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Les Arabes nomades et les Arabes sédentaires des campagnes

l'histoire

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Les Arabes nomades et les Arabes sédentaires des campagnes

1. – Reconstitution de la vie des anciens Arabes



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Dans ce chapitre et dans celui qui va suivre nous essaierons de présenter une esquisse de la vie des Arabes, quelques siècles après Mahomet. Ce n'est qu'après avoir étudié leurs mœurs et leurs coutumes qu'il nous sera possible de saisir l'origine des institutions politiques et sociales qui ont régné dans leur empire.

Les traits principaux de cette esquisse seront puisés dans l'observation des Arabes actuels. Une telle méthode n'est applicable qu'à un petit nombre de peuples. Il est facile de montrer qu'elle l'est surtout aux populations de l'Orient dont nous étudions l'histoire.

Un des traits caractéristiques de la civilisation des nations de l'Occident est la rapidité des transformations qu'elles subissent. Quand on compare certaines époques un peu éloignées, celles de Charlemagne et de Louis XIV, par exemple, il semble qu'il s'agisse de mondes entièrement différents. Les arts, l'industrie, la science, la vie sociale, la langue elle-même, tout a changé. Mais les transformations constatées d'une époque à l'autre ne sont réellement profondes que parce que l'histoire ne s'occupe guère que des couches sociales les plus élevées. Elles sont très faibles dans les éléments moyen et inférieur qui forment le fond de chaque nation. Cette somme de connaissances scientifiques, littéraires, artistiques ou industrielles dont l'ensemble forme la civilisation d'une époque n'eut pendant des siècles qu'une influence fort mi­nime sur le sort des foules. Il y a loin sans doute d'un compagnon de Charles Martel à son descendant du temps de Louis XIV, mais entre un forgeron, un marchand, un paysan de la première époque et les mêmes individus de la seconde, la différence est faible. Aujourd'hui encore, certains paysans bretons diffèrent bien peu de leurs ancêtres d'il y a mille ans.

Dans l’édition papier de 1980

apparait à la page 258

la figure # 163 bis

Oasis de Biskra (Algérie) ; d'après une photographie.

téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales
section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) :
La civilisation des Arabes (1884).

Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web)

Si faible que soit la différence, elle existe pourtant par le fait seul que le milieu a changé. Le paysan breton dont je parlais à l'instant pourra ne pas avoir une consti­tution mentale supérieure à celle de ses aïeux, mais au fond même du plus obscur village, alors même qu'il ne parlerait que le patois de ce village. Il vit dans un milieu différent de celui où vivaient ses pères et reçoit le reflet lointain d'une civilisation qui se transforme constamment.

Il est de tradition en Europe que les peuples de l'Orient ne changent pas.

Ils changent peu aujourd'hui sans doute, mais autrefois ils ont beaucoup changé, au moins dans les couches sociales susceptibles de transformation. La distance est grande entre un seigneur arabe de la cour du roi Boabdil et un des compagnons d'Omar, plus grande encore entre un savant des universités de Bagdad et de Cordoue et un ancien pasteur de l'Arabie. Ce n'est que dans les couches sociales inférieures que les changements ont été minimes et nous avons dit plus haut que le même phénomène s'observe partout. Il est donc tout simple qu'entre un Arabe sédentaire des campagnes et plus encore un nomade du temps de Mahomet, et leur descendant moderne la différence soit faible.

Nous devons donc faire pour les peuples de l'Orient les mêmes distinctions que celles que nous avons faites pour ceux de l'Occident, et ne pas confondre des caté­gories sociales dont l'évolution a été fort différente et dont l'étude doit être par conséquent séparée.

Mais tout en établissant ces distinctions essentielles il faut bien reconnaitre cependant que les Arabes changent beaucoup moins maintenant d'un siècle à l'autre que les populations européennes. Leur stabilité actuelle résulte non seulement de ce que leur ancienne civilisation a disparu, mais surtout de ce que le Coran étant un ensemble de lois religieuses, politiques et civiles, intimement liées, la fixité des unes a entrainé forcément l'immobilité des autres. Les disciples du prophète se sont trouvés bientôt enfermés dans un réseau de traditions et de coutumes que l'hérédité a rendu tout-puissant sur les ames et qui a fini par devenir trop solide pour pouvoir être brisé. Les mœurs et coutumes de la plus grande partie des Arabes ont fini ainsi par devenir presque invariables depuis des siècles et c'est pourquoi il est possible de reconstituer leur existence passée en étudiant leur vie actuelle.

C'est surtout pour les Arabes sédentaires des campagnes et plus encore pour les Arabes nomades que les changements ont été minimes. Pour les Arabes des villes, soumis à l'action de conquérants très divers, ils ont été plus importants. Mais ces conquérants ont toujours adopté le Coran et comme le Coran pénètre dans tous les détails de la vie arabe, le fond commun des mœurs et des coutumes a peu varié. Tout en n'étant plus l'image fidèle du passé, le présent lui ressemble assez pour permettre de le reconstituer.

La vie sociale des Arabes ayant toujours présenté des formes différentes, suivant qu'ils ont vécu dans le désert, dans les campagnes ou dans les villes, nous l'étudierons séparément sous ces trois aspects.

2. - Vie des Arabes nomades

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Nous avons suffisamment décrit le caractère des Arabes nomades pour ne plus avoir à y revenir maintenant, et nous n'aurons qu'à compléter ce que nous avons dit par la description du côté matériel de leur existence.

Les mœurs et les coutumes de ces nomades sont bien plus faciles à exposer que celles des populations sédentaires des campagnes, et surtout que celles des habitants des villes. La vie est réduite, en effet, chez les premiers à ses formes les plus simples, et dégagée de ces additions compliquées que la fixité au sol entraine. La description suivante que j'emprunte à Coste donne en quelques lignes un tableau suffisant de leurs coutumes. Elle a été faite il y a cinquante ans sur les tribus arabes indépendantes des déserts qui bordent la vallée du Nil ; mais les conditions d'existence créées par la vie au désert sont si peu susceptibles de changements, que la même description serait aussi applicable à des nomades contemporains de Salomon qu'à ceux qui vécurent du temps de Mahomet ou qui vivront dans la suite des siècles, jusqu'au jour où la nature ayant changé, il n'y aura plus de déserts en Arabie ni en Afrique.

« L'Arabe monte à cheval le matin à la pointe du jour et ne rentre sous sa tente qu'au coucher du soleil. Pendant la journée il se nourrit de dattes, de quelques grains de dourah ou de blé, et fait paitre à sa jument les herbes parasites qu'il rencontre sur son passage. Le soir, lorsqu'il rentre sous sa tente, sa femme lui prépare un vase de lait, quelques dattes et du miel.

« L'Arabe ne fréquente les villes que pour trafiquer du produit de ses troupeaux, des chameaux et des juments ; il ne couche jamais dans aucune ville. Lorsqu'il est campé, il cultive quelques fédans de terre pour avoir du blé, de l'orge et du dourah à son usage. L'indépendance de sa vie lui donne un air de fierté ; il ne s'est point avili comme le fellah. Sa démarche est assurée, ses yeux vifs et perçants. La sobriété et une vie réglée l'éloignent, ainsi que sa famille, des maladies qui accablent les fellahs. Leur sang est aussi pur que l'air qu'ils respirent au désert.

Dans l’édition papier de 1980

apparait à la page 260

la figure # 164



Campement d'Arabes nomades en Algérie ; d'après une photographie instantanée.

téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales
section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) :
La civilisation des Arabes (1884).

Retour à la table des figures (ordre numérique sur le site web)

« La principale occupation des femmes arabes est de traire les brebis et les vaches, de faire la farine sur deux petites meules en pierre mues à bras. Elles font le pain, préparent le repas, veillent sur les enfants, tissent des étoffes grossières pour se vêtir ; elles font également des tapis et de la toile pour leurs tentes.

« Quand la tribu est en marche, les femmes se placent deux à deux dans un haudedj, espèce de panier fixé sur le dos d'un chameau ; ce panier est construit de branches de laurier-rose, garni au fond d'une peau de mouton, et la partie supérieure est couverte d'une toile pour les garantir du vent et du soleil. Blotties dans cette cage, elles s'occupent du ménage en broyant le blé avec leurs petites meules, préparent la pate de chaque jour, et à la première halte, elles font cuire le pain sur de la cendre chaude ou dans un petit fourneau, et quelquefois sur un atre de terre. Elles se servent pour combustible de crottins de chameaux.

« La tente du chef est au centre, celles des enfants mariés à droite et à gauche viennent ensuite celles des autres parents, puis celles des serviteurs. Les juments sont placées devant les tentes pour s'en servir à la moindre alerte et les avoir sous les yeux. Après viennent sur une autre ligne, les vaches, les dromadaires, les chameaux, les brebis et les chèvres. Ces dernières sont parquées dans une enceinte de toile.

« Les chameaux sont très souvent rangés en cercle autour de la tente des gardiens. En dehors du camp, et à une certaine distance, sont placées de petites tentes pour les hommes qui font sentinelle pendant la nuit.

« Toutes ces tentes sont peu élevées, on ne peut s'y tenir debout que vers le centre. Leur forme est toujours carrée, jamais circulaire ; on peut les fermer dans tout leur pourtour, mais ordinairement on laisse ouverte la partie qui tourne au nord, pour recevoir la brise-fraiche de ce côté. Leur construction est en toile composée de fils de poils de chèvres et de chameaux. La pluie et la rosée ne font que glisser sur ces tissus sans jamais pénétrer dans l'intérieur, ce qui les garantit des orages, du vent et du soleil. »

Je compléterai ce qui précède en indiquant le mobilier, très rudimentaire du reste, que contiennent ces tentes. Chacune d'elles ne renferme que les objets strictement nécessaires à la vie nomade : les armes d'abord, et notamment une lance de 3 à 4 mè­tres de longueur, puis une plaque de fer pour cuire le pain, une marmite pour les aliments, une cafetière pour le café, un mortier pour le broyer, un sac de cuir pour puiser de l'eau, et quelques vêtements et menus objets. On conçoit facilement que des hommes dont les besoins sont si faibles n'aient jamais connu de maitres.

3. - Vie des Arabes sédentaires
des campagnes

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Vie sociale - L'Arabie et les contrées voisines ont possédé de tout temps des populations agricoles vivant dans les campagnes situées loin des villes, et qui, tou­jours soumises à l'action du même milieu, enfermées dans un réseau étroit de traditions et de coutumes, ne subirent d'autre changement important que celui de leur religion. Ce sont ces populations qu'il faut étudier pour comprendre l'origine de certaines institutions que le Coran contient.

Parmi les populations, nombreuses encore, que l'on pourrait prendre pour type, je choisirai les Arabes demi-indépendants qui vivent dans le Haouran, sur les confins du désert de Syrie. Ils ont déjà été fort bien étudiés par M. Le Play dans son bel ouvrage sur les ouvriers de l'Orient, et ils présentent surtout à nos yeux le très grand avantage de nous montrer comment des populations de mœurs et d'intérêt aussi différents que les sédentaires et les nomades peuvent vivre quand elles sont en contact, et quelles institutions sont nées de ce contact.

Bien que ne vivant pas dans l'Arabie proprement dite, les populations dont je vais étudier la vie sociale sont de race arabe. On sait, en effet, que le Haouran fut peuplé peu après Jésus-Christ par des tribus arabes (Kahtanides, suivant Wetzstein) venues du sud de l'Arabie, et qui créèrent le royaume des Sehilihides, puis celui des Ghassa­nides, sous le protectorat des Romains. Un de ces Arabes du Haouran, Philippe, fut même empereur romain en 244. On sait aussi que le royaume arabe des Ghassanides dura cinq cents ans, et ne fut détruit que lorsqu'il fut englobé par les successeurs de Mahomet. C'est aux Ghassanides qu'on attribue les constructions gigantesques rencontrées dans le pays, et notamment dans son ancienne capitale Bosra. On y voit encore des inscriptions en caractères dits sabéens, du nom de la langue parlée par certaines tribus anciennes de l'Arabie.

Les Arabes du Haouran avoisinant Bosra se composent de nomades et de séden­taires. Les nomades ne se montrent que pendant la belle saison, et s'éloignent pendant l'hiver pour aller en Mésopotamie ou dans la vallée du Jourdain.

Dans l’édition papier de 1980

apparait à la page 262

la figure # 165

Un marché au Maroc ; d'après une photographie instantanée.

téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales
section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) :
La civilisation des Arabes (1884).

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Les habitants sédentaires sont groupés par communautés composées de plusieurs générations de parents, sous l'autorité patriarcale d'un chef de famille. C'est là, comme on le voit, l'organisation primitive de la tribu.

Toutes ces communautés sont agricoles, et comme la population est très peu nom­breuse, eu égard à la surface très grande des terres cultivables, chacune d'elles n'en exploite qu'une partie. La propriété du sol est commune à tous les habitants du villa­ge, et la portion attribuée à chacun proportionnelle au nombre de bœufs qu'il possède. Les céréales que chaque communauté récolte servent d'abord à nourrir les bœufs et les chameaux. L'excédent est vendu aux nomades du désert, ou à des marchands de Damas, ou même transporté sur les côtes de la Syrie par caravanes, pour être expédie en Europe.

Tous les produits appartiennent à la communauté, à l'exception de petits revenus d'origine diverses que possèdent quelques membres et qu'ils emploient à leur gré.

L'industrie de la région est à peu près nulle. Les habitants fabriquent fort peu d'étoffes, et se procurent celles dont ils ont besoin auprès des marchands de Damas qui viennent acheter leurs grains.

Chaque communauté comprend plusieurs ménages.

« Le régime de la communauté, dit M. Delbet, réunissant un grand nombre de personnes sous un même toit, un nom commun employé seul ne pourrait pas désigner clairement les individus ; on y joint celui de père, et l'on dit alors : un tel, fils d'un tel. Quand la personne désignée, homme ou femme, a elle-même un fils, on dit encore : un tel, père d'un tel, ou une telle, mère d'un tel ; souvent même, dans ce dernier cas, on dit simplement le père d'un tel, ou la mère d'un tel sans prononcer le nom propre de la personne dont il s'agit ; mais si, parmi les enfants, il n'y a pas de garçons, on n'emploie jamais ce mode de désignation, car ce serait faire injure à un homme que de lui rappeler qu'il n'a pas d'enfant male. Les noms de famille existent seulement pour ceux dont un ancêtre a acquis une renommée glorieuse dont puissent s'honorer ses descendants. Ce nom de famille n'est d'ailleurs habituellement donné qu'à son chef, bien qu'il appartienne à tous ses membres. »



Dans l’édition papier de 1980

apparait à la page 263

la figure # 166

Campement de nomades aux portes de Tanger ; d'après une photographie instantanée.

téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales
section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) :
La civilisation des Arabes (1884)..

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Les différents ménages de chaque communauté forment, avec les domestiques, une trentaine de personnes qui sont placées sous l'autorité du plus ancien chef de famille. Les femmes s'occupent exclusivement du ménage et sont traitées avec une grande douceur, mais leurs mœurs sont surveillées sévèrement. Lorqu'il arrive à une jeune fille de commettre une faute, ce qui est fort rare, elle est mise à mort par ses propres parents.

Au point de vue légal ces Arabes sédentaires sont régis par le Coran et la coutu­me ; les différends sont jugés par un cheik. En cas de meurtre, une compensation pécuniaire peut être admise ; mais le plus souvent les parents de la victime préfèrent la peine du talion ; il en résulte qu'un meurtre en entraine une succession d'autres pen­dant plusieurs générations. Les conséquences très graves que les meurtres provoquent les rendent très rares. Les nomades eux-mêmes, dans leurs déprédations, respectent la vie humaine, de peur d'être exposés à des vengeances héréditaires. L'usage de venger le sang par le sang, qui semble au premier abord tout à fait barbare, est donc en réalité fort avantageux, puisqu'il a pour résultat certain d'empêcher des meurtres qui se pro­duiraient infailliblement sous une loi plus douce. Chez tous les peuples primitifs, la peine du talion a toujours été la meilleure des lois, parce que c'était la seule efficace.

Aucun règlement n'oblige les individus à vivre en communautés, mais ces dernières se maintiennent en vertu d'un principe supérieur à tous les règlements : la nécessité. Chez des populations qui ne peuvent compter sur la protection d'aucun gouvernement, l'individu isolé et sans appui serait tellement faible qu'il serait bientôt condamné à disparaitre. Ceci nous explique encore pourquoi nous rencontrons partout les Arabes groupés sous l'autorité d'un chef. Ces petits groupes ne sont en réalité que des associations indispensables à l'existence des membres qui les composent. L'orga­nisation des tribus nomades des Bédouins repose sur les mêmes nécessités ; et, étant données leurs conditions d'existence invariables, il est visible que cette organisation ne saurait changer. Il est, du reste, probable que, dans tous les pays où les communau­tés s'observent, elles eurent pour origine l'impuissance complète de l'individu isolé dans une société sans organisation solide. Elles disparurent, ou tendirent à disparaitre, aussitôt qu'un gouvernement central put se substituer à la communauté, et offrir à l'individu la protection que cette dernière seule pouvait d'abord lui donner.

En dehors des membres de la famille composant la communauté et qui en partagent les bénéfices, se trouvent un certain nombre de domestiques, provenant, soit d'étrangers cherchant à gagner leur vie, soit de membres détachés d'autres commu­nautés avec lesquelles ils ne pouvaient s'entendre, ou de communautés dissociées par revers de fortune ou par toute autre cause. Ces domestiques sont utilisés surtout par les travaux agricoles, et sont en réalité de véritables associés. Leur salaire se com­pose, en effet, d'une portion, le quart habituellement, de la récolte produite par leur travail. Ils sont, du reste, considérés comme faisant partie de la famille, dont ils partagent la table. On voit fréquemment une fille de la maison épousée par un domes­tique. Il est généralement stipulé alors que ce dernier travaillera plusieurs années sans recevoir d'autre salaire que la nourriture et le vêtement. C'est un contrat qui rappelle celui que fit Jacob avec Laban pour obtenir Rachel en mariage. Ce genre de stipula­tion nous montre combien les usages ont peu varié chez les Arabes sédentaires depuis les temps bibliques. De même encore qu'à des ages reculés, il arrive parfois que le beau-père réclame des prolongations de service non stipulées dans le contrat.

Dans l’édition papier de 1980

apparait à la page 265

la figure # 167

Chameliers d'Égypte ; d'après une photographie.

téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales
section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) :
La civilisation des Arabes (1884).

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Que le serviteur épouse une fille de son maitre, ou qu'il finisse par économiser assez d'argent pour se marier, acheter quelques têtes de bétail, entrer dans une famille, et entreprendre une culture à son compte, la domesticité n'est, chez ces populations primitives, qu'un état transitoire destiné à conduire à une condition supérieure.

Comme tous les Orientaux, les populations dont nous venons de parler sont polygames. Leur polygamie est d'ailleurs la conséquence de nécessités sur lesquelles nous aurons à revenir dans un autre chapitre, nécessité telle que ce sont les femmes elles-mêmes qui sont les premières à y pousser leurs maris.

Ainsi qu'il arrive dans toutes les régions voisines du désert, c'est-à-dire par consé­quent dans la plus grande partie de l'Arabie, les populations sédentaires du Haouran se trouvent en contact avec des Arabes nomades, qui, ne pouvant vivre uniquement des produits de leurs troupeaux et de l'élevage des chevaux et chameaux, sont obligés de s'adonner au pillage.

Les intérêts des nomades et ceux des sédentaires sont aussi opposés, que le sont ceux du chasseur et du gibier ; le premier ayant un intérêt évident à manger le second, et le second un intérêt non moins évident à ne pas être mangé par le premier. Mais la nécessité, cet éternel et puissant facteur de toutes les institutions humaines, est rapide­ment arrivée à concilier, du moins chez les Arabes, ces intérêts si contraires. Les sédentaires achètent la protection des nomades, moyennant une redevance annuelle, et les nomades protègent les sédentaires afin d'être sûrs de toucher ce tribut. Cela revient, pour les premiers, à abandonner une partie de leur récolte pour sauver le reste. C'est, sous une autre forme, exactement ce que fait l'homme civilisé, qui donne à une compagnie d'assurance une somme représentant une partie de sa récolte pour la garantir, et au gouvernement une autre partie de la même récolte pour entretenir les gendarmes, les juges et les divers fonctionnaires chargés de la protéger. Les Arabes dont je parle n'ayant pas de gouvernement capable d'entretenir une police et une armée pour empêcher les déprédations, préfèrent entretenir les déprédateurs. Le résultat est identique et les frais ne sont pas plus lourds.

En échange de la redevance versée par chaque village aux tribus nomades voisi­nes, ces dernières deviennent les alliées des sédentaires et sont prêtes à les protéger contre les autres nomades qui pourraient les attaquer ; mais le fait se présente rare­ment, aucune tribu ne se souciant de s'attirer une guerre où elle aurait peu à gagner en attaquant un village protégé par une autre tribu.

Les habitations des sédentaires du Haouran sont à peu près les mêmes que celles qu'on rencontre en Syrie. Chaque maison comprend la partie réservée aux étrangers et celle réservée à la famille, plus des dépendances diverses, cours, écuries, etc. Les toitures sont disposées généralement en terrasse. La charpente est en bois, les murs en pisé. Le mobilier consiste en nattes sur lesquelles on s'étend pour dormir.

Demeures - Laissant de côté maintenant ce qui concerne la vie sociale des Arabes que j'ai pris pour exemple, je dirai quelques mots de ce qui a rapport à la vie domes­tique : demeure, nourriture, costumes, etc., des Arabes sédentaires des campagnes de diverses contrées.

Les maisons des populations arabes des classes moyennes et inférieures sont parfois d'une simplicité extrême et diffèrent beaucoup, à ce point de vue, des maisons luxueuses des Arabes aisés que nous décrirons dans notre prochain chapitre.

Leur disposition générale est la même dans tout l'Orient ; mais dans les pays où se fait sentir l'influence européenne, elles perdent beaucoup de leur style primitif. Il faut aller dans certains villages de la Syrie, de l'Algérie ou du Maroc, pour retrouver ces maisons blanches carrées à terrasse, ayant la forme d'un cube percé d'étroites ouvertures et qui, lorsqu'elles sont entourées de palmiers, ont un aspect oriental si caractéristique.



Les éléments de construction de ces demeures : pierre, mortier, etc., varient natu­rellement suivant les matériaux que l'on trouve dans le pays et les nécessités du milieu. C'est ainsi que toutes les maisons des Arabes des bords du Nil sont construites uniquement avec le limon de ce fleuve. Elles sont édifiées simplement avec des briques faites d'un mélange de paille hachée et de limon séché au soleil. Leur hauteur dépasse rarement 3 mètres ; une très étroite ouverture leur donne accès. Celles des fellahs les plus pauvres n'ont qu'une porte pour toute ouverture. Celles des individus aisés se composent de plusieurs pièces, ou même de plusieurs constructions séparées : maison d'habitation, étables, pigeonniers, etc. Le tout est entouré d'un mur en pisé blanchi à la chaux. Des nattes, et rarement un divan, constituent tout l'ameublement. Les habits sont pendus aux murs. Les nattes et couvertures sur lesquelles on a couché sont roulées tous les matins, et placées sur des étagères pratiquées dans le mur. Au-dessus de la maison existe généralement une terrasse.

Dans l’édition papier de 1980

apparait à la page 267

la figure # 168

Arabes nomades faits prisonniers aux environs de Tunis ; d'après une photographie.

téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales
section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) :
La civilisation des Arabes (1884).

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Je ferais remarquer en passant, que toutes les habitations arabes de l'Égypte, et le pigeonnier notamment, ont avec les anciennes constructions pharaoniques un air de parenté frappant, et il m'est fréquemment arrivé de prendre de loin ces pigeonniers, grands parfois comme des maisons européennes, et les dépendances qui les entourent, pour les ruines de quelque temple. Le pigeonnier a tout à fait la forme du pylône, et les habitations ont la même tendance à la forme pyramidale qui semble la loi architec­tonique de l'ancienne Égypte. C'est, du reste, le seul exemple qu'on puisse citer de l'influence de cette dernière sur l'architecture musulmane mais cet exemple perd toute valeur lorsqu'on sait que les populations des rives du Nil descendent des anciens Égyptiens beaucoup plus que des Arabes.

Alimentation - La nourriture des Arabes dans les classes pauvres se borne à des galettes minces de pain et quelques légumes et fruits : bananes, figues et dattes notamment. Dans les classes plus aisées, elle est plus variée et comprend souvent de la viande. Le plat national, en Égypte, est le pilau, poulet découpé en morceaux et entouré de riz. En Algérie, c'est le kouskoussou, pate de farine de blé granulée mélan­gée de diverses viandes, le mouton surtout.

L'Arabe le plus pauvre, fût-ce un simple nomade, fera toujours de grands frais pour recevoir un étranger. Les plats, généralement alors assez nombreux, sont servis sur un grand plateau de cuivre autour duquel on s'accroupit. Comme il n'y a ni cuillers ni fourchettes, chacun plonge la main dans le tas et en extrait ce qu'il peut. Généra­lement la viande est d'avance découpée, et on prend plusieurs morceaux sur diverses assiettes qu'on roule dans la paume de la main de façon à en faire une boulette. C'est une grande politesse d'offrir cette boulette à son invité, et ce serait une impolitesse non moins grande que de la refuser. J'avoue cependant que quand la boulette a été préparée par un Bédouin, peu respectueux des prescriptions du Coran relatives aux ablutions, elle constitue une pilule d'une digestion un peu lourde. Le repas terminé, on apporte à chaque invité un bassin plein d'eau pour se laver les mains.

La cuisine arabe est assez primitive, cependant j'ai eu l'occasion d'assister à des diners arabes où j'ai remarqué plusieurs plats qui m'étaient complètement inconnus et n'auraient pas déparé une table européenne, notamment diverses patisseries et crèmes fort bien confectionnées. Du reste, pour toutes les sucreries, confitures et produits analogues, les Arabes sont très habiles.

La boisson habituelle des musulmans est l'eau, mais ils boivent souvent en Orient, sans trop se cacher, le raki, sorte d'eau-de-vie de dattes mélangée de mastic. Je n'ai pas besoin d'ajouter que dans les repas arabes les femmes et les hommes mangent séparément. Quand l'Arabe est seul chez lui, le père de famille est respectueusement servi par ses femmes et ses filles, qui ne mangent que quand il a terminé.

Dans l’édition papier de 1980

apparait à la page 269

la figure # 169

Femmes bédouines des environs de Baallbeck (Syrie) ; d'après une photographie.

téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales
section Auteurs classiques : Gustave Le Bon (1841-1931) :
La civilisation des Arabes (1884).

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Costumes. - Lorsqu'on suit dans un journal illustré quelconque les variations du costume, en Europe seulement, depuis un siècle, on constate des transformations qui donnent une singulière opinion de la mobilité des idées européennes et des alterna­tives bizarres que peut subir le goût à certains moments. Si nous étudions, au contraire, les changements de costumes chez les Arabes depuis douze siècles, nous rencontrons une uniformité qui suffirait déjà, à défaut d'autres preuves, à révéler à l'observateur la force des traditions dans cette race. Sans doute le costume des maho­métans est loin d'être identique dans toutes les parties de l'Afrique, de l'Égypte, de la Syrie et de l'Arabie ; mais sous la variété des formes, il est facile de constater une grande parenté. L'habillement se ramène toujours à une robe et à un manteau. Ce dernier est bleu ou noir en Égypte, blanc en Algérie, à raies blanches et noires en Syrie, etc.

La coiffure est peut-être ce qui a le plus varié et cependant ces variations sont comprises dans les limites bien étroites. En Égypte, on trouve le fez et le turban, en Syrie le kouffiéh, mouchoir à couleurs vives attaché autour de la tête avec une corde de poil de chameau, en Algérie le voile blanc fixé également par une corde de même nature.

Le costume des femmes ne présente de variété que dans les classes aisées. Dans les classes pauvres, il se compose généralement d'une longue robe de toile serrée à la ceinture et d'un voile qui cache les traits et ne laisse voir que les yeux. La robe est, en Égypte, une simple tunique de coton bleu sans traces de corset ou d'éléments analo­gues. Ces artifices sont inconnus et au surplus inutiles dans tout l'Orient. Les paysannes des bords du Nil ont cependant, malgré cette toilette bien sommaire, une démarche fière et majestueuse qui fait songer aux allures des déesses de la Grèce antique et frappe d'admiration les artistes. Quand on les voit s'avancer gravement, la poitrine bombée, les épaules effacées, portant gracieusement sur la tête une amphore ; on ne peut s'empêcher de songer que nos couturiers les plus habiles n'ont jamais réussi, avec leurs plus coûteux artifices, à donner à une Européenne une allure sem­blable.

Pour ne pas avoir à revenir sur ce qui concerne le costume lorsque j'étudierai les Arabes des villes, j'ajouterai que, dans les classes les plus aisées, les vêtements sont plus compliqués mais toujours fort gracieux : chemises de soie ou de gaze, petites vestes brodées d'or, larges pantalons, etc. Lorsque les femmes sortent, le corps est toujours recouvert d'un long manteau et la figure d'un voile.

Il serait inutile, du reste, d'insister davantage sur ce qui concerne le costume chez les Arabes. Les nombreuses gravures disséminées dans cet ouvrage sont préférables à toutes les explications. Qu'il s'agisse de costumes, de types, de monuments, de choses quelconques susceptibles d'être représentées, c'est en les représentant, bien plus qu'en les décrivant, que j'espère réussir à évoquer devant le lecteur l'image fidèle de ce monde oriental, si différent du nôtre et auquel on ne peut songer sans voir surgir dans l'esprit une lumineuse vision de formes séduisantes et de couleurs éclatantes.






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