contemporaine), 'en insistant sur le fait que le sujet véridicteur […] est une compétence qui veut dire la vérité ou ne le veut pas (les gras sont de nous), créant ainsi des espaces de mensonges et de secrets; que ce vouloir-dire-la-vérité est modifié par un pouvoir, un savoir et mÊme par un devoir (s.n.), conglomérat de modalités responsables d'une mise en scÈne de simulacres et d'une théatralisation généralisée des interactions discursives' (PARRET, 1999 : 15). Et, tout en nous fondant sur la dimension culturelle de la communication (oÙ 'culturelle ' se rattache au concept de CULTURE - 2, introduit par Hofstede (1994), qui présuppose une programmation mentale collective qui distingue les membres d'un groupe ou d'une catégorie de personnes, nous aurons toujours à l'esprit l'insinuation de l'esthétique dans la pragmatique.

RepÈres/Repaires culturels

Dans son discours de départ, le 11 septembre 2003, aprÈs dix-huit mois passés en Roumanie en qualité de Conseiller Pré Adhésion pour la Région V Ouest, dans le cadre du Jumelage Institutionnel PHARE, Monsieur Etienne Duquennoy affirmait : ' Je me suis attaché à la Roumanie et j'ai appris à aimer ce pays avec ses forces et ses faiblesses, avec les trésors touristiques et les routes défoncées, avec ses individus pleins de projets et ses comportements parfois répréhensibles, avec ses réseaux culturels vivants et d'autres réseaux plus souterrains mais tout aussi vivants, avec son accueil incomparable et son DOR profond, …' [dor, lat. 'dolus', mot intraduisible, d'une beauté et d'une profondeur infinies, qui réunit désir, douleur, nostalgie, tendresse, manque, deuil, amour - valeur essentielle des Roumains, qui y puisent souvent leur 'marque d'identité (n.n.)].

Voilà, trÈs succintement, une opinion qu'on peut considérer objective, qui pourrait constituer, sinon une carte d'identité, du moins une carte de visite, permettant de situer sur la carte des valeurs de l'Europe, la Roumanie et les Roumains.

Le repÈre (lat. reperire, ' trouver ') c'est la ' marque qui sert à retrouver un emplacement, un endroit (signe, objet matériel) pour faire un travail avec précision, ajuster des piÈces, localiser un phénomÈne ', c'est (fig.) ' tout ce qui permet de reconnaitre, de retrouver une chose dans un ensemble ' (Petit Robert), en opérant, ajoutons-nous, la différence, la distinction par rapport aux autres éléments qui composent l'ensemble.

Le repaire, lui, (lat. repatriare, ' réintégrer la patrie ') est (fig.) un ' endroit qui sert de refuge, de lieu de réunion ' (Petit Robert).

Depuis toujours, le repÈre essentiel des Roumains, le repaire a été la ' patrie ', Patria ou Tara (le ' pays '), avec initiale majuscule, l'élément qui conférait la capacité à se ressourcer. Et, à un niveau plus raffiné, la continuité dans cet espace, la continuité latine surtout, cette oasis mirifique, résistant malgré tout à l'invasion des 'sables du désert' slave, menaçant le nord, l'est, le sud et le sud-ouest, ainsi qu'aux 'sables mouvants' de l'ouest hongrois, s'obstinant à ne pas devenir 'Fata Morgana', s'aggripant à la romanité.

MÊme si l'existence/la continuité des Roumains a été segmentée géopolitiquement durant le Moyen Age et une partie de l'époque moderne (les Moldaves dirigeant leur regard vers le nord polonais et l'est ukraÏno-russe, les Valaques éprouvant un lien plus intime avec le Danube et les Balkans, alors que les Transylvains étaient nettement orientés vers l'ouest, présentant des affinités central européennes) l'unité de fond n'a pas été anihilée.

Le parcours historique argumente sans ambiguÏté la conscience de l'identité nationale, soutenue par l'identité linguistique : depuis bientôt deux mille ans, les Roumains parlent la mÊme langue, en gardant précieusement les 80 % de la grammaire et du vocabulaire latins, sans différences dialectales importantes, sur un territoire de mille kilomÈtres diamÈtre.

La culture qui a pris racine dans ce périmÈtre allait se contourer à l'intérieur d'un combat mené le long des siÈcles contre les intrusions slaves (VI-Ème, VII-Ème siÈcles), magyares (XI-Ème siÈcle), turques (XIV-Ème siÈcle), qui n'ont pas été sans laisser leurs marques, combat destiné à préserver les valeurs dont l'importance vitale s'est manifestée beaucoup plus ouvertement au XVIII-Ème siÈcle :

À partir de la fin du XVIII-e siÈcle et le début du siÈcle suivant, la Nation, ses ' traits ' et son ' spécifique ', ainsi que l'idée de l'importance capitale de ces aspects pour l'ensemble de l'existence sociale se logent définitivement dans l'esprit des gens (à commencer par les intellectuels qui prétendent les découvrir) et ne pourront Être remplacées ni mÊme par la pression des dogmes hégémoniques et exclusivistes, comme, par exemple, le marxisme ' internationaliste'. (MITU, 1997 : 11 -tr.n.)(les gras sont de nous).

Toute identité se forge en arrivant à la conscience d'appartenance. Toute étape nouvelle d'identification se fait au dépens d'un sacrifice. Chez nous, comme ailleurs certainement, ce fut souvent au dépens des sacrifices de vies.

Force est de constater qu'en Transylvanie et dans le Banat, oÙ vivaient les minorités les plus importantes (les Saxons et les Suabes colonisés au XII-Ème siÈcle, ainsi que les Magyars, qui ont détenu le pouvoir politique pendant pas mal de temps et qui en ont profité pour essayer de fausser l'histoire /'notre histoire est écrite par les Hongrois', disent, dépités, les Roumains de l'époque (MITU, 1997 : 33 -tr.n.)/ de changer dans les papiers officiels l'identité ethnique des Roumains, en 'magyarisant' leurs noms, en usurpant leur 'statut' d'existence) on a eu les manifestations les plus pregnantes en vue de l'affirmation nationale :

Le problÈme de l'identité nationale (s.n.) et de la découverte des 'traits' qui en forment le contenu se pose ici (en Transylvanie, n.n.) avec une acuité nulle part rencontrée dans l'espace roumain, en raison du statut d'infériorité politique des Roumains transylvains, des tensions interethniques, ainsi que de la dispute acerbe avec les autres nations concurrentes.» (MITU, 1997 : 10 - tr.n.)(les gras sont de nous).

Au niveau anthropo-social de la perspective communicationnelle interculturelle, on remarque une révigoration des manifestations de la culture ; on évoque les héros (Mircea le Vieux, Vlad Tepes - malheureusement connu en occident plutôt comme ' Dracula '-, Etienne le Grand, Michel le Brave, Tudor Vladimirescu, Alexandru Ioan Cuza, qui ont eu des contributions remarquables concernant la défense de la patrie et du peuple et l'unité des Roumains et de leur territoire), les symboles (surtout la langue, le drapeau, les vÊtements), les rituels (notamment dans la sphÈre de la religion et du ' folklore '), les valeurs (primordialement la latinité, mais aussi le ' courage ', rappelant l'adage de Herodot qui aurait dit : ' Les Daces sont les plus vaillants des Traces ' /tout comme César aurait dit des Belges/, l' ' hospitalité ', l' ' application ', etc.).

La maniÈre de se servir des manifestations de la culture dans les discours identitaires met en évidence les dimensions culturelles et leurs tendances en Roumanie. TrÈs rapidement, pour mieux comprendre la portée perlocutoire, nous allons rappeler que les indices de distance hiérarchique et de contrôle d'incertitude sont assez élevés, alors que les indices d'individualisme et de masculinité diffÈrent en fonction des régions (IND élevé en Transylvanie et Banat - influence allemande et austro-hongroise -, faible en Moldavie et Valaquie - influence turque -; IMA plus important en Olténie, moyen ou faible dans les autres régions).

D'une maniÈre évidente, la notion de culture est cruciale dans un débat sur les identités, surtout dans un pays oÙ plusieurs ' minorités ' ethniques vivent à côté d'une ' majorité '. Notons, néanmoins, qu'en Roumanie, la notion de ' minorité ' n'oppose pas, comme en Occident, les nouveaux venus aux citoyens plus anciens, ni le terme de ' majorité ' ne suggÈre non plus un rapport de force, lequel, dans ces parages du moins, a été l'apanage du politique et de la richesse (v. ci-dessus le commentaire concernant la période de domination magyare en Transylvanie).

' In much of the linguistic and anthropological literature, culture almost automatically takes the shape of a (more or less structured) set of differences. '(BLOMMAERT &VERSCHUEREN, 1991 : 522). Savoir les exploiter c'est améliorer ses stratégies communicationnelles, donc ' masquer ' les tendances manipulatrices.

Les différences interculturelles, marquant les types d'identité (nationale, de groupe /ethnique, régional, religieux, linguistique …/, sociale, etc.) expriment des programmes mentaux qui peuvent entrer en conflit (par exemples les valeurs religieuses/idéologiques et les valeurs liées à la génération) ce qui, s'il s'agit d'une seule et mÊme personne, peut rendre difficile toute prévision de comportement face à une situation nouvelle. Le mode de pensée, de sentiment et d'action potentielle est le résultat d'un apprentissage. Or, il est plus difficile de désapprendre, aussi les réactions au nouveau peuvent Être fort intolérantes. En fait, nous croyons que le moteur des tensions se met en marche au niveau de la CULTURE-2.

Le surgissement du phénomÈne de la mondialisation a suscité l'éveil en sursaut de tous les types d'identité, surtout dans les sociétés à indices d'incertitude et de distance hiérarchique importants, plus vulnérables aux problÈmes d'insécurité, d'inégalités (à l'intérieur aussi bien qu'à l'extérieur), de tensions ethniques, de chômage, de migration, de perte de l'identité culturelle, etc..

Les discours, quel que soit leur type, révÈlent la difficulté de mettre ensemble les intérÊts globaux et locaux, étant donné qu'en dépit des progrÈs technologiques, les politiques transnationales ne peuvent pas effacer le sentiment d'identité ethnique, d'identité nationale et d'identité géographique.

' Nu ne vindem tara ! ' (' Nous ne vendons pas notre pays ! ') est un slogan qu'on entend souvent prononcer par ceux à qui les investisseurs étrangers font peur.

La rhétorique de la diversité culturelle est souvent complémentaire de la rhétorique du nationalisme et le ' combat ' livré laisse venir au jour comment se noue et se dénoue la trame de notre devenir possible, à travers les images qu'on forge dans l'effort de définir ou d' expliquer l'identité et la mondialisation. Chacun essaie d'imposer 'sa' vérité, considérée unique, les messages se construisent coincés entre le code linguistique et les repÈres culturels, sans toujours communiquer.

Ce qui est certain, en tout cas, c'est que les Roumains (nous entendons par là tous les 'citoyens de Roumanie ', vu la dissociation qu'on fait entre citoyenneté et nationalité, fait qui a déclenché toute une histérie, il y a quelque temps, chez ceux qui débattaient -se servant d'un discours déchiré entre l'éthos et le pathos- de la légitimité d'un … ' passeport de hongrois ') deviennent de plus en plus conscients (en cette période de transition et de redéfinition des identités nationale et culturelle) des transferts transnationaux de pouvoir, de biens et de gens et de l'inadéquation du niveau national de désigner les politiques individuelles, commerciales, monétaires.

Identité vs identités

Si l'on peut dire que la Nature, le Destin ou la Divinité décident de notre venue au monde dans telle famille, à tel endroit, nous assignant ainsi l'identité ethnique et linguistique et l'appartenance spatiale d'origine, il n'en est pas du tout de mÊme pour les autres types d'identité (rapportées au noms, à la religion, à la citoyenneté, à l'appartenance socio-professionnelle ou intellectuelle, etc.) dont les étiquettes nous seront collées le long de notre vie, à jamais ou occasionnellement, quelques unes par nous-mÊmes, certaines par d'autres, par méprise ou par mégarde, à raison ou à tort.

L'identité est née, se forme, se reforme, se transforme, se masque, se cosmétise.

Mais l'identité peut nous Être assignée à partir d'un stéréotype, construit arbitrairement.

Lorsqu'un petit agé de trois ans, aprÈs avoir dit :

' J'ai mis la ceinture de grand-papa ! ' (lequel est officier supérieur dans l'Armée Nationale)

répond à la question :

' Et tu en es fier ? ' par : ' Non, je suis colonel ! '

l'identité prise n'entraine pas de repercussions, puisque ancrée dans le jeu de l'enfant.

Mais quelques fragments tirés du livre de J. Duhamel Les fonctionnaires en folie, dont l'humour involontaire déclenche le rire à une premiÈre lecture, nous permettent un commentaire moins innocent, nous rappelant, chacun à sa maniÈre, une attribution d'identité erronée et les conséquences qui en sont entrainées.

Personne ne connait l'identité de la victime qui vivait depuis prÈs de dix ans dans le village et se nomme Jean-Pierre Pelprat.

La piÈce d'identité présentée par l'homme prouvait sans aucun doute qu'il était coupable.

Ivre au milieu de la rue principale du village, l'homme nous a traités de 'sales flics', ignorant que nous étions des gendarmes.

L'exemple (1) nous fait penser à l'attribution d'une identité fausse, laquelle peut Être salvatrice pour quelqu'un qui est traqué à tort (par exemple, un membre de la Résistance), mais peut conduire à l'aliénation (le cas des Roumains de Transylvanie durant la domination magyare, le cas, aussi, de certains Roumains de l'actuelle République Moldave, aprÈs que les Russes se furent emparés de la Bessarabie) ou carrément à l'accusation de tout un peuple, comme il en fut du cas ' Targu-Mures ', en 1990, lorsqu'on a présenté à toutes les télevisions occidentales un Roumain foulé aux pieds par des Hongrois comme … 'Hongrois foulé aux pieds par des Roumains '.

Pour (2) nous pourrions présenter maints exemples extraits de la presse étrangÈre, mais nous nous limiterons à deux situations :

(a) 'Les Roumains volent ! Les Roumains volent!' criait une clocharde, en aoÛt 1998, devant Notre-Dame de Paris.

(b) 'Les Roumains ont, de nouveau, volé à Nice' pouvait-on lire en manchettes, à la une, dans un numéro de Nice Matin, il y a quelques années.

Nous avons été témoin de la scÈne devant la cathédrale, voyant ' qui ' volait. Quant au journal, il y avait, en dessous du titre, quatre ' belles photos ' des incriminés. Dans les deux cas, il s'agissait de Tziganes. Voilà l'identité ethnique, code linguistique et vestimentaire à l'appui. Pourquoi leur assigner l'identité de ' Roumains ', alors qu'ils auraient pu Être 'citoyens ' ex-yougoslaves, polonais, tchÈques ou hongrois aussi bien que roumains ? Pourquoi dire ' les Roumains volent ', quand, normalement, on crie : ' Au voleur ! ' ? Simplement parce que, des fois, ils présentent des écriteaux : ' Je suis Roumain, aidez-moi!', ou carrément parce qu'ils parlent roumain. De là, à créer un stéréotype il n'y a qu'un pas. On se méfiera des possesseurs d'un passeport roumain, qui auront à en subir toutes les conséquences.

Un autre stéréotype selon lequel on est ' identifié ' c'est ' gens de l'Est '. De l'Est ex-communiste, nous le précisons. Identité qui a fait se dresser la cortine de fer, tout de suite aprÈs la chute du mur de Berlin, qui nous fait encore passer les douanes au guichet ' NON-U.E.' ou 'AUTRES', que nous estimons discriminateur, ' incarcérés ' dans une identité de ' possibles émigrants '.

S'il est vrai qu'il y a des occidentaux qui reconnaissent aux Roumains une identité loin d'Être nocive, l'identité intellectuelle, à taux culturel et scientifique élevé, comme on peut le lire dans ' La Roumanie …capitale Paris ', par exemple, oÙ Jean-Pierre Conrad affirme/confirme la contribution marquante à l'évolution de l'Occident des personnalités roumaines émigrées, il est tout aussi évident que nombre de journalistes , pour des raisons occultes - cf. (3) - , persistent à nous assimiler à des images du type : ' handicapés ', 'clochards ', ' enfants de la rue ', ' orphelinats minables ', ' polenta ', etc., allant jusqu'à contester la Révolution de 1989 (v. le livre de Michel Castex O minciuna mare cat secolul, ou le documentaire passé récemment sur ARTE).

Un contrepoids à ces identités fabriquées stéréotypiquement est apporté derniÈrement par les responsables de l'adhésion à l'Union Européenne dont le discours est plus cohérent quant à la ' normalité ' des valeurs qui sous-tendent l'espace identitaire roumain.

Identité vs mondialisation

Il s'avÈre que nous sommes confrontés, nous autres Roumains, aux perspectives de la mondialisation, alors que nous nous debattons encore à faire face à la transition, qui présuppose des changements à tous les niveaux d'existence, changements dont la variété est déterminée aussi bien par les nécessités/exigences universelles que par les pressions qui se concertent au niveau des problÈmes spécifiques à chaque pays.

En Roumanie, c'est surtout l'identité politique qui manipule, en se servant des autres identités, aspect mis en évidence par les médias, qui se manifestent comme existant ' in a simbiotic relationship with their environment ' (FRENTIU & PUNGA, 1999 : 133).

Ce que le public attend de la communication instaurée entre les médias-source et les gens récepteurs c'est la réflexion de la réalité d'une maniÈre aussi vraie et objective que possible. Or, il semble que les voies empruntées par les voix qui se manifestent ne sont pas innocentes quant au partis pris.

Les syntagmes qui identifient les références à l'identité et/ou à la mondialisation permettent de retrouver les repÈres d'ancrage essentiels de la communication identitaire. Une dichotomie pertinente définit l'identité comme mémoire (pérénité), alors que la mondialisation devient oubli (perte d'identité, dans un paradoxe de l'identité éphémÈre), réduisant l'antonimie philia (identité) ≠ eris (mondialisation) à un pacte : aurea mediocritas, oÙ l'on ne pourrait éluder/effacer la ' mediocritas ' et garder l ' aurea ' que par l'éducation de la jeune génération (aussi bien à l'intérieur du pays que dans la diaspora.

Les dimensions assez strictes du cadre auquel doit se plier l'étude que nous avons entreprise nous obligent à présenter les extraits du corpus succintement, en en selectionnant seulement les plus pertinents. On remarquera l'abondance des syntagmes qui renvoient à la mondialisation, mais il faut noter que presque la moitié expriment négativement la mondialisation, par conséquent, le taux ' final ' est nettement en faveur de l'identité.

a) discours portant sur l'identité (l'ordre est aléatoire) :

- modÈles pérennes, profondément expressifs

- modalité de préserver les idéaux

- sauvegarde des valeurs identitaires

- patrimoine identitaire national

- valeurs pérennes (valeurs nationales créées au fil de l'histoire)

- notre code génétique identitaire

- ensemble des valeurs pérennes qui représentent la culture

- langue maternelle

- communauté

- valeurs fondamentales

- notre dot culturel

- un trio : culture-éducation-identité

- valeurs identitaires

- possibilité de regroupement (de la diaspora aussi)

- sentiment de solidarité (une esthétique de la solidarité)

- appartenance

- nationalisme (!)

- processus évolutif naturel (on retrouve la mÊme référence pour la mondialisation, n.n.)

- carte d'identité

- briques fragiles (!)

- éthique identitaire

b) discours portant sur la mondialisation (l'ordre est aléatoire) :

'penchant positif'

- l'entier représenté par l'humanité

- mondialisation (sic!), terme qui définit le respect des cultures des pays participants au phénomÈne de la globalisation économique

- le 'phénomÈne'

- reconnaissance d'une appartenance structurale

- retour au sein d'une grande famille (une sorte de récupération identitaire originelle, le 'paradis perdu', n.n.)

- la seule solution de l'avenir

- procÈs évolutif naturel et non-interrompu

- provocation de construire le village global

- processus inéluctable

- un 'autre' monde possible

- grand défi

- culture de masse à l'échelle planétaire

- interdépendance croissante de la société humaine

- réorganisation du temps et de la distance dans la vie sociale

- interdépendance au niveau mondial

- diversification à l'intérieur des communautés territoriales

- unification des discontinuités temporelles

'penchant négatif'

- américanisation

- barbarisation

- uniformisation (procÈs dirigé)

- homogénéisation culturelle et surtout économique

- phénomÈne censé affecter culturellement la nation (roumaine)

- notre disparition en tant qu'individus et comme nation

- destruction de la mémoire culturelle de l'humanité

- perte de responsabilité vis à vis du systÈme formateur de valeurs (ne plus Être 'responsable de sa rose ')

- glissement vers l'obédience, l'obnubilation, le non-authentique

- adoption de modÈles (idées préfabriquées superficielles, transitoires)

- danger dévastateur qui menace l'humanité

- usurpation de la créativité humaine

- usurpation du progrÈs de humanité

- loup-garou

- changement de l'idéal en pragmatisme qui rend inopérantes les valeurs du passé

- un dilemme réel

- standardisation

- expansion de la domination et de la dépendance

( Il y en a qui restent sur leur faim, comme Chomsky, sans opter ouvertement sur l'interprétation de la ' globalisation ' : ' pouvoir = domination ou pouvoir = mandat ' ?)

La voie royale

Nombreux sont ceux qui, engagés dans l'intégration de la Roumanie à l'OTAN aussi bien que dans l'adhésion à l'UE, cherchent à inoculer la variante ' et le beurre et l'argent pour le beurre ' :

La Roumanie considÈre qu'une telle approche favoriserait la flexibilité nécessaire au sein de l'Union Européenne dont chaque membre doit pouvoir progresser à son rythme dans l'approfondissement de l'acquis communautaire et oÙ la contagion du bon exemple peut servir de lévier afin que tout pays intéressé puisse participer aux nouvelles formes de coopération renforcée. (communiqué M.A.E.)

Sans culture on ne peut pas réaliser la globalisation, il faudra tenir compte de la culture de chaque peuple, en accomplissant une sorte de globalisation des cultures. ( R. Voinea)

(il est question de) l'importance des politiques liées à léducation et à la sensibilisation des Roumains aux grandes mutations qui attendent l'humanité toute entiÈre; la mobilité transnationale des jeunes, la société de l'information sont des critÈres qui participent à l'abolition des frontiÈres, qu'elles soient mentales ou physiques.(communiqué M.A.E.)

La solution serait de préserver ce que l'on peut de l'identité culturelle nationale, d'établir certaines limites à l'acceptation de l'américanisation. Le processus de la globalisation peut Être bénéfique si les différentes cultures et sociétés nationales participent à ce processus équitablement. (Solcanu)

Force est de constater que ces attitudes sont à la recherche d'un moyen de diminuer l'indice d'incertitude, de concert avec la plupart des analystes occidentaux, à ne citer que Ph. Queau : ' Il nous faut une éthique globale. (…) Cette éthique universelle doit servir de base possible à une civilisation mondiale ou universelle. '

L'esthétique de l'Est-éthique

' Parmi les vertus humaines les plus difficiles à pratiquer se trouvent le respect pour les opinions d'autrui et la faculté d'apprendre les autres. ' (LASZLO, 1988 : 88)

Ce qui nous a personnellement choquée aprÈs le moment ' 1989 ' (ayant vécu uniquement sous le régime communiste) a été de constater que les ' nouveaux ' arrivés au pouvoir (représentant les partis ' traditionnels ' -PNL, PNTCD etc.-), tout en incriminant les actes des communistes lors de l'avÈnement au pouvoir dans les années cinquante, répétaient le scénario, dans une sorte d'anéantissement ahurissant de toute identité politique censée Être attachée à des idéaux, agissant sous le signe d'une obssessionnelle vendetta.

Les discours clamaient la tolérance, la démocratie, les droits de l'homme, mais les attitudes réelles encourageaient le ' dialogue ' du genre : ' Quand tu veux me parler, tu te tais. Compris? ', car la plupart de ceux qui avaient souffert sous le régime totalitaire s'empressaient d'appliquer la loi du talion.

Si Henri Bauchau prône l' ' invention amoureuse l'un de l'autre ', qui présuppose, comme dirait Herman Parret une communication fusionnelle, ce à quoi nous assistions sidérés pourrait prendre le nom de ' destruction haineuse l'Un de l'Autre ', qui est l'échec de toute communication.

L'identité idéologique n'existait pratiquement pas, ou, du moins, pas manifestement. Les années Gh.Gh. Dej-Ceausescu avaient créé un autre type d'identité, en mÊme temps que l'homme ' nouveau ', oh, combien glorifié, l'identité de la ' duplicité ', née de la peur de ne pas Être repéré comme ' anticommuniste ' par les délateurs payés (' informateurs '), qui développa une sorte d'inesthétique du silence et de la dissimulation.

Il aura fallu quatorze ans pour réaffirmer la dignité, pour fonder l'esthétique de la dignité  sur l'effondrement des théories dénigrantes, des images ' salies '.

Somme toute, cette esthétique représente l'est-éthique de la détermination de survivre ou périr ensemble.

Il est difficile de mourir seul, mais vivre seul est bien triste.






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