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Langue, philosophie, littérature et histoire

l'histoire

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Langue, philosophie, littérature et histoire

1. – La langue arabe




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L'arabe fait partie du groupe des langues sémitiques et a beaucoup d'analogie avec l'hébreu. Il contient des sons très différents de ceux de la plupart des langues européennes, ce qui rend sa prononciation fort difficile pour les étrangers.

On ignore à quelle époque s'est constituée la langue arabe, telle que nous la con­naissons aujourd'hui ; mais nous savons, par les anciens poètes, antérieurs à Mahomet, qu'un siècle au moins avant le prophète elle était déjà arrivé à son degré de perfection actuelle. Il existait plusieurs dialectes, mais d'après la tradition, admise par les écrivains musulmans, la tribu à laquelle appartenait Mahomet se signalait par la pureté de son langage. L'influence du Coran fit de l'idiome dans lequel il était écrit une langue universelle.

La langue arabe est une de celles qui présentent le plus d'homogénéité. Elle possè­de bien sans doute plusieurs dialectes, tels que ceux de Syrie, d'Arabie, d'Égypte et d'Algérie, mais ils ne diffèrent entre eux que par des nuances assez légères. Alors que les habitants d'un village du nord et d'un village du sud de la France ne comprennent pas un mot de leurs idiomes réciproques, un habitant du Maroc comprendra aisément un habitant de l'Égypte ou de l'Arabie. Voici d'ailleurs ce que dit à ce sujet un des hommes les plus compétents dans la matière, le voyageur Burckhardt :

« Il existe certainement dans l'arabe parlé une grande diversité de dialectes, plus grande peut-être que dans toute autre langue ; mais, malgré la vaste étendue de pays où il est parlé, de Mogador à Maskat, quiconque a appris un de ces dialectes comprendra aisément tous les autres. La prononciation peut avoir éprouvé l'influence de la nature des différents pays, conservant sa douceur dans les vallées basses de l'Égypte et de la Mésopotamie, et devenant rude dans les montagnes froides de la Barbarie et de la Syrie. Autant que j'ai pu le savoir, la plus grande différence existe entre les Mangrébins du Maroc et les Bédouins du Hedjaz, près de la Mekke ; mais leurs dialectes respectifs ne diffèrent pas plus entre eux que l'allemand d'un paysan de Souabe ne diffère de celui d'un Saxon. »

La langue a donc fort peu changé depuis Mahomet ; mais l'écriture a subi d'importantes transformations. L'écriture primitive, dite koufique, du nom de la ville de Koufa, où on assure qu'elle aurait été inventée, était d'une lecture fort difficile parce qu'elle ne représentait pas les voyelles. Elle s'est transformée vers le huitième siècle de notre ère par l'adjonction de signes diacritiques destinés à les indiquer ; on continua cependant à faire fréquemment usage de caractères koufiques dans les inscriptions, ce qui fait qu'on ne peut juger toujours de leur ancienneté par les caractères employés pour les graver.

Dans l’édition papier de 1980

apparait à la page 345

la figure # 217

Encrier en cuivre repoussé (style persan-arabe) ; d'après une photographie de l'auteur.

téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales,
section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) :
La civilisation des Arabes (1884).

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On peut faire à l'égard de la langue arabe la remarque faite dans un autre chapitre à l'égard de la religion ; c'est, qu'alors que les conquérants qui ont précédé les Arabes n'ont jamais pu imposer leur langue, ces derniers ont réussi à faire accepter la leur. Devenue la langue universelle de tous les pays où ils ont pénétré, elle a remplacé entièrement les idiomes précédemment parlés, tels que le syriaque, le grec, le copte, le berbère, etc. Il en fut de même en Perse pendant longtemps ; et, malgré la renais­sance du persan, l'Arabe est resté la langue de tous les lettrés et son écriture la seule en usage. Tous les ouvrages de théologie et de science connus en Perse sont écrits dans cette langue. Elle joue dans cette partie de l'Asie un rôle analogue à celui du latin en Europe au moyen age. Les Turcs eux-mêmes, qui furent les conquérants des Arabes, ont adopté leur écriture, et en Turquie les personnes simplement demi-instruites sont capables de comprendre facilement le Coran.

On ne pourrait citer que les nations latines de l'Europe, où l'arabe n'ait pas plus ou moins supplanté les langues anciennes existant avant lui ; mais il y a laissé cependant des traces profondes : MM. Dozy et Engelmann ont pu composer tout un dictionnaire avec les mots espagnols et portugais dérivés de l'arabe.

En France même, la langue arabe a laissé des traces importances. Sedillot fait remarquer avec raison que les patois de l'Auvergne et du Limousin sont « peuplés de mots arabes et que les noms propres y affectent à chaque pas une forme tout arabe. »

Il était tout naturel, écrit l'auteur que je viens de citer, que les Arabes, maitres de la Méditerranée depuis le huitième siècle, donnassent à la France et à l'Italie la plupart des termes de marines : amiral, escadre, flotte, frégate, corvette, caravelle, felouque, chaloupe, sloop, barque, chiourme, darse, calfat, estacade, et, en première ligne, la boussole, improprement attribuée aux Chinois ; que dans la formation des armées permanentes on adoptat les titres donnés aux officiers des armées musulmanes, le cri de guerre des Arabes, l'emploi de la poudre à canon, des bombes, des grenades, des obus ; que dans l'administra­tion, les termes de syndic, aides, gabelle, taille, tarif, douane, bazar, etc., fussent empruntés aux gouvernements de Bagdad ou de Cordoue. Les rois de France de la troisième race les imitaient en tout, c'est ainsi que la plupart des termes de grandes chasses sont arabes ; chasse, meute, laisse, curée, hallali', cor de chasse, fanfares, etc. ; que le mot tournoi, que les lexico­graphes modernes font venir de torneamentium, est bien l'arabe tournou, spectacle militaire ; mais c'est principalement à la nomenclature scientifique que nous devons nous attacher. Notre astronomie est peuplée d'expressions arabes : azimuth, zenith, nadir, les pièces de l'astrolabe, alidade, alancabuth ; les noms d'étoiles Aldébaran, Rigel, Althair, Wéga, Acarnar, Aghol, etc. ; il en de même pour les mathématiques ; chiffres, zéro, algèbre, etc. ; pour la chimie : alchimie, alcool, alcali, alambic, etc. ; pour l'histoire naturelle et la médecine : bol, elixir, sirops, juleps, sorbet, mirobolans, etc. ; et ce haschich d'où nous est venu le terme assassins.

L'auteur d'un récent Dictionnaire étymologique de la langue française assure que le séjour des Arabes dans le midi de la France n'a laissé aucune trace ni sur les patois ni sur la langue. On peut juger, par ce qui précède, de la minime valeur d'opinions semblables. Il est étonnant qu'elles puissent encore être répétées par des hommes instruits.

La langue arabe est d'une richesse très grande, et cette richesse n'a fait que s'ac­croitre constamment par l'adjonction d'expressions nouvelles empruntées aux idiomes avec lesquels elle s'est trouvée en contact. Le dictionnaire d'Ibhn Seid, mort en 1065, comprenait delà vingt volumes.

2. - Philosophie des Arabes

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Lorsque les Arabes débutèrent dans la civilisation, leur philosophie se bornait à ces notions de psychologie pratique, filles de l'expérience, qui ne s'enseignent pas dans les livres, bien qu'elles soient généralement les seules dont on fasse usage dans la vie.

Les Grecs, leurs premiers maitres dans les diverses sciences, le furent aussi en philosophie. Aristote, Thalès, Empédocle, Heraclius, Socrate, Épicure et tous les auteurs de l'école d'Alexandrie furent bientôt traduits.

Dans toutes les sciences susceptibles de vérification expérimentale les Arabes dépassèrent promptement leurs maitres. La philosophie ne se prêtant pas alors à de telles vérifications, les progrès qu'ils y réalisèrent furent peu sensibles.

Tenus en haute estime dans les universités arabes, les philosophes étaient assez mal vus des foules, et, pour éviter les soulèvements populaires provoqués par leurs doctrines, les khalifes se virent souvent obligés de les exiler pendant quelque temps.

L'opposition populaire avait du reste de sérieux fondements, car les philosophes avaient fini par rejeter la plupart des préceptes de l'islamisme et ne plus admettre que les dogmes fondamentaux tel que l'unité de Dieu et la mission de Mahomet. Au lieu de se borner à exposer leurs idées devant des personnes éclairées, ils les répandaient publiquement et scandalisaient ainsi les croyants.

Il faut faire remonter en réalité aux Arabes les premières manifestations de ce qu'on a nommé dans les temps modernes la libre pensée. Malgré la grande réserve que les philosophes étaient naturellement obligés de conserver dans leurs livres, il leur échappe souvent des réflexions qui indiquent une forte dose de scepticisme. C'est ainsi par exemple que Aboulala Tenouki, qui vivait au dixième siècle, assure que « le monde est partagé en deux sortes de gens : les uns ayant de l'esprit et pas de religion, les autres de la religion et peu d'esprit. »

Pour rester en paix avec la foule, les philosophes arabes avaient fini par nettement séparer la religion de la science. Leur conclusion à cet égard a été très bien formulée par le célèbre Al-Gazzali, qui enseignait au onzième siècle, à Bagdad.

« Les vérités consacrées par la raison, dit-il, ne sont pas les seules ; il y en a d'autres auxquelles notre entendement est absolument incapable de parvenir ; force nous est de les accepter, quoique nous ne puissions les déduire, à l'aide de la logique, de principes connus. Il n'y a rien de déraisonnable dans une supposition qu'au-dessus de la sphère de la raison il y ait une autre sphère, celle de la manifestation divine ; si nous ignorons complètement ses lois et ses droits, il suffit que la raison puisse en admettre la possibilité. »

Le philosophe arabe le plus connu, celui dont l'influence a été la plus considérable en Europe, est le célèbre Averroès. On le considère habituellement comme un simple continuateur d'Aristote ; mais il me semble que ce commentateur a quelquefois singu­lièrement dépassé son maitre, et que sur bien des points ses doctrines seraient fort acceptables encore. S'il ne fut pas, peut-être, un libre penseur dans le sens moderne de ce mot, on peut assurer cependant qu'il pensa fort librement sur certains sujets. Les passages suivants sur l'immortalité de l'ame, les bases de la morale, que j'emprunte à M. Renan, donneront une idée de sa grande indépendance :



Dans l’édition papier de 1980

apparait à la page 348

la figure # 218

Inscriptions de la couverture d'un ancien Coran (Ebers).

téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales,
section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) :
La civilisation des Arabes (1884).

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Suivant Averroès l'intellect universel est incorruptible et séparable du corps ; l'intellect individuel est périssable et finit avec le corps.

« Il professait la négation de l'immortalité et de la résurrection, la doctrine que l'homme ne doit attendre aucune récompense que celle qu'il trouve ici-bas dans sa propre perfection.

« La distinction des individus vient de la matière, la forme au contraire est commune à plusieurs ; or ce qui fait la permanence, c'est la forme et non la matière. La forme donne le nom aux choses ; une hache sans tranchant n'est pas une hache mais du fer. C'est seulement par abus qu'un corps mort peut s'appeler homme. Donc en tant que pluralité l'individu disparait, mais en tant que représentant un type, c'est-à-dire en tant qu'appartenant à une espèce il est immortel.

« L'ame individuelle d'ailleurs ne perçoit rien sans l'imagination. De même que le sens n'est affecté qu'en présence de l'objet, de même l'ame ne pense que devant l'image. D'où il suit que la pensée individuelle n'est pas éternelle, car si elle l'était les images le seraient aussi. Incorruptible en lui-même l'intellect devient corruptible par les conditions de son exercice.

Quant aux mythes populaires sur l'autre vie Averroès ne cache pas l'aversion qu'ils lui inspirent. « Parmi les fictions dangereuses, dit-il, il faut compter celles qui tendent à ne faire envisager la vertu que comme un moyen d'arriver au bonheur. Dès lors la vertu n'est plus rien puisqu'on ne s'abstient de la volupté que dans l'espoir d'en être dédommagé avec usure. L'Arabe n'ira chercher la mort que pour éviter un plus grand mal ; le juif ne respectera le bien d'autrui que pour acquérir le double. Ces fables ne servent qu'à fausser l'esprit du peuple et surtout des enfants, sans avoir aucun avantage réel pour les améliorer. Je connais des hommes parfaitement moraux qui rejettent toutes ces fictions, et ne le cèdent point en vertu à ceux qui les admettent. »

3. - Littérature des Arabes

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La poésie chez les Arabes - L'ancienne littérature de l'Yémen, et des diverses parties civilisées de l'Arabie, nous est totalement inconnue. Les oeuvres les plus récentes sont postérieures à l'ère chrétienne, et à peine antérieures à Mahomet. Ce sont uniquement des poésies guerrières destinées à célébrer les combats et l'amour. Comme les Grecs des ages héroïques, les Arabes aimaient à entendre la musique sonore des poètes répéter leurs exploits.

Dans l’édition papier de 1980

apparait à la page 349

la figure # 219

Inscription ornementale formée par la combinaison de caractères koufiques.

téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales,
section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) :
La civilisation des Arabes (1884).

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Ces poésies procèdent le plus souvent par images et symboles, seules formes accessibles à des peuples primitifs sentant vivement, mais pensant peu. Elles diffèrent beaucoup des poésies bibliques, dont elles n'ont jamais les allures prophétiques ni le lyrisme sanguinaire et sombre. Leurs tableaux de bataille ne ressemblent pas à ces récits de massacres sauvages, d'égorgements, d'écrasements, de malédictions perpé­tuelles de Jéhovah, dont l'Ancien Testament est rempli.

La popularité de la poésie chez les Arabes a eu pour résultat de donner une grande influence aux poètes. Ils excitaient à volonté les ressentiments et appelaient à leur gré la célébrité ou la honte sur une tribu. Leur influence était telle qu'au temps de Maho­met, les Koréïschites donnèrent au poète Ascha cent chameaux pour le déterminer à ne pas faire connaitre des vers qu'il avait composés en faveur du prophète.

Le culte de la poésie était si développé chez les Arabes, qu'ils avaient fondé, plusieurs siècles avant Mahomet, des congrès littéraires ou l'on se rendait de tous les points de l'Arabie. Ces congrès se tenaient à Okadh, petite ville près de Taïf, à trois journées de la Mecque. Les œuvres des vainqueurs étaient écrites en lettres d'or, sur des étoffes précieuses, et suspendues dans la Kaaba de la Mecque pour être transmises à la postérité.

C'est dans le siècle qui précéda Mahomet que la poésie arabe prit son essor. Elle eut pour résultat de généraliser partout le langage épuré que parlaient les poètes, et de contribuer à fondre en une langue unique les dialectes qui se parlaient sur les différents points de l'Arabie.

Grace à l'usage de conserver dans la Kaaba les poésies les plus remarquables, sept de ces poèmes, ou moallakas, sont parvenus jusqu'à nous. Ils sont consacrés à décrire les guerres de l'Arabie, la rude et sauvage nature du désert, les aventures des noma­des, etc.

L'extrait suivant est dû au poète Tarafa. L'auteur y expose une conception de la vie à laquelle les philosophes les plus sceptiques ne me semblent pas avoir ajouté beaucoup.

« L'homme qui, par une conduite généreuse, soutient la noblesse de son extraction, abandonne son ame à l'ivresse des plaisirs, tandis qu'il jouit de la vie. Si la mort nous enlève demain, tu connaitras alors qui de nous deux sentira le regret de n'avoir pas étanché aujourd'hui l'ardeur de sa soif je n'aperçois aucune différence entre le sépulcre de l'avare follement économe de ses richesses, et celui du libertin qui les a prodiguées à ses plaisirs. Un tertre de poussière les couvre l'un et l'autre, et de larges dalles des pierres les plus dures ferment leurs tombeaux.

« La vie est à mes yeux un trésor dont chaque nuit enlève une portion. Un trésor que les jours et le temps diminuent sans cesse est bien près d'être réduit à rien. Certes, il en est des délais que la mort accorde à l'homme, tant qu'elle ne frappe pas sur lui le coup fatal, comme de la corde qui retient un chameau dans un paturage. Si la mort laisse aux hommes une ombre de liberté, en laissant flotter quelques instants la corde qui les attache, elle n'en tient pas moins le bout dans sa main. »

Je rapprocherai de ces pensées remarquables un chant de guerre que Palgrave a recueilli dans le Nedjed. L'époque de sa composition est inconnue ; mais, comme le précédent, il donne une idée assez nette de la façon de penser d'un guerrier arabe.

« J'ai dit à mon ame un instant saisie de crainte à la vue des menaçants bataillons :

« Honte sur toi, pourquoi tant de frayeur ?

« Quand tu emploieras toute la puissance de tes facultés pour prolonger seulement d'un jour ton existence au-delà des termes fixés par le destin, tes efforts seraient inutiles.

« Les flots de la mort nous environnent de toutes parts ; notre vie en ce monde ne doit pas être éternelle. De longs jours ne sont pas pour le guerrier un vêtement d'honneur. C'est une robe qui sied seulement aux cœurs faibles et laches.

« La mort est le but de la vie ; tous les chemins y conduisent.

« Celui qui ne tombe pas sur un champ de bataille devient la proie de la souffrance et de la décrépitude.

« La vie n'est pas un bienfait pour l'homme ; elle n'est pas digne de son amour, car la vieillesse le rend bientôt un objet inutile et méprisable. »

La poésie continua à être cultivée pendant toute la durée de la civilisation arabe ; mais il ne semble pas qu'elle ait jamais dépassé le niveau atteint avant le prophète. Tout homme instruit, qu'il fut diplomate, astronome ou médecin, était doublé d'un poète ; et ce n'est pas sans raison qu'on a pu dire que les Arabes ont produit à eux seuls plus de poésies que tous les autres peuples du monde réunis. Ils poussaient l'amour de la poésie jusqu'à écrire quelquefois la théologie, la philosophie, l'algèbre même en vers. La plupart de leurs récits sont entremêlés de morceaux poétiques.



Dans l’édition papier de 1980

apparait à la page 351

les figures # 220-223

Sceau des quatre premiers khalifes Abou-Bekr, Omar, Othman et Ali.

téléchargeables sur le site web : Les Classiques des sciences sociales,
section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) :
La civilisation des Arabes (1884).

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Il parait démontré aujourd'hui que la rime a été empruntée par les Européens aux Arabes. Les dissertations de Viardot et de divers auteurs me semblent avoir fixé l'opinion sur ce point, énoncé d'ailleurs depuis longtemps et notamment par l'évêque Huet.

On a attribué à l'influence des poètes arabes de l'Espagne l'origine des poésies espagnoles et provençales. Cette opinion me semble aussi fondée que la précédente ; mais un exposé suffisant des raisons sur lesquelles elle s'appuie exigerait trop de développements pour qu'on puisse le tenter ici.

Romans et nouvelles - En dehors de la poésie, tous les genres de littérature : romans d'aventures, d'amour, de chevalerie, etc., ont été cultivés par les Arabes. Tout ce qui concerne la psychologie des personnages est faiblement traité ; mais les aventures merveilleuses dont sont semés les récits leur donnent toujours un intérêt très vif. Avec leur imagination brillante, ces incomparables artistes embellissent tout ce qu'ils touchent. 

Les Arabes ont été les véritables créateurs des romans de chevalerie. « En Espagne, dit Sedillot, l'imagination des poètes s'exerçait dans les nouvelles et les romances ; les sectateurs de Mahomet furent toujours de grands conteurs ; le soir ils se rassemblaient sous leurs tentes pour entendre quelque récit merveilleux auquel se mêlaient, comme à Grenade, la musique et le chant ; le romancero, composé de pièces traduites ou imitées de l'arabe, retrace avec exactitude les fêtes du temps, les jeux de bagues, les courses de taureaux, les combats des chrétiens et des musulmans, les hauts faits et les danses des chevaliers, et cette galanterie délicate et recherchée qui rendit les Maures espagnols fameux dans toute l'Europe. »

Parmi les contes arabes les plus connus, il faut surtout mentionner ceux d'Hariri, d'Hamadrani et des auteurs des Mille et une Nuits.

Les « Séances d'Hariri » sont célèbres dans tout l'Orient. Né en 1054, Hariri mourut en 1121, à Bassorah, après avoir eu la réputation d'être un des hommes les plus savants de son siècle. La Bibliothèque nationale de Paris et celle de M. Schéfer possèdent un bel exemplaire illustré d'un manuscrit de cet ouvrage.

Hamadrani, mort en 1007, acquit également une grande célébrité dans ce genre de composition. Sa mémoire était telle, qu'il récitait un poème qu'il avait entendu une seule fois. Il était célèbre égalementé par la pureté du langage et le choix des expres­sions dans ses improvisations.

De tous les ouvrages des conteurs arabes, le plus connu est assurément le mer­veilleux livre des Mille et une Nuits. Son origine a été très discutée ; il semble démontré aujourd'hui que c'est un recueil composé de morceaux d'époques fort diffé­rentes. Quelques-uns sont antérieurs au dixième siècle, comme le prouve la mention faite par Maçoudi dans son livre Les Prairies d'or, composé à cette époque. On y trouve des récits d'origine hindoue et persane ; mais la plupart ont été composés du treizième siècle au quinzième siècle par des Arabes d'Égypte. M. Weil, professeur de langues orientales à Heidelberg, dit, dans la préface de l'édition allemande qu'il a donnée des Mille et une Nuits d'après le texte oriental, que, sans le moindre doute, la plupart de ces contes sont arabes, et fort différents de ceux d'origine persane et hindoue figurant dans le recueil qui était également connu sous le même nom dans les premiers siècles de l'islamisme.

Ce livre est certainement, malgré ses défauts trop visibles, un des plus intéressants ouvrages qui aient jamais été écrits. J'ajouterai que sa lecture est aussi instructive qu'intéressante, et peut fournir des renseignements très précis sur les mœurs des Arabes, leur façon de sentir et de penser à certaines époques.

L'histoire qui sert de préambule à l'ouvrage est, à ce dernier point de vue fort curieuse. Elle jette une vive lumière sur la psychologie intime des Orientaux, le côté impulsif de leur caractère, leur opinion sur les femmes, etc. Les contes et les légendes d'un peuple constituent une source de documents que l'histoire a négligés pendant longtemps, mais dont on commence aujourd'hui à comprendre l'importance. Dans notre étude d'une population fort curieuse que nous avons eu l'occasion d'observer dans les monts Tatras, l'analyse des chants populaires et les légendes nous ont fourni les plus précieux renseignements pour la reconstitution psychologique des ancêtres d'un peuple dont on n'avait jamais écrit l'histoire.

Dans l’édition papier de 1980

apparait à la page 353

la figure # 224

Frise d'une coupe arabe formant inscription par la déformation
de la partie inférieure des personnages.

téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales,
section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) :
La civilisation des Arabes (1884).

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Fables et proverbes - Les fables, apologues et proverbes, sont très en faveur chez les Orientaux. Ils constituent un genre de littérature qui parle clairement à l'esprit, et se fixe aisément dans la mémoire, alors que les raisonnements abstraits fatiguent et s'oublient vite.

Le plus célèbre des fabulistes est le légendaire Lokman : Mahomet en fait dans le Coran le type de la sagesse. Certains auteurs le font contemporain de David et même d'Abraham ; d'autres supposent que l'auteur des fables est un personnage différent postérieur à Mahomet, La ressemblance de ses apologues avec ceux d'Ésope semble indiquer qu'ils furent empruntés à cet auteur ou au moins qu'ils dérivent d'une source commune.

Les proverbes arabes sont très nombreux. L'Espagne et le reste de l'Europe en ont emprunté beaucoup. Une grande partie de ceux qui constituent le fonds inépuisable de la sagesse de Sancho Pança ont une origine musulmane.

Pour donner une idée des proverbes arabes, j'en citerai quelques-uns empruntés à un travail de M. Piesse :

La vie sous l'aile d'une mouche vaut encore mieux que le sommeil du cimetière. Profite de ta jeunesse, la vie n'a qu'un instant.

Dissipe tes chagrins ce soir ; tu ne sais pas ce qui t'arrivera demain.

Fréquente un forgeron, tu attraperas de la suie ; fréquente un parfumeur, tu emporteras l'odeur du bouquet.

L'amour se passionnerait pour un morceau de bois sec.

Qui prend une femme pour sa beauté sera dupé, qui l'épouse à cause de sa fortune est un être cupide ; mais celui qui la choisit pour son bon sens peut dire qu'il est marié.

Si les femmes vous aiment, que de portes elles vous ouvriront ! mais si elles vous détestent, avec un fil d'araignée elles dresseront devant vous une muraille de fer.

Une médiocre aisance avec la paix du cœur vaut mieux que l'opulence avec des soucis.

Dans une bouche qui sait se taire une mouche ne saurait entrer.

La prudence, c'est la moitié de la vie. On dit même que c'est la vie toute entière.

La souris ne peut engendrer qu'une souris.

L'arbuste qui produit la rose produit aussi l'épine.

Prends conseil de celui qui te fait pleurer et non de celui qui te fait rire.

Faire à propos c'est le succès.

Il y a trois qualités qui en valent trente : la beauté, la pitié et la discrétion en amour.

Il y a deux créatures qui ne sont jamais rassasiées : l'homme de science et l'homme d'argent.



Dans l’édition papier de 1980

apparait à la page 354

la figure # 225

Inscription arabe moderne, relevée dans une maison de Damas par l'auteur.

téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales,
section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) :
La civilisation des Arabes (1884).

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Histoire - Les historiens arabes furent nombreux : Hadji Khalfa, dans sa Biblio­thèque orientale, en cite douze cents. Comme tous les historiens du moyen age, imités en cela par beaucoup d'auteurs modernes, ils manquent généralement d'esprit critique. Je dis généralement parce qu'il en est un petit nombre, Ibhn Khaldoun entre autres, qui possédèrent à un haut degré cette faculté maitresse.

Un des plus anciens historiens arabes est Tabari, qui composa à la fin du neu­vième siècle une chronique universelle allant du commencement du monde jusqu'à 914 de J.-C. Un des plus célèbres est Maçoudi, qui vivait au dixième siècle, et composa plusieurs ouvrages historiques tels que : l'Histoire du temps, les Prairies d'or, etc. « Lorsqu'on parcourt ses ouvrages, dit M. Quatremère, on est vraiment stupéfait en songeant sur quelles matières diverses il avait écrit, et combien de questions importantes et difficiles se trouvaient résolues dans ses diverses produc­tions. Son érudition était immense pour le temps où il florissait ; non seulement il avait lu et médité tous les livres qui concernaient les Arabes, mais il avait embrassé dans ses vastes recherches l'histoire des Grecs, des Romains, et de toutes les nations orientales, soit anciennes, soit modernes. »

Les historiens arabes ont composé plusieurs histoires universelles. On peut citer notamment parmi eux Aboulfarage, mort en 1286.

Ibhn Khaldoun, né en 1332, est l'historien doué du sens critique dont nous par­lions plus haut. Il est l'auteur d'une Histoire des Berbères où sont exposés, en débutant, d'excellents principes de critique historique. Son ouvrage a été traduit en français.

Dans l’édition papier de 1980

apparait à la page 355

la figure # 226

Inscription arabe moderne relevée dans une maison de Damas par l'auteur.

téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales,
section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) :
La civilisation des Arabes (1884).

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Makrisi, contemporain du précédent, composa une histoire d'Égypte qui est encore la meilleure source à consulter pour cette contrée. Elle devait faire partie d'une chronique générale qui aurait eu 80 volumes.

Howairi, qui mourut en Égypte en 1331, composa une grande Encyclopédie historique.

Aboulfeda, souverain de Hamah, mort en 1331, connu à la fois comme historien, géographe et guerrier, écrivit une histoire du genre humain fort utile à consulter pour tout ce qui concerne l'Orient.

Les biographies furent également nombreuses chez les Arabes. La plus connue est la Bibliothèque orientale d'Hadji Khalfa, mort en 1658. Elle contient 18 500 indica­tions d'ouvrages orientaux, avec les noms des auteurs et une notice bibliographique sur chacun d'eux.

Rhétorique et éloquence - Les auteurs arabes attachaient une grande importance à la forme de leurs écrits ; aussi leur doit-on beaucoup d'ouvrages de rhétorique et de grammaire. Dans la seule bibliothèque de l'Escurial, qui ne représente qu'un insigni­fiant débris de la littérature arabe de l'Espagne, échappé par hasard à la destruction, Casiri en a trouvé plus de trois cents sur la rhétorique. Ces ouvrages n'ont pas été traduits, et je crois qu'il n'y aurait qu'un intérêt bien faible à ce qu'ils le fussent. L'étude de la grammaire et de la rhétorique peut servir à polir le style, mais ne le crée pas. Ce sont les oeuvres d'un peuple, et non ses traités de grammaire qu'il faut étudier, pour juger de sa littérature. Ce n'est guère d'ailleurs qu'avec ses oeuvres littéraires que se forment sa rhétorique et sa grammaire.

Ce n'est pas non plus dans les traités de rhétorique et de grammaire que nous pouvons juger de l'éloquence des Arabes. En dehors de l'enseignement des univer­sités, ils ne pouvaient connaitre que l'éloquence religieuse. Leur régime politique n'en comportait pas d'autre. Cette éloquence sacrée est toute-puissante sur les foules en Orient ; mais les productions de leurs orateurs ne sont pas venues jusqu'à nous.

Dans l’édition papier de 1980

apparait à la page 356

la figure # 227

Fragment d'inscription d'un coffret persan incrusté de nacre (collection Schefer) ;
d'après une photographie de l'auteur.

téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales,
section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) :
La civilisation des Arabes (1884).

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Le résumé qui précède ne doit être considéré que comme un court extrait d'un sommaire de l'histoire de la littérature des Arabes. Il peut suffire cependant à faire pressentir l'importance et la variété de leurs travaux littéraires. Dans un ouvrage aussi condensé que le notre nous ne pouvions nous proposer d'autre but.



L'imagination des Arabes, leur tendance à tout embellir, se manifestent dans les choses les plus ordinaires. Le lecteur pourra en juger par quelques-unes des périphrases qu'emploient dans les rues de Damas les vendeurs pour attirer l'attention des acheteurs. Le marchand de fleurs les annonce en criant « Apaise ta belle-mère » chose aussi difficile, parait-il, en Orient qu'en Occident. Le vendeur de cresson certifie que « la vieille femme qui en mangera sera jeune le lendemain. » Pour annoncer que des amandes sont bien grillées, leur propriétaire assure que « les dents ne peuvent les attaquer. » De simples gateaux sont de la « nourriture d'hirondelles. » La figue est le « fruit de Baal, » etc.






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