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La primauté de l’objet

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La primauté de l’objet

1. Les allotropies de l’expérience du voyage et du voyageur



1.1 Les deux approches du phénomÈne

Le terme „ allotropie ” provient de la langue grecque oÙ „ allos ” signifie autre chose, d’une autre maniÈre et „ tropos ” indique la direction, le lieu. Il maintient l’idée d’une structure stable dans le procÈs du changement d’un phénomÈne par rapport au mot „ métamorphose ” qui désigne un changement radical, profond du mÊme phénomÈne. D’ailleurs „ allos ” se rapporte à un changement vers autre chose, sans que le phénomÈne en cause change sa structure fixe. Dans les „ Métamorphoses ” d’Ovide, par exemple on y retrouve des transformations du sujet, sans que sa structure disparaisse complÈtement ; on peut la rétablir à la fin. Ce concept favorise l’usage simultané de deux perspectives à la fois : une perspective métaphysique ou phénoménologique et une autre historique.

La tentative de phénoménologie du voyage dans l’épique européenne serait, par conséquent, un approche de deux perspectives ou points de vue différents : le premier approche analyse le phénomÈne qui ne change pas tout au long du voyage et le deuxiÈme observe le procÈs dans sa chronologie, c’est-à-dire du point de vue diachronique.

L’abord qu’on propose aux lecteurs désire Être une phénoménologie du voyage qui poursuit le sujet et son expérience tout au long de son trajet, mais aussi une typologie historique ou une série d’allotropies de ce genre. La deuxiÈme perspective saisit l’évolution et les variations thématiques et formelles de ce type de littérature dÈs l’antiquité jusqu’à la modernité.

Le premier abord serait un point de vue eidétique jeté sur l’expérience du voyage et du voyageur. Une structure de ce genre implique en mÊme temps une dimension transhistorique, au-delà de l’histoire et mÊme au-delà de la forme fictionnelle ou non-fictionnelle.

La deuxiÈme approche, en échange poursuit une image dynamique et chronologique des changements de mentalité, de sensibilité et de problématique. En outre, cet abord se penche sur les métamorphoses et sur les techniques scripturales enregistrées au cours du temps dans le champ de l’épique européenne. Il est évident que l’étude de l’allotropologie ne mettra pas à côté les résultats du regard phénoménologique, mais il finira par les accepter. Ainsi, il semble qu’il s’agirait d’une sorte de phenoallotropologie, un étrange mélange entre un abord métaphysique (qui s’intéresse à la structure stable) du phénomÈne et une autre tentative qui privilégie le changement. On dirait que les deux maniÈres du raisonnement critique s’opposent l’une à l’autre d’une maniÈre bien évidente. Mais il ne s’agit que d’analyser intuitivement une situation exemplaire, une structure eidétique de l’expérience du voyage et du voyageur.

Par conséquent, la voie phénoménologique renvoie vers le centre, vers la réalité eidétique et stable du voyage, pendant que la typologie de l’histoire, l’allotropie se dirige vers la périphérie, vers la zone de la transformation et des caractéristiques (socioculturels, psychologiques, etc.)

La premiÈre recherche implique un regard intuitif, participatif, immédiat, si proche de l’œuvre, de sorte qu’elle désire transgresser toute distance et s’identifier à tout voyage. C’est une relation directe qui s’établit dans ce cas-là entre la littérature et l’abord phénoménologique. La deuxiÈme recherche poursuit un point de vue historique et culturel à la fois. Tandis que la premiÈre perspective sur la littérature européenne tire l’œuvre hors de son contexte, la deuxiÈme, en échange veut surprendre le phénomÈne du point de vue historique.

Le premier point de vue suspend le phénomÈne de ses contextes historiques et culturels, en essayant de le saisir dans l’essence et dans son unicité. Le deuxiÈme regard introduit le phénomÈne dans la culture et dans l’histoire d’oÙ la premiÈre l’avait arraché. Ces deux attitudes méthodologiques correspondent à deux méthodes fondamentales de la critique représentées par Georges Poulet et Gaétan Pison. Si l’un opÈre une lecture phénoménologique, l’autre recourt à une lecture indirecte du raisonnement critique à l’aide d’un intermédiaire. Ainsi, Georges Poulet est le pionnier d’une critique d’identification ; le critique se met entre parenthÈses et c’est l’œuvre qui l’envahit du sens. Il n’a aucun point de vue préalable puisque c’est une relation directe, immédiate entre l’œuvre et sa personne. Gaétan Pison, en échange, considÈre que le point de vue du critique s’impose au moment de la lecture sans qu’on le sache. On lit, donc à l’aide d’un intermédiaire qui peut Être : notre expérience personnelle, nos lectures, notre capacité intellectuelle, notre éducation etc. Dans ce cas, on juge l’œuvre au lieu de le comprendre. DÈs la premiÈre ligne de son œuvre : „ Introduction à la conscience critique ” Georges Poulet affirme que l’acte de la lecture implique la coÏncidence de deux consciences : celle du lecteur et celle de l’auteur. On doit, d’abord, dit le critique, se laisser habiter par la conscience de l’œuvre à l’aide de l’empathie, pour prendre ensuite distance afin de mettre en évidence tout ce qu’on a saisi.

1.2 L’approche phénoménologique

La recherche entreprise passera donc d’une perspective qui met l’œuvre hors du contexte à une autre qui l’introduit dans son cadre. Dans notre démarche, on n’abordera que la voie phénoménologique. La phénoménologie a débuté avec le principe que l’esprit doit retourner aux choses mÊmes, à leurs origines comme une „ conversio ad phaenomeno ”, ou selon le syntagme de Husserl et de Heidegger „ zu den zachen zelbst.” Elle veut par conséquent, percevoir l’essence des choses, leurs ejidos immanents, mettant à côté toute la tradition scientifique et philosophique.

AprÈs avoir absolutisé le phénomÈne, Husserl et toute la phénoménologie qui lui a succédé a changé l’orientation de l’extérieur vers l’intérieur. On a mis au premier plan des recherches la conscience du sujet et son caractÈre voulu (celui du sujet gnoséologique) sans se passer pourtant de l’expérience initiale. C’est Husserl qui avait dit qu’on devait ignorer tous les discours sur les choses, ne pas ajouter des connaissances préalables. Les phénoménologues se sont posés des questions : qu’est-ce que je dois faire pour voir les choses clairement ? Est-ce que je dois m’anéantir comme sujet ? La conscience oÙ se trouve-t-elle : dans les choses ou bien dans mon cerveau ? Pour conclure il suffit de dire que la phénoménologie remet le sujet en ses droits, en affirmant sa primauté, son importance étant l’alfa et l’oméga de chaque raisonnement. En ce sens, dans son œuvre „ La phénoménologie de la perception à la premiÈre personne ” Maurice Merleau Ponti considÈre le sujet comme le centre de l’existence, „ la source absolue”, vive, dépourvue de tous les traits culturels. Il affirme ne pas Être le résultat des causalités multiples qui déterminent le corps, le psychisme. Le critique ne veut pas se concevoir comme une partie du monde, comme un simple objet de la psychologie, de la biologie, de la sociologie. Tout ce qu’il a appris sur ce monde provient, dit-il, d’une vision propre ou bien d’une expérience du monde sans laquelle les symboles de la science ne pourraient lui rien communiquer. MÊme les concepts, on les apprend par expérience.

Tout l’univers de la science a comme base le monde vécu semble affirmer Maurice Merleau Ponti. Si l’on veut saisir le sens et l’importance de la science mÊme, on doit, d’abord, revivre en nous cette expérience du monde pour laquelle la science est l’expérience secondaire. La science n’a pas et n’aura jamais la mÊme acception comme le monde saisi vu le fait qu’elle n’est qu’une simple explication du monde. Le critique considÈre qu’il n’est pas seulement „ un Être ”, „ un homme ” ou mÊme „ une conscience ”, mais qu’il est „ la source de l’absolu ” ; son existence ne provient pas de ses antécédents, de son milieu physique et social puisque c’est elle qui les soutient (en défaut de mon expérience comme Être, comme individu je ne pourrai rien comprendre). On doit, par conséquence, identifier la structure stable, le modÈle pour saisir aprÈs les différences. C’est moi qui fais naitre toute la tradition que je choisis de la reprendre, semble dire le critique. Je suis né dans cette tradition qui s’effondrerait si je n’étais pas ici pour la rediscuter. L’horizon existe seulement pour moi, il dépend de mon existence de sorte qu’on ne peut pas ignorer le sujet. Revenir à l’essence des choses signifie, donc, revenir à la primauté de la conscience du sujet.

1.3 Le voyage vu comme expérience authentique et directe

Le voyage signifie, avant tout une expérience ; ce n’est pas un concept, une image. Celui qui voyage, surtout pour la premiÈre fois, se trouve, grace au fait qu’il entreprend un voyage, au milieu d’une expérience de ce type qui peut Être décisive pour toute sa vie. Personne ne peut réellement voyager à la place d’un autre. Chacun de nous vit son propre trajet, puisqu’on ne peut pas voyager à l’aide d’un délégué. Le périple, tout comme l’amour et la mort, mais surtout comme cette derniÈre, c’est une expérience oÙ chacun de nous se trouve seul et que, volens-nolens tout homme approprie.

Le voyage, on ne peut pas le tromper. De plus, quoi qu’il s’agisse d’un circuit autour du monde ou bien, tout au long de la chambre, il traduit l’expérience de l’homme depuis toujours : dÈs son tendre enfance jusqu’à la vieillesse. Il ressemble à l’expérience du corps, de l’air, de la terre et de l’eau, et en outre, ses racines tiennent à l’anthropologie.

Pour chaque individu, comme pour toute l’humanité, le périple peut Être l’un de ces expériences fondamentales à l’aide desquelles on peut connaitre ce qui n’est pas encore familial, mais étranger, bizarre. D’ailleurs, le voyage et, généralement la mobilité, le changement de place d’un lieu vers un autre représente un espace commun des métaphores de l’expérience à l’aide duquel on en désigne d’autres.

Bien des chercheurs, parmi lesquelles : Mircea Eliade, A.V.Gennep ont vu le trajet comme un terrain de métaphores généralisantes, globales. Charles Baudelaire parlait mÊme d’une „ forÊt de symboles ”, par l’intermédiaire desquels l’imagination humaine exprime des métamorphoses de toute sorte. Presque toute expérience de ce genre peut se servir, et elle se sert pleinement de la métaphore du voyage. Ainsi, par exemple, dÈs l’antiquité jusqu’à la modernité et au postmodernisme, on a fait recours à l’expérience de la mobilité. Celle-ci exprime, soit la signification et le sens de la mort, soit la structure globale de la vie, soit la codification des schÈmes provenant d’une condition sociale de vie à une autre dans les rites de passage. Ainsi, la mort a été vue comme un trajet vers l’au-delà et aussi comme un pÈlerinage vers la mort.

Mais comment est qu’on explique que la métaphore du voyage et la figure de la mobilité, en général, ses topoї expriment tant de transformations non spatiales qui visent des expériences diverses et capitales ? Peut Être, parce que, grace à ses sources anthropologiques, le périple est une expérience du changement de place, familiÈre à tous les individus dÈs que celui-ci fait ses premiers pas. Selon l’anthropologue américain, Frederik Barth, „ l’essence mÊme de la métaphore consiste dans l’usage de tout ce qui est familier pour pouvoir saisir l’ineffable et tout ce qu’on ne peut pas reconnaitre comme familier.”(Notre traduction)

Justement grace à son caractÈre universel et familier, le voyage devient un moyen d’explorer l’inconnu à l’aide du connu (la connaissance de l’expérience du trajet, de la mobilité en général) et il offre, en mÊme temps un lieu propice à la naissance des métaphores des diverses expériences humaines. Mais, cet aspect n’est pas le plus important de tous.

1.4 L’expérience du voyage : modÈle, archétype repris

Puisqu’on ne peut pas tromper le voyage qui a un effet immédiat sur le sujet, celui-ci représente, selon les mots d’Eric John Leeds „ le paradigme de l’expérience authentique et directe.” À l’origine, le mot „ exper ” signifie voyager, voyage et mÊme au sens le plus fort possible, mettre à l’épreuve, faire un essai, épreuve primordiale qui implique par conséquent le risque de la mort.

L’équivalence expérience-voyage primordial est trÈs bien mise en évidence par l’étymologie du mot „ expérience.” La racine indo-européenne de ce mot, serait, selon les spécialistes en étymologie le préfixe „ per ” (qui se rapporte à une reconstruction philologique des langues vives et mortes. Les étymologistes ont interprété „ per ” comme : tenter, séduire, mettre à l’épreuve, risquer. On y retrouve toutes ces connotations dans le péril.

Les plus anciennes connotations qui se retrouvent dans la racine „ per ” apparaissent aussi dans des termes latins utilisés pour désigner l’expérience, l’acte d’expérimenter : „ experior”, „ experimentur.” Cette acceptation qui se rapporte à une conception ou mÊme à une vision existentielle du mot expérience, celle de tentative ou d’épreuve primordiale suggÈre aussi la conception plus vaste des anciens par rapport aux effets du voyage sur le sujet.

D’autres semnifications secondaires de la racine „ per ” renvoient explicitement au mouvement, à l’idée d’atteindre un but. Mais que se passe-t-il, de ce point de vue dans l’espace allemand ? Grosso modo, il n’y a pas de différence significative, outre le fait qu’on ajoute quelque chose à tout ce qu’il y avait auparavant. Ainsi, un des mots allemands qui désigne l’expérience est „ erfahrung ”, une expérience qui laisse derriÈre elle des traces profondes et qui transforme en mÊme temps l’individu. Le mot provient de l’ancien Allemagne de nord : „ irfarau ” qui signifie toujours voyager, traverser, errer, vaguer.

Un autre mot allemand „ bevandet ”, se rapportait à l’origine, dans les textes du XVe siÈcle à celui qui avait beaucoup voyagé. De nos jours, celui qui avait beaucoup voyagé est devenu un expert. On le mettait à l’épreuve et, cette épreuve-ci lui polissait le caractÈre. Le voyage était vu, par conséquent comme l’épreuve de résistance du caractÈre, au long de laquelle le sujet soit devenait un autre, soit s’effondrait.

En guise de conclusion, pour les anciens, voyager signifie subir une épreuve qui implique un péril de mort, un risque essentiel. Ces semnifications qui mettent en évidence une vision du trajet, on les retrouve aussi, mais cette fois-ci synthétisées dans le terme anglais  „ travel ” qui implique un autre aspect du concept.



Le périple non seulement met le sujet à l’épreuve, et, par conséquent celui-ci se trouve en péril de mort, mais aussi le sujet est détruit, épuisé, réduit à minimum. Ainsi, le voyage opÈre-t-il une réduction à l’essence des choses, peut-Être jusqu’à l’essence du sujet mÊme. DÈs le départ, il est dépourvu de tous les déterminants antérieurs (maison, famille, domaines état civil). Il ne lui reste que la structure simple, eidétique, celle qui ne se révÈle que dans des situations limite. Ce sont des situations qui réduisent l’individu à ce qu’il est vraiment, puisqu’il les retrouve dans des moments difficiles de son existence.

Si les situations quotidiennes expriment la facticité de notre existence, la situation limite, par contre, se rapporte à l’expérience authentique de l’individu, à sa structure eidétique. En ce sens, Karl Jaspers utilise des termes : „ doseih ” (l’existence quotidienne de l’individu) et „ existen ” (la situation limite). C’est dans la situation limite que la décision existentielle se fait voir. Grace à cette décision, l’homme réalise „ le bond existentiel ”, affirme Karl Jaspers. Par exemple, de l’expérience factice de persécuteur, Saint Paul est devenu un martyre grace à sa décision existentielle.

. Les trois situations fondamentales du voyage et du voyageur

1.1 Présentation des paradigmes

Que se passe-t-il avec le voyageur pendant le voyage ? C’est la question que se pose toute une phénoménologie (elle tient de la phénoménologie parce qu’elle a au centre le sujet voyageur.) Cette question mÊme se situe à l’origine de l’abord qu’on vous propose. La premiÈre réponse serait la suivante : il y a beaucoup de choses qui arrivent au voyageur, et en premier lieu celui-ci subit des transformations.

Une fois qu’on a eu cette réponse simple, une autre question survient : combien de transformations y a-t-il ? Le sujet qui voyage se transforme-t-il complÈtement, ou bien il ne subit que des transformations partielles ? OpÈrent-t-elles des changements au niveau de la structure de base du voyageur, ou bien il ne s’agit que des transformations à d’autres niveaux de sa structure ? Est-ce que le sujet voyageur change-t-il complÈtement en modifiant son identité ou ce ne sont que les niveaux de surface qui changent tout au long du trajet?

Le critique Radu Enescu opérait une distinction entre les voyageurs livresques et les voyageurs existentiels. Pour ceux de la premiÈre catégorie, les connaissances culturelles étaient les plus importantes, puisqu’elles modifiaient seulement à la surface identité du sujet. Pour les autres, en échange, l’expérience révélatrice était au premier plan, puisque la structure de base du périple subissait un changement total.

Grosso modo, cette approche qu’on propose aux lecteurs sur l’œuvre de Céline poursuit à démontrer si l’expérience du „ Voyage ” est révélatrice ou non, si elle est décisive ou non ; briÈvement, si elle a ou non un sens initiatique.

En fonction du point de départ de chaque trajet moderne − un critÈre subjectif du sens existentiel du voyage, ou mieux de l’effet du périple sur le sujet voyageur − on peut distinguer grosso modo, deux grandes catégories de circuits. Ce sont deux pôles vers lesquels les variantes de l’épique du voyage se dirigent : un trajet qui initie et un autre qui n’initie pas le sujet, un périple qui transforme l’Être et un autre qui ne le transforme pas. En ce sens, la littérature roumaine foisonne d’exemples. D’un côté, il y a les livres de voyage de Mircea Zaciu et d’EugÈne Simion, de l’autre les livres de Radu Enescu, Adrian Marino, ou de Mihai Ralea. Bien que tous soient des personnalités culturelles et bien qu’ils sachent à l’avant à quoi s’attendre, les deux premiers commencent à voir et à se voir réellement pendant que les trois derniers ont déjà tout vu et ne leur reste qu’approfondir tout ce qu’ils ont lu dÈs le début.

Si pour les derniers le trajet constitue, d’abord, une expérience livresque, une herméneutique culturelle qui ne détermine pas la structure intime des individus, pour les premiers le voyage sera d’abord, une expérience intime, une archéologie physique qui modifie radicalement le sujet. AprÈs l’expérience française, EugÈne Simion est devenu un autre critique et Mircea Zaciu est devenu un autre aprÈs l’expérience allemande.

Si pour les derniers le point de départ − „ l’apriorisme livresque ” selon le syntagme de Radu Enescu − s’avÈre Être une barriÈre infranchissable, pour les premiers, en échange, elle n’est pas seulement franchissable, mais le livresque ne représente qu’un catalyseur de la révélation proprement dite. D’un part, il y a la primauté de l’objet, l’image culturelle des lieux visités et des objectifs culturels et d’autre part il y a la primauté du sujet, l’image de soi-mÊme. La primauté, pas la présence exclusive.

Le sujet voyageur qui traverse cette expérience change-t-il complÈtement, jusqu’à son dernier niveau de sa structure, ou bien il ne se modifie qu’à la surface ? Le phénomÈne de l’expérience du voyage se rapporte à la littérature fictionnelle et non fictionnelle de „ l’Épopée de Ghigames ” et „ d’Odyssée ” à „ Moby Dick ” et à „ Ulysse ” de J.Joice.

L’objectif proposé pourrait Être difficile mÊme du point de vue de l’intuition phénoménologique. Sans doute la nouvelle réponse à la question, l’avait-t-on déjà formulé avant de se poser la question et ce ne sont que le degré d’argumentation et son développement qui sont venus aprÈs.

Conformément à la nouvelle situation, il n’y a pas deux, mais trois situations fondamentales ou paradigmes du voyage et du voyageur : d’un côté, la situation Ghigames ou Achab, d’autre côté la situation Ulysse (ou Castors) et entre les deux la situation Pythéas. On les a baptisé au hasard, en leur empruntant des noms de la littérature fictionnelle et non fictionnelle. On a opéré ce choix pas seulement faute de mieux, mais parce qu’on les retrouve aussi dans le phénomÈne mÊme de l’expérience du trajet.

Selon le critÈre de la transformation radicale qui opÈre à l’essence mÊme du sujet, on parlera de trois situations fondamentales du voyage et du voyageur. La premiÈre d’entre elles se rapporte au périple initiatique et transformateur oÙ le voyageur passe tout comme Ghigames, comme Achab ou comme Marcel Proust par une métamorphose radicale. La deuxiÈme situation est représentée par le trajet non initiatique oÙ le sujet ne passe que par des métamorphoses de surface tout comme Ulysse, Eneas, Iason. La troisiÈme situation concerne le périple explorateur oÙ l’objet du voyage est au premier plan et non pas le sujet. Toutes les formules du voyage qui n’entrent pas dans les deux premiÈres hypostases mentionnées : le trajet d’exploration géographique, philosophique, de recherche scientifique, d’affaires, de divertissement, etc. font partie de la troisiÈme catégorie.

1.2 Le Voyage vu comme la primauté de l’objet

Le personnage du „ Voyage ” ne se transforme pas complÈtement, puisqu’il n’y a pas de changements au niveau de la structure de base du voyageur, il n’y a pas de métamorphose radicale en ce sens. On pourrait croire que Bardamu subit alors des transformations partielles qui opÈrent à d’autres niveaux de sa structure et que le roman fait partie du deuxiÈme paradigme du voyage et du voyageur, celui non initiatique.

Pourtant, on démontrera dans notre analyse que le héros, Bardamu reste seulement un observateur à l’action, non un acteur ou un participant. Il a une double fonction de personnage et de narrateur à la foi, étant la „ métamorphose de l’auteur ”, son masque, son double selon le syntagme de Pierre Verdaguer.

En tant que spectateur-narrateur, il occupe une position marginale, périphérique dans l’étendue du roman. Pas de primauté du sujet, pas de présence exclusive de l’image de soi. Pas d’expérience révélatrice, décisive ou radicale du sujet. Rien de tout cela. Seulement la primauté de l’objet, de l’image culturelle des lieux visités et des objectifs culturels. C’est plutôt la troisiÈme situation ou paradigme, celle du voyage explorateur oÙ l’objet est au premier plan et pas le sujet qui est représentée dans „ Voyage.”

En effet, les personnages de Céline ne sont qu’autant de masques de l’écrivain lui-mÊme ; chacun d’eux représente de diverses hypostases du „ moi ” de l’auteur. Bardamu semble Être une glace dans laquelle Céline contemple sa propre image qui s’y reflÈte ; c’est aussi le moyen de commenter les faits que le premier raconte. Christine Combessie-Savy, analysant le „ Voyage ” écrit en ce sens : „ De la premiÈre à la derniÈre ligne, une seule voix se fait entendre, la voix narratrice, un seul point de vue est donné, celui du narrateur, les autres points de vue rapportés passant par son philtre et ses commentaires. Il témoigne de ce qu’une errance de quinze ans lui a donné à voir et à vivre. Il s’agit d’un récit rétrospectif. (…) Quelqu’un est là qui raconte mais il en a tellement vu et subi qu’il se laisse prendre tout entier à l’émotion de chaque moment raconté. L’anticipation est inexistante. Le lecteur a l’impression d’une histoire qui se déroule au fur et à mesure qu’il en prend connaissance.”

Étant le témoin de la guerre dont il est une victime, le narrateur dénonce l’horreur avec une voix plutôt accusatrice. Si Bardamu-narrateur a un caractÈre héroÏque, l’autre Bardamu qui est personnage est dépourvu de tout patriotisme. Lors d’une discussion dans un café de la place Clichy avec son ami Arthur, étudiant en médecine, Bardamu affirme : „ La race, ce que t’appelles comme ça, c’est seulement ce grand ramassis de miteux dans mon genre, chassieux, puceux, transis, qui ont échoué ici poursuivis par la faim, la peste, les tumeurs et le froid, venus vaincus des quatre coins du monde. Ils ne pouvaient pas aller plus loin à cause de la mer. C’est ça la France et puis c’est ça les Français.”

DÈs le début, Bardamu s’avÈre Être d’une façon insistante le représentant d’une catégorie, celle des pauvres. Ces pauvres dont il est la porta voce ne forment pas pour autant une fraternité prÊte à l’action. On se hait ferme, on se résigne, la haine et la résignation vont de paire. Dans la dénonciation de la misÈre, le héros prend la défense „ des pauvres de partout ” :

„ C’est vrai, t’as raison en somme, que j’ai convenu, conciliant, mais enfin on est tous assis sur une grande galÈre, on rame tous à tour de bras, tu peux pas venir me dire le contraire ! …Assis sur des clous mÊme à tirer tout nous autres ! Et qu’est-ce qu’on en a ? Rien! Des coups de trique seulement, des misÈres, des bobards et puis des vacheries encore. On travaille! Qu’ils disent. C’est ça encore qu’est le plus infect que tout le reste, leur travail. On est en bas dans les cales à souffler de la gueule, puants, suintantes des rouspignoles et puis voilà ! En haut sur le pont, au frais, il y a les maitres et qui s’en font pas, avec des belles femmes roses et gonflées de parfums sur les genoux.”

1.3 L’expérience décisive de la guerre

Engagé sur un coup de tÊte, la guerre apparait à Bardamu comme „ erreur ”, „ moquerie ”, „ crime étrangement admis.” Il s’en étonne, s’en scandalise lorsqu’il prend conscience de la rage d’héroÏsme qui possÈde les milliers d’hommes des deux camps : „ Mes sentiments toujours n’avaient pas changé à leur égard. J’avais comme envie malgré tout d’essayer de comprendre leur brutalité, mais plus encore j’avais envie de m’en aller, énormément, absolument, tellement tout cela m’apparaissait soudain comme l’effet d’une formidable erreur.”

Lorsqu’il est sur le front, Bardamu ne cesse d’Être un fin observateur des „ deux millions de fous héroÏques et déchainés et armés jusqu’aux cheveux ”, embarqués dans une „croisade apocalyptique.”

À Paris, le héros se trouve blessé, décoré et en convalescence. Lors de sa remise de médaille, il rencontre Lola, une jeune et jolie infirmiÈre américaine dans une ville. Entre les deux se dresse toujours la barriÈre de l’héroÏsme patriotique ; elle tient des discours fervents tandis qu’il en est « bien guéri » : „ C’était une gentille fille aprÈs tout Lola, seulement, il y avait la guerre entre nous, cette foutue énorme rage qui poussait la moitié des humains, aimants ou non, à envoyer l’autre moitié vers l’abattoir. ( …) Pour moi qui tirais sur ma convalescence tant que je pouvais et qui ne tenais pas du tout à reprendre mon tour au cimetiÈre ardent des batailles, le ridicule de notre massacre m’apparaissait, clinquant, à chaque pas que je faisais dans la ville. Une roublardise immense s’étalait partout. Ça dégage, ça vous affranchit et vous défend au-delà de tout ce qu’on peut imaginer. Ça vous donne un autre vous-mÊme. On est deux.”

À l’arriÈre de la guerre le sexe occupe une place importante, il est l’unique préoccupation des femmes : veuves, infirmiÈres, apparition sans suite comme la concierge, en plus des figures principales comme Lola, Musyne, Mme Herote. De plus, les femmes ne font que profiter de la guerre de façon au moins double, comme remarque Christine Combessie-Savy : „ C’est d’abord dans l’activité sexuelle : « feu au derriÈre », veuve qui « a du tempérament », aventures sexuelles multiples. Loin d’Être pour elles privation d’hommes, la guerre est la possibilité de la plus grande débauche. (…) DeuxiÈme grand profit : la femme participe à l’héroÏsme guerrier dans son ame par discours interposés. Lola s’illustre particuliÈrement dans ce rôle. En temps de guerre, la France « dangereusement blessée » lui est « à cause de cela mÊme trÈs excitante.»”

Bardamu se précipite en amour ; il est un novice. L’apprentissage est fait à l’école de Lola et c’est un moment important dans son voyage : « c’est à cause d’elle que je me suis tout à fait dessalé (…) Quand on est lancé de la sorte dans les voyages, on revient quand on peut et comme on peut.» Les mots à connotation religieuse se multiplient à la page 74 : „envolée spirituelle ”, „ révélations capitales ”, „ pÈlerinage ”, „ aventure mystiquement anatomique ”, „ message d’un nouveau monde.”



Dans l’impasse des Bérésinas, Ferdinand rencontre Mme Herote, une lingÈre-gantiÈre-libraire qui fait fortune grace à sa boutique transformée en maison de passe. Elle y accueille des permissionnaires et des riches Argentins. Libérée de ses ovaires, elle s’offre en ne comptant que son argent, comme observe Ferdinand : „ Fortune elle se mit à faire en quelques mois, grace aux alliés et à son ventre surtout. On l’avait débarrassée de ses ovaires, il faut le dire, opérée de salpingite l’année précédente. Cette castration libératrice fit sa fortune. Il y a de ses blennorragies féminines qui se démontrent providentielles. Une femme qui passe son temps à redouter les grossesses n’est qu’une espÈce d’impotente et n’ira jamais bien loin dans la réussite.”

Son activité sexuelle se double d’une activité commerçante oÙ les articles de lingerie n’occupent pas la plus grande place. Son arriÈre-boutique devient un lieu d’amours d’un moment. Chez elle, Bardamu fait la connaissance de Musyne, une violoniste qu’il dispute aux Argentins. Son désir amoureux n’est pas propre à lui, il appartient à „ un tiers ”, à „ un modÈle ” ou bien à „ un rival ” (les Argentins) qui désire s’emparer de l’objet ( Musyne) à la place de Bardamu, si l’on croit René Girard : „ C’est la répétition qui crée le morbide de la jalousie. Toutes les fois que le sujet tombe amoureux, un tiers figure aussi dans le tableau, un rival qui, le plus souvent, l’enrage et qu’il ne cesse de maudire, mais qui n’en inspire pas moins, de nombreux signes le révÈlent, le sentiment bizarre de « tendresse excessive.»”

Tout commence, nous dit René Girard, par la rivalité pour l’objet qui devient „ l’objet disputé ” par les deux personnages : „ Pour débrouiller l’écheveau du désir, il faut et il suffit d’admettre que tout commence par la rivalité pour l’objet. L’objet passe au rang d’objet disputé et de ce fait les convoitises qu’il éveille, de part et d’autre, s’avivent.”

En effet, Bardamu ne désire Musyne qu’à l’aide d’un modÈle : les Argentins, puisqu’il imite le désir d’un autre, „ le désir préexistant ”, en donnant naissance à ce que René Girard nomme „ un triangle de rivalité ” : „ Par la boutique de madame Herote on y pouvait pénétrer un peut avant dans cette réserve, à cause des Argentins qui descendaient des quartiers privilégiés pour se fournir chez elle en caleçons et chemises et taquiner aussi son joli choix d’amies ambitieuses, théatreuses et musiciennes, bien faites que madame Herote attirait à dessein. À l’une d’elles, moi qui n’avais rien à offrir que ma jeunesse, comme on dit, je me suis cependant à tenir beaucoup trop. La petite Musyne on l’appelait dans ce milieu.”

1.4 L’hôpital de BicÊtre

Bardamu est envoyé à BicÊtre dans un nouveau service „ spécialisé dans la guérison des incapables héros.” Le docteur Bestombes y expérimente des techniques dont il est trÈs fier : familiarité paternelle, discours patriotiques et en outre beaux yeux que lui attirent une cour d’infirmiÈres. À l’hôpital, le héros reste toujours un observateur qui pense „ aux deux humanités trÈs différentes ”, celle des riches et celle des pauvres : „ Il existe pour le pauvre en ce monde deux maniÈres de crever, soit par l’indifférence absolue de vos semblables en temps de paix, ou par la passion homicide des mÊmes en la guerre venue. S’ils se mettent à penser à vous, c’est à votre torture qu’ils songent aussitôt les autres, et rien qu’à ça. On ne les intéresse que saignants, les salauds !”

Branledore donne à Ferdinand une leçon patriotique que celui-ci trouve „ une façon de défi et d’insulte ” à travers „ ces paroles extraordinairement bien faites pour me dégoÛter de mourir.” Mis la mort le poursuit mÊme à BicÊtre : „ Ici à l’hôpital tout comme dans la nuit des Flandres la mort nous tracassait ; seulement ici, elle nous menaçait de plus loin la mort irrévocable tout comme là-bas, c’est vrai, une fois lancée sur votre tremblante carcasse par les soins de l’Administration.”

Abandonné par Lola, par Musyne, il écrit à sa mÈre qui vient lui rendre visite. Elle incarne le mythe de Sisyphe, le sacrifice suprÊme des petites gens qui souffrent d’une éternelle culpabilité : „ Elle croyait au fond que les petites gens de sa sorte étaient faits pour souffrir de tout, que c’était leur rôle sur la terre, et que si les choses allaient récemment aussi mal, ça devait tenir encore en grande partie, à ce qu’ils avaient commis bien des fautes accumulées, les petites gens…”

3. La découverte de l’Afrique

1.1 Le bouc émissaire de l’Amiral Bragueton

Jugé « bon à rien » par les autorités militaires, faute d’argent pour l’Amérique, Ferdinand s’en va courir sa chance en Afrique. Il s’embarque sur l’Amiral Bragueton, seul voyageur payant au milieu de coloniaux : „ En Afrique ! Que j’ai dit moi. Plus que ça sera loin, mieux ça vaudra ! C’était un bateau comme les autres de la Compagnie des Corsaires Réunis qui m’a embarqué. Il s’en allait vers les tropiques, avec son fret de cotonnades, d’officiers et de fonctionnaires.”

Tout semble se passer normalement jusqu’à ce que le bateau atteigne les zones tropicales. Alors les passagers sombrent dans l’ivrognerie. Les conditions libÈrent en eux la „ grouillante cruauté ” qui était tenue jusqu’alors sous contrôle. Christine Combessie–Savy parle en ce sens d’une „ situation explosive ” à cause de l’abondance des conditions : „ Tout ici se situe dans l’excÈs : le bateau avec sa coque fantôme réduite aux épaisseurs de peinture ; la position de Bardamu, seul contre tous ; le climat, les reproches qui pÈsent sur Bardamu, allant du soupçon de pédérastie au seul fait d’exister ; la conduite innommable de la troupe coloniale qui transforme en « maladie » ce voyage et, parallÈlement la pourriture qui accomplit dans le corps son œuvre de mort incessante.”

Au bord, le héros est suspecté de tous les vices. Il a beau se faire inexistant qu’il peut, rien ne désarme la haine environnante : „ Je tenais, sans le vouloir, le rôle de l’indispensable « infame et répugnant saligaud » honte du genre humain qu’on signale partout au long des siÈcles, dont tout le monde a entendu parler, ainsi que du Diable et du Bon Dieu, mais qui demeure toujours si divers, si fuyants, quand à terre et dans la vie, insaisissable en somme.”

La foule de l’Amiral Bragueton jette l’anathÈme sur Bardamu qui est traité de coupable pour tout le mal qui leur est arrivé. Ils sont „ des persécuteurs en puissance ” selon René Girard qui désirent „ purger la communauté des éléments impurs qui la corrompent, des traitres qui la subvertissent.”

Les individus ont la tendance d’accuser soit la société en général, soit le plus souvent, d’autres individus qu’ils traitent de suspects : „ Mais plutôt qu’à se blamer eux-mÊmes, les individus ont forcément tendance à blamer soit la société dans son ensemble, ce qui ne les engage à rien, soit d’autres individus qui leur paraissent particuliÈrement nocifs pour des raisons faciles à déceler. Les suspects sont accusés de crimes d’un type particulier.”

On s’est promis de jeter Ferdinand par-dessous bord aprÈs l’avoir giflé et on profite de ce que la faim l’a fait sortir de sa cabine pour organiser « le sacrifice » : „ Ils étaient tellement désoeuvrés aussi, enfermés trente jours durant avec eux-mÊmes, qu’il en fallait trÈs peu pour les passionner. D’ailleurs dans la vie courante, réfléchissons que cent individus au moins dans le cours d’une seule journée bien ordinaire désirent votre pauvre mort, par exemple tous ceux que vous gÊnez, pressés dans la queue derriÈre vous au métro, tous ceux encore qui passent devant votre appartement et qui n’en ont pas, tous ceux qui voudraient que vous ayez achevé de faire pipi pour en faire autant, enfin, vos enfants et bien d’autres.”

Parmi les types de crimes analysés par René Girard : les crimes de violence, sexuels et religieux, ce sont les crimes du premier type qu’on enregistre lors de l’épisode de l’Amiral Bragueton. En ce sens, le critique sous mentionné affirme : „ Il y a d’abord des crimes de violence qui prennent pour objet les Êtres qu’il est le plus criminel de violenter, soit dans l’absolu, soit relativement à l’individu qui les commet, le roi, le pÈre, le symbole de l’autorité suprÊme, parfois aussi dans les sociétés bibliques et modernes, les Êtres les plus faibles et les plus désarmés, en particulier les jeunes enfants.”

Les hommes ne reconnaissent pas l’acte de violence comme étant le leur, nous dit René Girard et jettent l’anathÈme sur le religieux qui devient „ le bouc émissaire ” ou sur le sacré pour se laver les mains du sang meurtrier. Ce sont des erreurs opposées selon le critique qui ne servent que de prétextes pour le comportement humain : „ Les hommes sont aussitôt poussés à faire du religieux lui-mÊme un nouveau bouc émissaire, pour ne pas voir une fois de plus, que cette violence est la leur et qu’ils s’en débarrassent, mÊme alors et plus que jamais, aux dépens du sacré, aussi bien quand ils le vomissent comme aujourd’hui, que quand ils l’adorent comme ils le faisaient auparavant.”

Lors de l’épisode de l’Amiral Bragueton, Ferdinand est vu comme „ le bouc émissaire” selon René Girard, car il est tenu responsable du désordre produit au sein de l’équipage. Il a peur pour sa peau et il craint d’Être soumis à des traitements durs ou d’Être immolé par ses collÈgues : „ Ce préambule, cette impeccabilité anormale me fit présager une exécution lente et douloureuse. Cet homme me faisait l’effet d’un morceau de la guerre qu’on aurait remis brusquement devant ma route, entÊté, coincé, assassin.”

Pour échapper aux effets destructifs de la violence des proches et de la contagion mimétique − nous dit Lucien Scubla qui résume en quelques lignes la théorie de René Girard − il n’y a que deux solutions : „ (…) le sacrifice, c’est-à-dire le meurtre rituel d’un homme / une victime de remplacement ; répétition du lynchage primordial ou meurtre fondateur qui, la premiÈre fois, par hasard, a rétabli la paix ; acte de violence visant à tromper la violence en l’expulsant momentanément ou en paraissant l’expulser hors de la société et le rejet de toute violence, y compris du sacrifice lui-mÊme et de tous ses avatars, que le Christ est le seul à pratiquer et à proposer à tous les hommes.”

C’est le rejet du sacrifice qu’on rencontre dans notre cas, puisque Bardamu déjoue le piÈge par un discours patriotique et se rallie par la flatterie tous les officiers. Il fait preuve de sagesse pour s’en sortir de la situation sain et sauf et n’hésite pas d’agir comme un lache lorsque le moment est bien difficile : „ J’avais redouté quelque mise à mort imparable, mais ils m’offraient, puisqu’il parlait, le capitaine, une maniÈre de leur échapper. Je me ruai vers cette aubaine. Toute possibilité de lacheté devient une magnifique espérance à qui s’y connait. C’est mon avis. Il ne faut jamais se montrer difficile sur le moyen de se sauver de l’étripage, ni perdre son temps non plus à rechercher les raisons d’une persécution, dont on est l’objet. Y échapper suffit au sage.”

Pour convaincre l’auditoire qu’il est tout à fait innocent, le héros recourt à un truc du sergent Branledore et défend la race française, en faisant preuve du haut patriotisme : „ Je me risquai pour terminer à faire tournoyer un de mes bras au-dessus de ma tÊte et lachant une main du capitaine, une seule, je me lançai dans la péroraison : « Entres braves, messieurs les Officiers, doit-on pas toujours finir par s’entendre ? Vive la France alors, nom de Dieu ! Vive la France !» C’était le truc du sergent Branledore. Il réussit encore dans ce cas-là. Ce fut le seul cas oÙ la France me sauva la vie, jusqu-là c’était plutôt le contraire.”

Le sacrifice qui était en train d’Être commis ne se produit pas grace à „ l’habilité ” de Bardamu bien qu’il y eÛt des conditions propices au meurtre, comme remarque Christine Combessie-Savy : „ Il suffit que soient réunies quelques conditions que la réalité peut offrir : température tropicale, alcool, désoeuvrement, sentiment de liberté que donne la gratuité, un passager dont la figure ne revient pas, pour que se déchaine un mécanisme redoutable de haine et de meurtre.”

1.2 L’exploitation des Noirs de Fort Gono

Quand dans l’ivresse des histoires militaires les convives s’endorment, Ferdinand gagne la terre à Bambola Fort Gono oÙ le bateau vient de mouiller. Dans ces contrées, il est saisi par les maux qui sévissent à ces latitudes, dans une ville d’allure européenne. Il trouve du travail auprÈs du directeur de la Compagnie PorduriÈre qui maltraite sa négresse et son boy et se prélasse, tandis qu’on aperçoit dans le port le travail incessant des Noirs menés à la chicote.

À Fort-Gono aussi, Ferdinand reste toujours un fin observateur de cette population coloniale comme souligne d’ailleurs Christine Combessie-Savy : „ Bardamu, durant les deux semaines d’attente de son départ, promÈne sur la ville un regard d’observateur. Ces pages prennent l’allure des tours et retours dans une petite ville oÙ l’on a vite fait de retomber sur les mÊmes lieux, les mÊmes catégories sociales, les mÊmes cancans dérisoires.”

En effet, la villa du gouverneur siÈge en haut et, non loin d’elle, la demeure du directeur de la Compagnie domine de haut tout le port oÙ grouille l’activité des Noirs, « ces fourmis verticales.» Il y a aussi le quartier trÈs européen (banques, cafés, terrasses, le boulevard Bugeaud pour la promenade et la place Faidherbe pour la parade en voiture, les pavillons des riches) et, à la périphérie, un lieu de plaisir oÙ les Blancs coussus ne se montrent que la nuit tombée. Bref, cette ville ressemble à grands traits avec une petite ville française, sa hiérarchie, ses rivalités, ses conversations insignifiantes, son ennui : „ La ville de Fort-Gono oÙ j’avais échoué apparaissait ainsi précaire capitale de la Bragamance, entre mer et forÊt mais garnie, ornée cependant de tout ce qu’il faut de banques, de bordels, de cafés, de terrasses et mÊme d’un bureau de recrutement, pour en faire une petite métropole, sans oublier le square Faidherbe et le boulevard Bugeaud, pour la promenade, ensemble de batisses rutilantes au milieu des rugueuses falaises, farcies de larves et trépignées par des générations de garnisaires et d’administrateurs dératés.”



Dans la sommaire maison oÙ Ferdinand habite en attendant son départ à Bikomimbo (oÙ il doit remplacer un mystérieux aventurier malhonnÊte), il est assailli par des chauves-souris, des moustiques, des rats, des serpents : „ Cette batisse était exactement vide, sauf quelques ustensiles de cuisine et mon espÈce de lit. DÈs que je fus allongé sur cette chose filiforme et tremblante, vingt chauves-souris sortirent des coins et s’élancÈrent en allées et venues bruissantes comme autant de salves d’éventails, au-dessus de mon repos craintif.”

Dans les hangars de la compagnie, oÙ il apprend à truquer les marchandises, il voit une population misérable de petits employés français qui maltraitent les Noirs. Bardamu est le seul à se rendre compte de la situation des exploités : „ Ils asticotaient les débardeurs noirs avec frénésie. Zélés, ils l’étaient, et sans conteste, et tout aussi laches et méchants que zélés. Des employés en or, en somme, bien choisis, d’une inconscience enthousiaste à faire rÊver. Des fils comme ma mÈre eÛt adoré en posséder un, fervents de leurs patrons, un pour elle toute seule, un dont on puisse Être fier devant tout le monde, un fils tout à fait légitime.”

Le directeur expose à Ferdinand sa satisfaction d’avoir vu les Noirs passer de leur condition de primitifs à la récolte de caoutchouc et de cacahuÈtes, pour payer l’impôt aux Blancs. Il ne convoite qu’une seule chose : voler la compagnie : „ On prétendait qu’il possédait un plan d’escroquerie magnifique pour faire sa fortune en deux ans… Mais il n’aurait jamais le temps de le réaliser son plan, mÊme s’il s’appliquait à frauder la Compagnie jour et nuit. Vingt et deux directeurs avaient déjà essayé avant lui de faire fortune chacun avec son plan comme à la roulette.”

En ce qui concerne les nÈgres, le héros observe cette population composite, reçoit les confidences des femmes sur leurs misÈres physiques, entend les conversations du café centrées sur la haine vouée au gouverneur ; il reste sensible aux souffrances de ces gens-là : „ Quant aux nÈgres on se fait vite à eux, à leur lenteur hilaire, à leurs gestes trop longs, aux ventres débordants de leurs femmes. La négrerie pue sa misÈre, ses vanités interminables, ses résignations immondes ; en somme tout comme les pauvres de chez nous mais avec plus d’enfants encore et moins de linge sale et moins de vin rouge autour.”

On remarque à travers ces pages la critique du milieu colonial faite par Céline. En ce sens Christine Combessie-Savy souligne : „ Bardamu dresse un tableau féroce de cette population de profiteurs désœuvrés, préoccupés de vaines rivalités, de sotte hiérarchie et rongés par l’appat du gain. La rapine, la ruse, le mensonge, le sadisme physique et moral forment le cortÈge du comportement banal de l’Européen doté de quelque pouvoir.”

Quant au regard porté sur les Noirs, il éveille de la pitié chez le lecteur, une réaction d’humanité qui surgit aussi du fait que le narrateur reste muet sur ses propres sentiments : „ Certes, ils sont les victimes et les exploités, et certaines scÈnes, mÊme si elles n’expriment pas l’indignation ou la compassion de Bardamu-narrateur, mÊme si Bardamu-personnage y occupe un rôle gÊnant, lache avec les laches, régalé par l’ignoble Corocoro, ou diverti par l’indifférent Grappa, certaines scÈnes donc suscitent indiscutablement scandale et compassion chez le lecteur.”

Arrivé à San Tapeta, port d’armement des galÈres il est reçu par un prÊtre qui le vend comme galérien sur l’Infanta Combitta. Christine Combessie-Savy croit que le lecteur doit opérer une lecture allégorique pour mieux comprendre l’épisode : „ Dans cette réalité plus vacillante que si le délire s’imposait comme tel, le lecteur déstabilisé est sollicité par une lecture allégorique : cette galÈre d’un autre temps invite à voir derriÈre les trois continents visités par Bardamu le trajet du commerce triangulaire de l’esclavage ; derriÈre l’Infanta Combitta un avatar des galÈres historiques pour les esclaves des Temps modernes, ramant sur « la grande galÈre » dont Bardamu parlait à Arthur Ganate.”

1.3 La déshumanisation de l’homme en Amérique

Une fois arrivé à New York, le héros erre dans les rues et découvre d’étranges spectacles : le culte du Dollar à Manhattan, la beauté féminine, la richesse des gens tout aussi que leur indifférence. Il propose ses talents de statisticien de puces pour vivre en Amérique : „ Vers le soir, j’avais à force d’en écraser des puces les ongles du pouce et de l’index meurtris et je n’avais cependant pas terminé ma tache puisqu’il me restait encore le plus important, à dresser les colonnes de l’état quotidien : Puces de Pologne d’une part, de Yougoslavie … d’Espagne, Morpions de Crimée … Gales du Pérou … Tout ce qui voyage de furtif et de piqueur sur l’humanité en déroute me passait par les ongles. C’était une œuvre, on le voit, à la fois monumentale et méticuleuse.”

À New York, Ferdinand observe l’agressivité et l’indifférence d’une foule anonyme. Il se trouve dans une situation limite : il est démuni de tout lien familial, dans une pauvreté absolue, moitié malade. Detroit lui offre une autre épreuve. À l’usine Ford il découvre l’enfer ; dans le tintamarre et les vibrations, l’homme devient machine :

„Tout tremblait dans l’immense édifice et soi-mÊme des pieds aux oreilles possédé par le tremblement, il en venait des vitres et du plancher et de la ferraille, des secousses, vibré de haut en bas. On en devenait machine aussi soi-mÊme à force et de toute sa viande encore tremblotante dans ce bruit de rage énorme qui vous prenait le dedans et le tour de la tÊte et plus bas vous agitant les tripes et remontait aux yeux par petits coups précipités, infinis, inlassables.”

L’usine Ford achÈve „ l’entreprise de déshumanisation ” selon Christine Combessie-Savy. Elle donne mÊme quelques arguments pour soutenir cette idée : „Tout concourt à cet effet : la mécanisation demande des chimpanzés, non des intelligences ; les vibrations continuelles réduisent les ouvriers à l’état de « viandes vibrées à l’infini » ; on devient machine soi-mÊme dans le bruit énorme qui pénÈtre le corps au point qu’on n’entend plus battre son cœur. Bref, la vie mÊme devient « de l’acier ». « C’est la rÈgle.»”

Si jusque là Bardamu voulait s’enfuir des situations d’horreur, à présent, en Amérique, il fuit le bonheur, la sécurité tendre auprÈs de Molly qui l’aime. Le voyage entrepris est „ métaphysique ” affirme Christine Combessie-Savy puisque le personnage subit une conversion, il explore sa propre personne avant de mourir :

„ Il a voyagé d’Europe en Afrique, d’Afrique en Amérique, fuyant l’horreur, en quÊte d’une vie nouvelle, d’un nouveau monde. Le voyage qu’il entreprend maintenant est d’une autre nature, métaphysique. Ce retour vers l’Europe n’est pas tant un retour vers ses racines que le lieu d’une autre exploration, celle du « plus grand chagrin possible pour devenir soi-mÊme avant de mourir », et dans cette exploration, il cherche sa « raison d’Être », un destin.”

1.4 La misÈre des gens de la banlieue

De retour d’Amérique, Ferdinand reprend tout en gagnant sa vie ses études de médecine et pose sa plaque dans une banlieue pauvre de Paris, à Garenne-Rancy. La tristesse immense de la vie et des paysages l’occupe et le remplit. Il court difficilement derriÈre une clientÈle qui paie mal et qu’il ne sais pas faire payer : „ Quand on habite à Rancy, on se rend mÊme plus compte qu’on est devenu triste. On a plus envie de faire grand-chose, voilà tout. À force de faire des économies sur tout, à cause de tout, toutes les envies vous sont passées. Pendant des mois j’ai emprunté de l’argent par-ci et par-là. Les gens étaient si pauvres et si méfiants dans mon quartier qu’il fallait qu’il fasse nuit pour qu’ils se décident à me faire venir, moi, le médecin pas cher pourtant. J’en ai parcouru ainsi des nuits et des nuits à chercher des dix francs et des quinze à travers les courettes sans lune.”

Lors d’une visite au ménage Henrouille, Bardamu découvre Mme Henrouille qui tente de chasser sa belle mÈre d’un réduit au fond du jardin oÙ elle vit barricadée. Il comprend vite qu’on veut de lui un certificat d’internement. Quand il réussit à voire la vieille femme, il est frappé de son air allÈgre, de sa tÊte solide sous le dénouement et la crasse :

„ Quand nous eÛmes frappé pendant une bonne demi-heure à sa porte, elle a fini par ouvrir d’un seul coup et je l’ai vue là, devant moi, avec ses yeux bordés de sérosités roses. Mais son regard dansait bien guilleret quand mÊme au-dessus de ses joues tapées et bises, un regard qui vous prenait l’attention et vous faisait oublier le reste, à cause du plaisir léger qu’il vous donnait malgré soi et qu’on cherchait à retenir aprÈs en soi d’instinct, la jeunesse.” Pas folle de tout, elle ne veut qu’une chose : qu’on lui rend ses économies et qu’on la laisse se débrouiller. La vieille lui adresse des insultes et le médecin Ferdinand est forcé de quitter la maison.

Pendant son séjour à Garenne-Rancy, le héros promet un regard d’observateur sur la misÈre des malades qui n’ont jamais le sou. En tant que médecin, il a honte de leur présenter ses « honoraires.» Il vend quelques biens, sournoisement, et fait cuire ses légumes secs en observant dans la cour les ignominies de la vie familiale, le sadisme atroce d’un couple aux dépens d’une fillette de dix ans.

Il semble que l’auteur ne fait qu’un avec le personnage qu’on prend pour témoin de la misÈre et de la tristesse des pauvres gens de la banlieue, comme remarque Christine Combessie-Savy : „ Loin de la générosité humble et désintéresse conforme à l’image traditionnelle du médecin des pauvres, Bardamu atteint à la grandeur farouche d’accusateur. On dirait que l’auteur lui insuffle sa propre force, à lui « servile et désarmé » médecin raté de banlieue, cette force de témoin qui se prépare à « tout raconter.»”

À Toulouse, Ferdinand mÈne une douce existence. Pendant que Mme Henrouille montre les momies aux touristes, Madelon lui confesse son projet de mariage avec Robinson. On organise une « partie de campagne » le dimanche avant le départ de Bardamu. Les fiancés s’engagent dans des ébats amoureux.

1.5 Le retour à Paris

De retour à Paris, le héros grace à Parapine devient l’assistant du docteur Baryton, à la maison de santé pour les malades mentaux de Vigny-sur-Seine. Peu payé, il mÈne une vie douce auprÈs de ces « fous de surveillance facile.» Il parle peu du travail médical, beaucoup plus de ses rapports avec Baryton, un vrai « patron » sur le chapitre de l’argent, pour le reste un homme qui se distrait auprÈs de ses subordonnés : „ À la table de midi nous nous retrouvions, c’était l’usage réunis tous autour de Baryton, notre patron, aliéniste, chevronné, barbe en pointe, cuisses brÈves et charnues, bien gentil, question d’économie à part, chapitre sur lequel il se démontrait tout à fait écoeurant chaque fois qu’on lui en fournissait le prétexte et l’occasion.”

À la maison de santé, Ferdinand tient aussi le rôle de confident du « patron » outre celui d’observateur : confidences sur les transformations de la psychiatrie qui mettent à la mode du jour les débordements de l’inconscient. À certains moments, il voit son équilibre menacé par la folie et, certains nuits, par le souvenir de Toulouse et de la mÈre Henrouille : „ La grande fatigue de l’existence n’est peut-Être en somme que cet énorme mal qu’on se donne pour demeurer vingt ans, quarante ans, davantage, raisonnable pour ne pas Être simplement, profondément, c’est-à-dire immonde, atroce, absurde.”

Baryton se décide de partir pour l’Angleterre et il confie à Bardamu la direction de la maison de santé pendant son absence. Celui-ci héberge Robinson qui a peur d’une dénonciation de Madelon qui lui en veut beaucoup aprÈs la séparation d’elle. Malgré tout, la femme rencontre en cachette Robinson. Sophie, une amie de Ferdinand propose une réconciliation entre les époux, la possibilité d’une partie carrée lors d’une fÊte foraine de Batignolles :

„ Amis comme on avait été ensemble, Robinson et moi, elle trouvait elle, qu’on devrait tous se réconcilier, tout simplement, tout gentiment et le plus tôt possible. C’était un conseil qui partait d’un bon cœur. Ils en ont beaucoup des bons cœurs comme ça en Europe centrale.” La réconciliation n’a pas lieu car Madelon fait à Robinson une scÈne de jalousie oÙ se mÊlent reproches et proclamations d’amour. Elle finit par tuer Robinson par deux cours de revolver.

Au petit matin sur le fleuve, le paysage reprend vie. Des hommes passent le pont pour disparaitre dans la plaine. Un remorquer siffle au loin et son appel se répercute sur le fleuve comme s’il emmenait avec lui tout ce qui existe « tout, qu’on n’en parle plus» : „ De loin le remorquer a sifflé ; son appel a passé le pont, encore une arche, une autre, un autre pont, loin, plus loin … Il appelait vers lui toutes les péniches du fleuve toutes, et la ville entiÈre, et le ciel et la campagne et nous, tout qu’il emmenait, la Seine aussi, tout, qu’on n’en parle plus.”

Christine Combessie-Savy voit dans la derniÈre ligne du roman l’état moral oÙ la mort de Robinson a mis le narrateur : „ C’est le bout d’une nuit dramatiquement meurtriÈre, c’est comme le bout d’une vie, quand la mort d’un Être trÈs proche ferme toute perspective d’avenir, c’est le fond du chagrin quand on pense que la mort n’aura pas plus de sens que n’en a eu la vie (on voulait « voyage » ; on découvre « trimbalage »).”





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