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Objectifs généraux du cours pratique d’interprétation des textes littéraires

la littérature

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Objectifs généraux du cours pratique d’interprétation des textes littéraires:

AprÈs avoir parcouru ce module, les stagiaires seront capables de:

Ø      Prendre conscience de l’unité d’un texte littéraire.

Ø      Situer le texte dans l’œuvre littéraire dont il fait partie, l’œuvre dans l’ensemble de la création de l’auteur respectif, l’auteur dans son époque.

Ø      Caractériser l’ensemble de l’œuvre littéraire de l’auteur, tenant compte des éléments significatifs de sa vie.

Ø      Caractériser l’œuvre  dont le fragment analysé fait partie, en détachant la caractéristique dominante.

Ø      Analyser un fragment d’une œuvre littéraire, identifié en tant que texte.

IÈre INTERPRÉTATION

Buts: faire connaitre aux étudiants la qualité de Corneille de rendre d’une maniÈre saisissante un épisode épique dans le cadre d’une tragédie.

Objectifs: AprÈs avoir parcouru le texte de Corneille, les étudiants seront capables de satisfaire les objectifs suivants:

Ø            distinguer, dans le cadre d’un texte dramatique, un fragment épique digne d’un roman d’aventure.  

Ø            se rendre compte de la nécessité de cet épisode dans la tragi-comédie du Cid.

Ø            reconnaitre  les moyens auxquels Corneille a recours pour rendre magistralement une scÈne de bataille au Moyen Age.

Pierre Corneille

Le Cid

 Le récit de  la bataille 

Rodrigue a organisé de sa propre initiative la riposte contre les Maures, sans consulter le roi auquel revenait la décision d’engager le combat et l’honneur de commander les troupes. Une nouvelle fois, donc, l’enthousiasme et la passion nobiliaire s’exercent au détriment de l’autorité monarchique. Toutefois, sitôt la victoire acquise, Rodrigue s’empressera de venir présenter ses excuses à don Fernand :     

                            « Mais, Sire, pardonnez à ma témérité,

                              Si j’osai l’employer sans votre autorité. »

(Acte IV, scÈne 3)

Tout auréolé de gloire, Rodrigue peut alors raconter le combat.


 « Sous moi donc cette troupe s’avance,

Et porte sur le front un male assurance.

Nous partimes cinq cents; mais par un prompt renfort,

Nous vimes trois mille en arrivant au port,

Tant, à nous voir marcher avec un tel visage,

Les plus épouvantés reprenaient de courage!

J’en cache les deux tiers, aussitôt qu’arrivés,

Dans le fond des vaisseaux qui lors furent trouvés;

Le reste dont le nombre augmentait à toute heure,

BrÛlant d’impatience, autour de moi demeure,

Se couche contre terre, et sans faire aucun bruit

Passe une bonne part d’une si belle nuit.

Par mon commandement la garde en fait de mÊme,

Et se tenant caché, aide à mon stratagÈme;

Et je ne feins hardiment d’avoir reçu de vous

L’ordre qu’on me voit suivre et que je donne à tous.

Cette obscure clarté qui tombe des étoiles

Enfin avec le flux nous fait voir trente voiles;

L’onde s’enfle en dessous, et d’un commun effort

Les Maures et la mer montent jusques au  port.

On les laisse passer; tout leur parait tranquille;

Point de soldats au port, points au mur de la ville.

Notre profond silence abusant leurs esprits,

Ils n’osent plus douter de nous avoir surpris;

Ils abordent sans peur, ils ancrent, ils descendent,

Et courent se livrer aux mains qui les attendent.

Nous nous levons alors, et tous en mÊme temps

Poussons jusques au ciel mille cris éclatants.

Les nôtres, à ces cris, de nos vaisseaux répondent;

Ils paraissent armés, les Maures se confondent,

L’épouvante les prend à demi descendus;

Avant que de combattre ils s’estiment perdus.

Ils couraient au pillage, et rencontrent la guerre; 

Nous les pressons sur l’eau, nous les pressons sur terre,

Et nous faisons courir des ruisseaux de leur sang,

Avant qu’aucun résiste ou reprenne son rang.

Mais bientôt, malgré nous, leurs princes les rallient,

Leur courage renait, et leurs terreurs s’oublient:

La honte de mourir sans avoir combattu

ArrÊte leur désordre, et leur rend leur vertu.

Contre nous de pied ferme ils tirent leurs alfanges;

De notre sang au leur font d’horribles mélanges 

Et la terre, et le fleuve, et leur flotte, et le port,

Sont des champs de carnage oÙ triomphe la mort.

Ô combien d’actions, combien d’exploits célÈbres

Sont demeurés sans gloire au milieu des ténÈbres,

OÙ chacun, seul témoin des grands coups qu’il donnait,

Ne pouvait discerner oÙ le sort inclinait!

J’allais de tous côtés encourager les nôtres,

Faire avancer les uns et soutenir les autres,

Ranger ceux qui venaient, les pousser à leur tour,

Et ne l’ai pu savoir jusques au point du jour.

Mais enfin sa clarté montre notre avantage;

Le Maure voit sa perte, et perd soudain courage:

Et voyant un renfort qui nous vient secourir,

L’ardeur de vaincre cÈde à la peur de mourir.

Ils gagnent leurs vaisseaux, ils en coupent les cables,

Poussent jusqu’aux cieux des cris épouvantables,

Font retraite en tumulte, et sans considérer

Si leurs rois avec eux peuvent se retirer.

Pour souffrir ce devoir leur frayeur est trop forte;

Le flux les apporta, le reflux les remporte;

Cependant que leurs rois, engagés parmi nous,

Et quelque peu des leurs, tous percés de nos coups,

Disputent vaillamment et vendent bien leur vie.

A se rendre moi-mÊme en vain je les convie:

Le cimeterre au poing ils ne m’écoutent pas;

Mais voyant à leurs pieds tomber tous leurs soldats,

Et que seuls désormais en vain ils se défendent,

Ils demandent le chef; je me nomme, ils se rendent.

Je vous les envoyai tous deux en mÊme temps;

Et le combat cessa faute de combattants.

              (Corneille, Le Cid, acte IV, scÈne 3)


Test d’autoévaluation

1.   Quels sont la nature et le sujet du morceau?       

2.       A qui s’adresse Rodrigue?  Pourquoi Rodrigue n’avait-il pas sollicité du roi l’autorisation de marcher contre les Maures?

3.       Résumez l’action et indiquez-en les principaux caractÈres.

4.   La bataille a-t-elle lieu le jour ou bien la nuit? Combien de temps dure-t-elle?

5.       Essayez d’indiquer, d’aprÈs le récit, les traits dominants du caractÈre de Rodrigue.

6.       Les différentes parties du morceau correspondent aux péripéties de l’action.         Distinguez- les et montrez que ces parties sont étroitement unies.

7.       Essayez de faire ressortir les qualités du style dans ce récit.

Pistes de recherche:

Développez l’idée qui démontre que la querelle qui oppose Don DiÈgue au Comte déborde largement les limites d’un litige ordinaire et exprime, en effet, le conflit entre l’honneur aristocratique et l’autorité de l’Etat.

Expliquez ce conflit par les réalités historiques concrÈtes de la France au XVIIe siÈcle.

                                               

NOTES  PERSONNELLES

IIe INTERPRÉTATION

Buts: faire connaitre aux étudiants, par l’intermédiaire du fragment ci-dessous, le conflit « bourreau – victime », qui se retrouve toujours au centre des tragédies raciniennes.    

Objectifs: AprÈs avoir parcouru le texte de Racine, les étudiants seront capables de satisfaire aux objectifs suivants:

Ø      situer le fragment dans l’ensemble de la tragédie, en en reconnaissant l’importance;

Ø      distinguer et comprendre les sens qui se cachent derriÈre les mots;

Ø      faire comprendre aux autres leurs émotions esthétiques.       

  Jean Racine

PhÈdre

 PhÈdre au labyrinthe

 

La nouvelle de la mort de Thésée incite PhÈdre, qui a déjà avoué sa passion à Œnone, sa nourrice, à solliciter un entretien d’Hippolyte. Se dupant elle mÊme, elle ne doit, au cours de l’entrevue, que recommander à la bienveillance d’Hippolyte, nouveau souverain, le jeune enfant qu’elle a eu de Thésée. Elle ignore d’ailleurs qu’Hippolyte vient de déclarer son amour à Aricie.

         Dans la premiÈre partie de la scÈne, PhÈdre, en proie à une sorte de délire, a déjà substitué à l’image de Thésée, qu’elle croit mort, celle d’Hippolyte présent, et a fallu avouer son amour coupable. Malgré la «mise au point» d’un Hippolyte qui n’ose comprendre:

                                             Je vois de votre amour l’effet prodigieux.

                                  Tout mort qu’il est, Thésée est présent à vos yeux ;

                                  Toujours de son amour votre ame est embrasée…     

                                                                                                                            (Acte II, scÈne 5)

            PhÈdre ne peut échapper à la fatalité de son aveu.


PhÈdre

Oui, Prince, je languis, je brÛle pour Thésée.

Je l’aime, non point tel que l’ont vu les enfers,

Volage adorateur de mille objets divers,

Qui va de Dieu des morts déshonorer la couche;

Mais fidÈle, mais fier, et mÊme un peu farouche,

Charmant, jeune, trainant tous les cœurs aprÈs soi,

Tel qu’on dépeint nos Dieux, ou tel que je vous vois.

Il avait votre port, vos yeux, votre langage,

Cette noble pudeur colorait son visage,

Lorsque de notre CrÈte il traversa les flots,

Digne sujet des vœux des filles de Minos.

Que faisiez-vous alors? Pourquoi, sans Hippolyte,

Des héros de la GrÈce assembla-t-il l’élite?

Pourquoi, trop jeune encor, ne pÛtes-vous alors

Entrer dans le vaisseau qui le mit sur nos bords?

Par vous aurait péri le monstre de la CrÈte,

Malgré tous les détours de sa vaste retraite.

Pour en développer l’embarras incertain,

Ma sœur du fil fatal eÛt armé votre main.

Mais non, dans ce dessein je l’aurais devancée,

L’amour m’en eut d’abord inspiré la pensée.

C’est moi, prince, c’est moi, dont l’utile secours

Vous eÛt du Labyrinthe enseigné les détours.

Que de soins m’eÛt coÛté cette tÊte charmante!

Un fil n’eÛt point assez rassuré votre amante.

Compagne du péril qu’il vous fallait chercher,

Moi-mÊme devant vous j’aurais voulu marcher;

Et PhÈdre au Labyrinthe avec vous descendue

Se serait avec vous retrouvée, ou perdue.

Hippolyte

Dieux! Qu’est-ce que j’entends? Madame,

oubliez-vous

Que Thésée est mon pÈre, et qu’il est votre époux ?

PhÈdre

Et sur quoi jugez-vous que j’en perds le mémoire,

Prince? Aurais-je perdu tout le soin de ma gloire?

Hippolyte

Madame, pardonnez. J’avoue, en rougissant,

Que j’accusais à tort un discours innocent.

Ma honte ne peut plus soutenir votre vue;

Et je vais…

PhÈdre

                Ah! Cruel, tu m’as trop entendue.

 Je t’en ai dit assez pour te tirer d’erreur.

Hé bien! Connais donc PhÈdre et toute sa fureur.

 J’aime. Ne pense pas qu’au moment que je t’aime,

 Innocente à mes yeux, je m’approuve à moi-mÊme;

Ni que du fol amour qui trouble ma raison

Ma lache complaisance ait nourri le poison.

 Objet infortuné des vengeances célestes,

 Je m’abhorre encor plus que tu ne me détestes.

Les Dieux m’en sont témoins, ces Dieux qui dans mon flanc

 Ont allumé le feu fatal à tout mon sang;

 Ces Dieux qui se sont fait une gloire cruelle

De séduire le cœur d’une faible mortelle.

Toi-mÊme en ton esprit rappelle le passé.

 C’est peu de t’avoir fui, cruel, je t’ai chassé.

 J’ai voulu  paraitre odieuse, inhumaine;

Pour mieux résister, je t’ai cherché ta haine.

De quoi m’ont profité mes inutiles soins?

Tu me haÏssais plus, je ne t’aimais pas moins.

Tes malheurs te prÊtaient encor de nouveau charmes,

 J’ai langui, j’ai séché, dans les feux, dans les larmes.

Il suffit de tes yeux pour t’en persuader,

 Si tes yeux un moment pouvaient me regarder.

 Que dis-je? Cet aveu que je te viens de faire,

 Cet aveu si honteux, le crois-tu volontaire?

Tremblante pour un fils que je n’osais trahir,

 Je te venais prier de ne le point haÏr.

Faibles projets d’un cœur trop plein de ce qu’il aime!

Hélas! Je ne t’ai pu parler que de moi-mÊme!

Venge-toi, punis-moi d’un odieux amour.

Digne fils du héros qui t’a donné le jour,

Délivre l’univers d’un monstre qui t’irrite.

La veuve de Thésée ose aimer Hippolyte!

Crois-moi, ce monstre affreux ne doit point                         t’échapper.

Voilà mon cœur. C’est là que ta main doit frapper.

 Impatient déjà d’expier son offense,

 Au-devant de ton bras je le sens qui s’avance.

Frappe. Ou si tu le crois indigne de tes coups,

Si ta haine m’envie un supplice si doux,

Ou si d’un sang trop vil ta main serait trempée,

Au défaut de ton bras prÊte moi ton épée.

Donne.

Œnone 

Que faites-vous, Madame? Justes Dieux!

Mais on vient. Évitez les témoins odieux;

Venez, rentrez, fuyez une honte certaine.

            (RACINE, PhÈdre, Acte II, scÈne 5)


Test d’autoévaluation

1.       Quelles sont les étapes du délire de PhÈdre? Étudiez dans le détail le jeu de substitution des personnes.

2.       Les sentiments de PhÈdre pour Hippolyte: la passion ne se teint-t-elle pas d’amour maternelle? A-t-elle conscience de la nature incestueuse de ses sentiments?

3.       Expliquez  la valeur symbolique du labyrinthe.

4.       Quel est le sens de l’intervention d’Hippolyte?

5.       La réaction de PhÈdre, comment peut-elle Être expliquée sur le plan psychologique?

6.       Soulignez la force et la sobriété de l’aveu, tout en insistant sur la complexité des conflits intérieurs dont souffre PhÈdre.

7.       Quel est le rôle que les dieux jouent dans le déchirement de PhÈdre? Quelle dimension nouvelle leur intervention confÈre-t-elle à cette scÈne?

8.       Quel plaisir PhÈdre prenait-elle en persécutant Hippolyte? En quel sens la haine du jeune homme aurait-elle pu le combler?

9.       Montrez comment PhÈdre ressent sa culpabilité, et en abordant le thÈme du fils,  soulignez combien sa lucidité est tragique.

10.   En quel sens peut-on parler de sadomasochisme dans le cas de PhÈdre? Commentez la nouvelle évocation du thÈme du monstre et montrez comment le début de la déclaration  et mise sous un autre jour.

11.   Quelle est la valeur symbolique du geste de PhÈdre s’emparant de l’épée d’Hippolyte?

12.   Commentez l’intervention d’Œnone  en ce qu’elle a de commun, de prosaÏque.

Pistes de recherche:

Examiner les différences entre le fatum des tragédies antiques et la fortune des tragédies raciniennes.   

NOTES  PERSONNELLES

IIIe INTERPRÉTATION

Buts: Faire connaitre aux étudiants le roman français du XVIIe siÈcle, en passant dans la revue les représentants de la prose française de l’époque.     

Objectifs: AprÈs avoir parcouru et interprété le texte de Mme de La Fayette, les étudiants   seront capables de satisfaire aux objectifs suivants:

Ø      situer le fragment dans l’ensemble du roman, en relevant son importance;

Ø      faire ressortir les similitudes entre les monologues de tragédie -  examen de conscience, contradiction, jalousie, trouble pathétique – et tout le « répertoire » de  Mme de La Fayette;

Ø      inscrire ce chef d’œuvre dans l’histoire universelle du roman. 

Mme de La Fayette

La princesse de ClÈves

La Princesse de ClÈves, parue anonymement en 1678, ne constitue qu’une petite partie de l’œuvre de Mme de La Fayette, mais sa publication fut aussitôt perçue comme un événement. Ce succÈs fut alimenté par des discussions littéraires assez vives: des commentaires parurent, oÙ étaient posés divers sujets de débat, sur la vraisemblance de la situation, sur les personnages, sur le style utilisé, sur l’histoire ou sur les principes éthiques, etc. Ces controverses contribuÈrent  à faire du livre le premier roman du XVIIe siÈcle resté vivant, comme si l’abondante et confuse production romanesque qui le précédait ne semblait plus qu’un vaste brouillon avant ce chef-d’œuvre qui en faisait la synthÈse. Aujourd’hui encore, la critique est divisée: a-t-on affaire à une narration toute classique, oÙ l’esprit s’affranchit du corps, oÙ l’idée commande, ou bien à une histoire sensuelle et habitée de symboles furtifs et ambigus? Cette équivoque est tout l’intérÊt du roman: dans la cour brillante et exclusive des Valois, les Êtres se frôlent et s’esquivent, s’espionnent et se consument poliment.

En tout cas  La Princesse de ClÈves met un terme au roman pompeux et fabuleux. C’est une littérature nouvelle qui commence, qui a pris le meilleur de ce qui s’était écrit jusque-là: cadre historique vraisemblable, subtilité analytique héritée des Précieux, vérité morale, progression de l’action digne d’une tragédie, etc. Dans l’histoire du roman, ce livre fait sÛrement  date,  au moins pour avoir su intégrer dans le genre romanesque une distinction de psychologue qu’on ne trouvait auparavant que chez des auteurs de maximes ou de recueils moralistes.

«La magnificence et la galanterie n’ont jamais paru en France avec tant d’éclat que dans les derniÈres années du rÈgne de Henri second.»  La premiÈre phrase du roman est un éloge implicite des années 1550. La cour ne semble fréquenté que par des seigneurs «beaux et bien faits» et «il semblait que la nature eÛt  pris plaisir à placer ce qu’elle donne de plus beau dans les grandes princesses». La vie autour du roi n’est que ballets, chasses, jeux de paume et autres divertissements. Ces fÊtes entre personnes désirables et galantes rendent possible la rencontre, mais supposent aussi un climat d’étiquette et d’ostentation, oÙ chacun est épié. Le jeu amoureux est à la fois suscité et perfidement surveillé. Luxueuse et malveillante, la cour est un lieu à la fois réaliste et fabuleux, oÙ rÈgnent les favoris et les maitresses, agitée de clans et de médisances.  Le lecteur semble invité à idéaliser ce passé ornemental et brillant, tout en devinant, cachées sous les conventions, des relations humaines fardées et impitoyables. L’histoire permet  ainsi de créer une distance oÙ subsiste une sorte de merveilleux, mais elle n’interdit pas d’y déceler une étude de mœurs que les contemporains de Mme de La Fayette pouvaient prendre pour eux. La fiction n’est pas seulement l’occasion d’un rÊve nostalgique. Elle nous rend proche de héros qui nous ressemblent.

Mme de La Fayette ne manque pas l’occasion de noter: « Si vous jugez  sur les apparences en ce lieu-ci, vous serez souvent trompée: ce qui parait n’est presque jamais la vérité.» Puisque la cour est un monde de dissimulation et de curiosité, les personnages ne cessent de se contrôler et de faire taire leurs émotions, qui pourtant les occupent tout entiers. Condamné à la discrétion, chacun se refuse à la confidence. Réduit à suspecter tout le monde et à percer les desseins cachés d’autrui le héros choisit de s’isoler pour raisonner, réfléchir pour lui-mÊme,  reconstituer le cours des événements. Son analyse est à la fois rétrospective et introspective, consécutive à une «affliction» ou à un «trouble». Ces monologues intérieurs favorisent l’effacement du narrateur, qui reste un peu en recul. La subjectivité devient envahissante, et l’écriture rappelle souvent celle de l’autobiographie. Ce ton neutre ne doit pas faire oublier les discrÈtes interventions de l’auteur, sous forme de généralisations ou de maximes: psychologie et morale sont ici indissociables.     

(La princesse de ClÈves veut rester fidÈle à son mari, qu’elle estime. Elle sent pourtant son amour pour le duc de Nemours à cause de l’intérÊt excessif qu’elle manifeste à l’égard de tout ce qui le concerne. En particulier elle est prise de jalousie, à propos d’une lettre d’amour qu’elle croie adressée au duc de Nemours. Celui-ci pourra se disculper. Mais la princesse découvre à cette occasion la force de ses sentiments pour le duc et s’analyse.)

Mme de ClÈves demeura seule, et sitôt qu’elle ne fut plus soutenues par cette joie que donne la présence de ce que l’on aime, elle revint comme d’un songe; elle regarda avec étonnement le prodigieuse différence de l’état oÙ elle était le soir d’avec celui oÙ elle se trouvait alors; elle se remit devant les yeux l’aigreur et la froideur qu’elle avait fait paraitre à M. de Nemours, tant qu’elle avait cru que la lettre de Mme de Thémines s’adressait à lui; quel calme et quelle douceur avaient succédé à cette aigreur, sitôt qu’il l’avait persuadé que cette lettre ne le regardait pas.  Quand elle pensait qu’elle s’était reproché comme un crime, le jour précédent, de lui avoir donné des marques de sensibilité que la seule compassion pouvait avoir fait naitre et que, par son aigreur, elle lui avait fait paraitre des sentiments de jalousie qui étaient des preuves certaines de passion, elle ne se reconnaissait plus elle-mÊme. Quand elle pensait encore que M. de Nemours  voyait bien qu’elle connaissait son amour, qu’il voyait bien aussi que, malgré cette connaissance, elle ne le traitait pas plus mal en présence de mÊme de son mari, qu’au contraire elle ne l’avait jamais regardé si favorablement, qu’elle était cause que M. de ClÈves l’avait envoyé quérir et qu’ils venaient de passer une aprÈs-diner ensemble en particulier, elle trouvait qu’elle était d’intelligence avec M. de Nemours, qu’elle trompait le mari du monde qui méritait le moins d’Être trompé, et elle était honteuse de paraitre si peu digne d’estime aux yeux mÊme de son amant. Mais, ce qu’elle pouvait moins supporter que tout le reste, était le souvenir de l’état oÙ elle avait passé la nuit, et les cuisantes douleurs que lui avaient causées la pensée que M. de Nemours aimait ailleurs et qu’elle était trompée.

Elle avait ignoré jusqu’alors les inquiétudes mortelles de la défiance et de la jalousie; elle n’avait pensé qu’à se défendre d’aimer M. de Nemours et elle n’avait point encore commencé à craindre qu’il en aimat une autre. Quoique les soupçons que lui avait donnés cette lettre fussent effacés, ils ne laissÈrent pas de lui ouvrir les yeux sur le hasard d’Être trompée et de lui donner des impressions de défiance et de jalousie qu’elle n’avait jamais eues.  Elle fut étonnée de n’avoir point encore pensé combien il était peu vraisemblable qu’un homme comme M. de Nemours, qui avait toujours fait paraitre tant de légÈreté parmi les femmes, fÛt capable d’un attachement sincÈre et durable. Elle trouva qu’il était presque impossible qu’elle pÛt Être contente de sa passion. Mais quand je le pourrais Être, disait-elle, qu’en veux-je faire? Veux-je la souffrir? Veux-je y répondre? Veux-je m’engager dans une galanterie? Veux-je manquer à M. de ClÈves? Veux-je me manquer à moi-mÊme? Et veux-je enfin m’exposer aux cruels repentirs  et aux mortelles douleurs que donne l’amour? Je suis vaincue et surmontée par une inclination qui m’entraine malgré moi. Toutes mes résolutions sont inutiles; je pensai hier tout ce que je pense aujourd’hui et je fais aujourd’hui tout le contraire de ce que je résolus hier. Il faut m’arracher  de la présence de M. de Nemours; il faut m’en aller à la campagne, quelque bizarre que puisse paraitre mon voyage ; et si M. de ClÈves s’opiniatre à l’empÊcher ou à en vouloir savoir les raisons, peut-Être lui ferai-je le mal, et à moi-mÊme aussi, de les lui apprendre. Elle demeura dans cette résolution et passa tout le soir chez elle.

                                                            Mme de La Fayette, La princesse de ClÈves, troisiÈme partie

La plupart des œuvres théatrales  du XVIIe siÈcle ont le mÊme sujet: deux Êtres qui s’aiment malgré un interdit, celui des parents, chez MoliÈre, celui d’un pouvoir jaloux chez Racine. Ce thÈme permet de réfléchir à tous les problÈmes du libre sentiment face aux exigences de la société. L’intrigue de La princesse de ClÈves se fonde sur le mÊme schéma: M. de ClÈves (A) aime son épouse Mme de ClÈves (B) qui M. de Nemours (C) et est aimé de lui.  Mais ce qui est original dans le roman, c’est que l’obstacle est tout intérieur. Mme de ClÈves respecte son mari et veut lui rester fidÈle. Ce sens de son devoir la conduira à avouer ses sentiments à M. de ClÈves et surtout à refuser le bonheur qui s’ouvre naturellement à elle dÈs lors qu’elle sera veuve. Il est vrai que ce scrupule final peut Être considéré comme  provoqué par le prince mourant qui dénonce la trahison de son épouse et se plaint de mourir à cause d’elle. L’avenir sans remords est devenu, de cette maniÈre, impossible. Ce récit, contrairement à ce qui se passe sur la scÈne tragique, n’a rien d’irréel ou de délirant. Une femme s’intéresse à un autre homme que son époux, lequel en meurt de chagrin. Pas de violence, pas de dieu vengeur, pas de vraie faute inexpiable.  Cette aventure est d’autant plus terrible qu’elle est quasi-réaliste, sans providence, ni pardon, sans innocent, ni coupable. Dans la tragédie, on sait trÈs bien qui est haÏssable ou responsable. Ici, tout le monde a raison et, malgré tout, le doute s’installe. Fallait-il tout avouer à son mari? Pourquoi renoncer, aprÈs son décÈs, à un mariage légitime? Cette indécision laisse le lecteur flottant, vaguement déçu, d’autant plus que le style de l’auteur reste compassé, modéré, intelligent, raisonnable, sans jamais déborder dans le pathétique. A la fin, ce qui reste c’est une impression de d’amertume, de lassitude et de désillusion. Cette belle et jeune princesse, sincÈre et honnÊte, s’est doucement déréglée et se sacrifie finalement à un idéal que personne n’exige vraiment d’elle. Jamais Dieu n’a été aussi caché que dans ce roman « paradoxal », à la morale brumeuse.

Test d’autoévaluation

1.       Etudiez le mouvement de cette méditation, de ce retour à soi, qui vient aprÈs un aprÈs-midi passé avec le duc de Nemours, dans la joie et le bonheur. Comment est-elle provoquée? Montrez la progression dans le passage narratif jusqu’à l’apparition du «je»: ce passage au style direct récapitule le cheminement sinueux de la pensée.



2.       Les sentiments exprimés sont complexes et la sincérité de la princesse n’est pas nette. Observez, par exemple, sa façon de s’accuser qui semble volontairement excessive; ses sentiments à l’égard de son mari; les raisons qui la prépare à tout lui avouer. Cette sorte de mauvaise foi – qui fut tant discutée au XVIIe siÈcle – est d’autant plus sensible que l’héroÏne continue à se considérer la seule femme digne du duc de Nemours.

Pistes de recherche:

Nous sommes trÈs proches d’un monologue de tragédie: examen de conscience, contradiction, jalousie, trouble pathétique, etc. On a beaucoup comparé Mme de La Fayette à Racine. Faite-le vous aussi, en vous aidant de ce que vous apprend cette page.  

IVe INTERPRÉTATION

Buts: Faire connaitre aux étudiants les sources du comique chez MoliÈre, partant du fragment de comédie à analyser.  

Objectifs: AprÈs avoir parcouru et interprété le fragment de la comédie de MoliÈre, les étudiants seront capable de:

Ø            distinguer les sources du comique chez MoliÈre;

Ø            encadrer une comédie (farce, comédie de caractÈre) selon les procédées comiques auxquels l’auteur recourt;

Ø            analyser un fragment d’une œuvre littéraire identifié en tant que texte.

MoliÈre

    Le Tartuffe

                                          

« Le pauvre homme » 


Orgon

            Ah! Mon frÈre, bonjour.

Cléante

Je sortais, et j’ai joie à vous voir de retour:

La campagne à présent n’est pas beaucoup fleurie.

Orgon

(à Cléante)

Dorine… Mon beau-frÈre, attendez, je vous prie.

Vous voulez bien souffrir, pour m’ôter de souci,

Que je m’informe un peu des nouvelles d’ici?

(à Dorine)

Tout s’est-il, ces deux jours, passé de bonne sorte?

Q’est-ce qu’on fait céans? Comme est-ce qu’on s’y porte?

Dorine

Madame eut avant hier la fiÈvre jusqu’au soir,

Avec mal de tÊte étrange à concevoir.

Orgon

Et Tartuffe?

Dorine

                            Tartuffe? Il se porte à merveille,

Gros et gras, le teint frais et la bouche vermeille.

Orgon

Le pauvre homme!

Dorine

                            Le soir elle eut un grand dégoÛt

Et ne put au souper toucher à rien de tout,

Tant sa douleur de tÊte était encor cruelle.

Orgon

Et Tartuffe?

Dorine

                            Il soupa, lui tout seul, devant elle,

Et fort dévotement il mangea deux perdrix

Avec un moitié de gigot en hachis.

Orgon

Le pauvre homme!

Dorine

                            La nuit se passa tout entiÈre

Sans qu’elle pÛt fermer un moment la paupiÈre;

Des chaleurs l’empÊchaient de pouvoir sommeiller,

Et jusqu’au jour prÈs d’elle il nous fallut veiller.

Orgon

Et Tartuffe?

Dorine

                            Pressé d’un sommeil agréable,

Il passa dans sa chambre au sortir de la table,

Et dans son lit bien chaud il se mit tout soudain,

OÙ sans trouble il dormit jusques lendemain.

Orgon

Le pauvre homme!  

Dorine

                                            A la fin, par nos raisons gagnée,

Elle se résolut à souffrir la seignée,

Et le soulagement suivit tout aussitôt.

Orgon

Et Tartuffe?

Dorine

                            Il reprit courage comme il faut,

Et, contre tous les maux fortifiant son ame,

Pour réparer le sang qu’avait perdu Madame,

But à son déjeuner quatre grands coups de vin.

Orgon

Le pauvre homme!  

Dorine

                            Tous deux se portent bien enfin;

Et le vais à madame annoncer par avance

La part que vous prenez à sa convalescence.

           

               MoliÈre, Le Tartuffe, acte I, scÈne 4


Test d’autoévaluation

  1. Divisez la scÈne en ses trois parties principales et indiquez la fonction de chacune des phrases-refrains d’Orgon.
  2. La Lettre sur la Comédie de l’Imposteur précise que  « Le pauvre homme!» doit Être prononcée «d’un ton mÊlé d’admiration et de compassion». Quelles sont les conclusions qu’on en peut tirer?
  3. Les moments importants de la journée de Tartuffe sont ceux oÙ il accomplit de douces fonctions naturelles, pareil à un animal domestique. Mais un certain nombre de traits de tempérament qui apparaissent sont déjà inquiétants.  Dites lesquels et pourquoi.   

Pistes de recherche:

Montrez le rôle majeur de MoliÈre dans l’évolution de la comédie.  

NOTES  PERSONNELLES

Ve INTERPRÉTATION

Buts: Faire connaitre aux étudiants les fables, en tant que genre de poésie épique. Mettre en évidence les multiples modalités modalités de réaliser le fable.  

Objectifs: AprÈs avoir parcouru et interprété les deux fables de La Fontaine, les étudiants seront capable de:

Ø      réaliser la variété de l’œuvre de La Fontaine;

Ø      faire la différence entre les deux espÈces littéraires dans lesquels La Fontaine à excellée.

Ø      distinguer les deux portées suivis volontairement par les écrits de La Fontaine.

La Fontaine

Fables

1.                                    « Instruire et plaire »

2.                                    L’ironie du conte

La Fontaine parsÈme volontiers ses Fables de passages oÙ, comme dans celui-ci, il définit le dessein qu’il se propose et les moyens par lesquels il compte y arriver: aprÈs avoir affirmé son souci d’éviter «des vains ornements l’effort ambitieux» et son refus de «bannir certains traits délicats», il en vient au but de la fable traditionnelle.


Quant au principal but qu’Ésope se propose,

   J’y tombe au moins mal que je puis.

Enfin, si dans ces vers je ne plais et n’instruits,

Il ne tient qu’à moi; c’est toujours quelque chose.

   Comme la force est un point

    Dont je ne me pique point,

    Je tache d’y tourner le vice en ridicule,

 Ne pouvant l’attaquer avec des bras d’Hercule.

 C’est là tout mon talent; je ne sais s’il suffit.

    Tantôt je peins un récit

 La sotte vanité jointe avecque l’envie,

 Deux pivots sur qui roule aujourd’hui notre vie;

    Tel est le chétif animal

Qui voulut en grosseur au bœuf se rendre égal.

 J’oppose quelquefois, par une double image,

    Le vice à la vertu, la sottise au bon sens,

    Les agneaux aux loups ravissants;

 La mouche à la fourmi; faisant de cet ouvrage

     Une ample comédie à cent actes divers,

     Et dont la scÈne est l’univers.

Hommes, dieux, animaux, tout y fait quelque rôle,

Jupiter comme un autre.

            (Premier recueil de Fables, V.1.)

Les fables ne sont pas ce qu’elles semblent Être;

Le plus simple animal y tient lieu de maitre.

Une morale nue apporte de l’ennui:

Le conte fait passer le précepte avec lui.

En ce sorte de feintes il faut instruire et plaire,

Et conter pour conter me semble peu d’affaire.

C’est par cette raison qu’égayant leur esprit,

Nombre de gens fameux en ce genre ont écrit.

Tous ont fui l’ornement et le trop d’étendue.

On ne voit point chez eux de parole perdue.

PhÈdre était si succinct qu’aucuns l’en ont blamé;

Ésope en moins de mots s’est encore exprimé.

Mais sur tous certain Grec renchérit et se pique

D’une élégance laconique;

Il renferme toujours son conte en quatre vers:

Bien ou mal, je le laisse à juger aux experts.

          (Premier recueil de Fables, VI.1.)


Test d’autoévaluation

1.       Montrez comment la comparaison avec la comédie  fait l’unité de ce texte.

2.       Sur les buts de la fable «à tourner le vice en ridicule», comparez avec ce que dit             MoliÈre de la comédie.

3.       Expliquez ce que La Fontaine a voulu dire quand il a employé  le mot «force»   dans ce contexte.

4.       En ce qui concerne le problÈme des dimensions de la fable, dans le deuxiÈme fragment: La Fontaine est-il pour ou contre la longueur dans ce genre littéraire.

5.       Expliquez «instruire et plaire» dans le contexte plus large de la littérature, en générale.


La jeune veuve


La perte d’un époux ne va point sans soupirs,

On fait beaucoup de bruits; et puis on se console:

Sur les ailes du Temps le tristesse s’envole,

            Le temps ramÈne les plaisirs.

            Entre la veuve d’une année

            Et la veuve d’une journée

La différence est grande; on ne croirait jamais

            Que ce fut la mÊme personne:

L’une fait fuir les gens, et l’autre a mille attraits.

Aux soupirs vrais ou faux celle-là s’abandonne;

C’est toujours mÊme note et pareil entretien;

On dit qu’on est inconsolable;

On le dit, mais il n’en est rien,

Comme on verra par cette fable,

Ou plutôt par la vérité.

L’époux d’une jeune beauté

Partait pour l’autre monde. A ses côtés, sa femme

Lui criait: « Attends-moi, je te suis; et mon ame,

Aussi bien que la tienne, est prÊte à s’envoler.»

            Le mari fait seul le voyage.

La belle avait un pÈre, homme prudent et sage;

            Il laissa le torrent couler.

            A la fin, pour la consoler:

« Ma fille, lui dit-il, c’est trop verser de larmes:

Qu’à besoin le défunt que vous noyiez vos charmes?

Puisqu’il est des vivants, ne songez plus aux morts.

Je ne dis pas que tout à l’heure

Une condition meilleure

Change en des noces ces transports;

Mais aprÈs certain temps, souffrez qu’on vous propose

Un époux beau, bien fait, jeune, et tout autre chose

            Que le défunt. – Ah! Dit-elle aussitôt,

            Un cloitre est l’époux qu’il ma faut.»

Le pÈre lui laissa digérer sa disgrace   

            Un mois de la sorte se passe;

L’autre mois, on l’emploi à changer tous les jours

Quelque chose à l’habit, au linge, à la coiffure:

            Le deuil enfin sert de parure,

            En attendant d’autres atours;

            Toute la bande des amours

Revient au colombier; les jeux, les ris, la danse,

            Ont aussi leur tour à la fin:

            On se plonge soir et matin

            Dans la fontaine de Jouvence.

Le pÈre ne craint plus ce défunt tant chéri;

Mais comme il ne parlait rien à notre belle:

            « OÙ donc est le jeune mari

            Que vous m’avez promis?» dit-elle.


                                                                                                                            (La Fontaine, Fables, VI, 21.) 

Test d’autoévaluation

  1. Montrez que la poésie ci-dessus est plutôt un conte qu’une fable.
  2. Quelles sont les trois parties du conte? Soulignez l’art d’enchainer les trois parties.
  3. Formulez des appréciations en ce qui concerne le ton de satire malicieuse à l’adresse de l’inconstance féminine.
  4. Montrez comment la bonhomie du pÈre de la veuve n’a d’égale que celle du conteur.
  5. Quelle est le rôle du jeu savant des rythmes et des rimes?

Pistes de recherche:

Relevez les sources des fables de La Fontaine et suivez, dans la littérature universelle, y incluant la littérature roumaine aussi, les auteurs qui l’ont imité et qui se sont inspiré de lui.

VIe INTERPRÉTATION

Buts: Faire connaitre aux étudiants les « maximes » de La Rochefoucauld, les définir et  approximer leur encadrement dans l’histoire des genres littéraire.

Objectifs: AprÈs avoir parcouru et compris les Maximes de La Rochefoucauld, les étudiants seront capable de:

Ø      classer les principaux «recettes» qui permettent de construire une maxime;

Ø      classifier les maximes, en employant les modÈles offertes la La Rochefoucauld;

Ø      faire eux-mÊmes des maximes.

La Rochefoucauld

Maximes

La forme elle-mÊme des Maximes reflÈte ce désengagement et ces mœurs de cour ou de salons: le fragment interdit toute narration, tout romanesque, toute continuité.  Il ne permet plus ces fictions héroÏques dont se berçait la génération de la Fronde. Il épingle, il fixe, il est sans appel. Mais sa briÈveté, son brion savant et ses divertissements paradoxaux l’apparentent  au bon mot qui anime l’échange mondain. Comme la fable de La Fontaine, ou le portrait de La BruyÈre, la maxime peut se pratiquer et s’échanger sous forme de conversation ou de correspondance. Certes, elle dit le vrai et perce à jour nos vraies motivations. Mais elle est d’abord une formule, un jeu. C’est d’un assemblage de mots, d’une recherche de raccourci, d’une audace verbale que jaillit la saveur d’une vérité.  

        

Le mécanisme de maximes consiste avant tout en une structure logique qui met au jour une contradiction: parallélismes, contrastes, antithÈses, confrontations, etc. En voici quelques exemples:

            La fin du bien est un mal, et la fin du mal est un bien. (518)

Si nous résistons à nos passions, c’est plus par leur faiblesse que par notre force. (122)

L’amour de la justice n’est, en la plupart des hommes, que la crainte de souffrir        l’injustice. (78)

Il n’y a que les personnes qui ont de la fermeté qui puissent avoir une véritable douceur: celles qui paraissent douces n’ont d’ordinaire que de la faiblesse, qui se convertit aisément en aigreur. (479)

C’est une grande habileté que de savoir cacher son habileté. (245)

Il y a des personnes à qui les défauts siéent bien, et d’autres qui sont disgraciées avec     leurs bonnes qualités. (251)

Plus on aime une maitresse, plus on est prÊt de la haÏr. (111)

L’avarice est  plus opposée à l’économie que la libéralité. (167)

Qui vit sans folie n’est pas si sage qu’on le croit. (209)

Il ne sert à rien d’Être jeune sans Être belle, ni d’Être belle sans Être jeune. (497)    

L’opposition est souvent marquée par l’inversion de l’actif au passif:

L’homme croit souvent se conduire lorsqu’il est conduit, et pendant que par son esprit il tend à un but, son cœur l’entraine insensiblement à un autre.(43)          

            On ne loue d’ordinaire que pour Être loué. (146)

            Le refus des louange est un désir d’Être loué deux fois. (1665)

            L’intention de ne jamais tromper nous expose à Être souvent trompés. (118)

Quand les vices nous quittent, nous nous flattons de la créance que c’est nous qui les quittons. (192).

Nous pardonnons souvent à ceux qui nous ennuient; mais nous ne pouvons   pardonner à ceux que nous ennuyons. (1671)

Notre repentir n’est pas tant un regret du mal que nous avons fait qu’une crainte de celui qui nous en peut arriver. (180)

Il en résulte une sorte de confusion de termes – donc de valeurs – qui devraient   pourtant se repousser ou s’interdire mutuellement:

            La haine pour les favoris n’est autre chose que l’amour de la faveur.(55)

            L’extrÊme ennui sert à nous désennuyer. (532)

L’intérÊt parle toutes sortes de langues, et joue toutes sortes de personnages, mÊme      celui de désintéressé. (40)

Cette clémence, dont on fait une vertu, se pratique tantôt par vanité, quelquefois par  paresse, souvent par crainte, et presque toujours par tous les trois ensemble. (16)

La constance des sages n’est que l’art de renfermer leur agitation dans leur cœur. (20)

            Le nom de la vertu sert  à l’intérÊt aussi utilement que les vices. (187)

            C’est une grande folie de vouloir Être sage tout seul. (231)

Ce qui parait générosité n’est souvent qu’une ambition déguisée, qui méprise de petits intérÊts, pour aller à de plus grands. (246)

            La magnanimité méprise tout, pour avoir tout. (248)

Ce que les hommes ont nommé amitié n’est qu’une société, qu’un aménagement réciproque d’intérÊt et qu’un échange de bons offices; ce n’est enfin qu’un commerce oÙ l’amour propre se propose toujours quelque chose à gagner. (83)

La constance en amour n’est qu’une inconstance perpétuelle, qui fait que notre cœur s’attache successivement à toutes les qualités de la personne que nous aimons, donnant tantôt la préférence à l’une, tantôt à l’autre: de sorte que cette constance n’est qu’une inconstance arrÊtée et renfermée dans un mÊme sujet. (175) 

Le jeu des rapprochements atteint enfin une sorte de poésie, une rencontre insolite oÙ se fixe l’attention.

            Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement. (26)     

            En vieillissant on devient plus fou et plus sage. (210)

            L’envie est plus irréconciliable que la haine. (328)

Si on juge de l’amour par la plupart de ses effets, il ressemble plus à la haine qu’à l’amitié. (72)

Il est du véritable amour comme de l’apparition des esprits: tout le monde en parle, mais peu de gens en ont vu. (76)

Test d’autoévaluation

1.       Essayez de classer les principaux «recettes» qui permettent de construire une maxime. Comme elles aboutissent presque toutes à formuler un paradoxe (Être bon, c’est Être intéressé; aimer, c’est haÏr, etc.) vous pouvez en imaginer vous-mÊmes en utilisant les structures élémentaires que vous aurez dégagées.

2.       La maxime hésite entre plusieurs genres: l’aphorisme (= une définition rapide, facile à mémoriser), l’axiome (= une vérité générale qui s’impose sans démonstration), l’épigramme (= formule lapidaire, ironique ou satirique, souvent en vers, à l’intention   d’une personne), etc. Avec les exemples ci-dessus, identifiez ces registres.

3.       Faites une liste des maximes qui vous paraissent les plus convaincantes, ou au contraire, que vous trouvez fausses ou artificielles. Essayez ainsi de définir quelle position morale vous adoptez face à La Rochefoucauld, par exemple sur les fondements de l’amour, sur l’envie, sur toute forme d’altruisme, etc.  



VIIe INTERPRÉTATION

Buts: Faire connaitre aux étudiants les CaractÈres, de La BruyÈre, les définir et  approximer leur encadrement dans l’histoire des genres littéraire.

Objectifs: AprÈs avoir parcouru le livre de La BruyÈre, les étudiants seront capables de:

Ø      reconnaitre la polyvalence de l’unique livre de  La BruyÈre;

Ø      distinguer les parties qui tiennent de la littérature et celles qui tiennent de la théorie de la littérature;

Ø      saisir les caractéristiques d’un portrait littéraire.

 

Jean de La BruyÈre

Les CaractÈres

La BruyÈre est donc un de ces «honnÊtes hommes», clairvoyants et conservateurs, qui perçoivent les incohérences et les impostures mais doutent d’une amélioration possible. C’est la nature humaine qui est en cause, plus que les institutions. Pourtant, le mépris du monde, la dépréciation du réel, donnent un désir de revanche plus que de fuite. Puisque cette compensation ne saurait se concrétiser dans des actes, dans un engagement, dans une vraie révolte, elle va s’exprimer dans l’écriture. Face à la décadence, à l’usure, aux falsifications généralisées, le livre va s’offrir comme modÈle de propreté, d’exactitude et de clarté. Face à l’absurdité et à l’aléatoire des comportements humains, le livre met en échec le chaos: décryptage, remodelage, il vise la double perfection du langage et du tableau. Il veut faire coÏncider les mots et la réalité. «Il faut chercher  seulement à penser et à parler juste, sans vouloir  amener les autres à notre goÛt et à nos sentiments.» La BruyÈre est l’homme d’un seul livre, qu’il s’est contenté de réécrire pour l’améliorer. Le présentant d’ailleurs comme  une simple traduction du grec Théophraste pour pouvoir s’effacer, voire disparaitre derriÈre son texte, il fait son «métier» sans illusion, puisque «tout est dit» et que «l’on vient trop tard depuis plus de sept mille ans qu’il y a des hommes qui pensent».   

3. – C’est un métier que de faire un livre, comme de faire une pendule: il faut plus que de l’esprit pour Être auteur.

10. – Il y a dans l’art un point de perfection, comme de bonté ou de maturité dans la nature. Celui qui le sent et qui l’aime a le goÛt parfait; celui qui ne le sent pas, et qui aime en deçà ou au-delà, a le goÛt défectueux. Il y a donc un bon et un mauvais goÛt, et l’on dispute des goÛt avec fondement.  

13. – Amas d’épithÈtes, mauvaises louanges: ce sont les faits qui louent, et la maniÈre de les raconter.

17. – Entre toutes les différentes expressions qui peuvent rendre une seule de nos pensées, il n’y en a qu’une qui soit bonne. On ne la rencontre pas toujours en parlant ou en écrivant; il est vrai néanmoins qu’elle existe, que tout ce qui ne l’est point est faible, et ne satisfait point un homme d’esprit qui veut se faire entendre.

         Un bon auteur, et qui écrit avec soin, éprouve souvent que l’expression qu’il cherchait depuis longtemps sans le connaitre, et qu’il a enfin trouvé, est celle qui était la plus simple, la plus naturelle, qui semblait devoir se présenter d’abord et sans effort.

18. – Un  esprit médiocre croit écrire divinement; un bon esprit croit écrire raisonnablement.

20. – Le  plaisir de la critique nous ôte celui d’Être vivement touchés de trÈs belles choses.

51. – Le  poÈme tragique vous serre le cœur dÈs son commencement, vous laisse à peine dans tout son progrÈs la liberté de respirer et le temps de vous remettre, ou, s’il vous donne quelque relache, c’est pour vous replonger dans de nouveaux abimes et dans de nouvelles alarmes. Il vous conduit à la terreur par la pitié, ou réciproquement à la pitié par le terrible, vous mÈne par les larmes, par les sanglots, par l’incertitude, par l’espérance, par la crainte, par les surprises et par l’horreur jusqu’à la catastrophe. Ce n’est donc pas un tissu de jolis sentiments, de déclarations tendres, d’entretiens galants, de portraits agréables, de mots doucereux, ou quelquefois assez plaisants pour faire rire, suivi à la vérité d’une derniÈre scÈne oÙ les mutins n’entendent aucune raison, et oÙ, pour la bienséance, il y a enfin du sang répandu, et quelque malheureux à qui il en coÛte la vie.

61. – Il  y a des artisans ou des habiles dont l’esprit est aussi vaste que l’art et la science qu’ils professent; ils lui rendent avec avantage, par le génie et par l’invention, ce qu’ils tiennent d’elle et de ses principes; ils sortent de l’art pour l’ennoblir, s’écartent des rÈgles si elles ne les conduisent pas au grand et au sublime; ils marchent seuls et sans compagnie, mais ils vont haut et ils pénÈtrent fort loin, toujours sÛrs et confirmés par le succÈs des avantages que l’on tire  quelquefois de l’irrégularité. Les esprits justes, doux, modérés, non seulement ne les atteignent pas, ne les admirent pas, mais ils ne les comprennent point, et voudraient encore moins les imiter. Ils demeurent tranquilles dans l’étendue de leur sphÈre, vont jusques à un certain point qui fait les bornes de leur capacité et de leurs lumiÈres; ils ne vont plus loin, parce qu’ils ne voient rien au-delà; ils ne peuvent au plus qu’Être les premiers d’une seconde classe, et exceller dans le médiocre.    

Test d’autoévaluation

1.       Précisez la contribution des 5 premiÈres maximes à un «art d’écrire». Comparez avec Pascal et Boileau.

2.       Vérifiez que La BruyÈre «a clairement vu que l’essence mÊme de la tragédie française est d’Être une crise, et non pas une histoire ni un roman» (P.Morillot)

3.       En lisant encore d’autres articles de La BruyÈre, montrez de quelle maniÈre a-t-il élargi et nuancé la doctrine classique traditionnelle.

4.       Commentez le parallÈle entre les deux «famille d’esprit» de la maxime 61 et, si possible, illustrez-le.   

Pistes de recherche:

André Gide a écrit: «Toutes choses sont dites déjà; mais comme personne n’écoute, il faut toujours recommencer.» Confrontez cette opinion avec celle qu’exprime La BruyÈre au début et à la fin de son chapitre des Ouvrages de l’esprit.         

                                               

VIIIe INTERPRÉTATION

Buts: Faire connaitre aux étudiants les caractéristiques de la poésie romantique et ce que les Méditations de Lamartine ont signifiées à l’époque.

Objectifs: AprÈs avoir lu et interprété la poésie Le Vallon de Lamartine, les étudiants seront capable de:

Ø                  reconnaitre les éléments romantiques dans cette poésie;

Ø                  reconnaitre dans cette poésie romantique les éléments spécifiques de la poésie lamartinienne;

Ø                  analyser les procédés de généralisation et d’idéalisation auxquels recours Lamartine.

Ø                  situer la poésie lamartinienne dans l’évolution du langage poétique.

Alphonse de Lamartine

                                                           

Les Méditations

    Le Vallon

Mon cœur, lasse de tout, mÊme de l'espérance,
N'ira plus de ses vœux importuner le sort ;
PrÊtez-moi seulement, vallon de mon enfance,
Un asile d'un jour pour attendre la mort.

Voici l'étroit sentier de l'obscure vallée :
Du flanc de ces coteaux pendent des bois épais,
Qui, courbant sur mon front leur ombre entremÊlée,
Me couvrent tout entier de silence et de paix.

La, deux ruisseaux cachés sous des ponts de verdure
Tracent en serpentant les contours du vallon :
Ils mÊlent un moment leur onde et leur murmure,
Et non loin de leur source ils se perdent sans nom.

La source de mes jours comme eux s'est écoulée :
Elle a passe sans bruit, sans nom et sans retour ;
Mais leur onde est limpide, et mon ame troublée
N'aura pas réfléchi les clartés d'un beau jour.

La fraicheur de leurs lits, l'ombre qui les couronne,

M'enchainent tout le jour sur les bords des ruisseaux.

Comme un enfant bercé par un chant monotone,
Mon ame s'assoupit au murmure des eaux.

                                                                         A. de Lamartine Méditations, V.

Introduction: Le Vallon est une méditation ébauchée par Lamartine au début de l`été 1819, dans les montagnes du Dauphine, ou il s`était retire quelque temps chez son ami Virieu. PrÈs de deux ans se sont écoulés depuis la mort de Mme Charles, sans qu`il soit libéré de son souvenir douloureux. La nature, pourtant, va exercer sur son ame une influence apaisante.

Le texte: La premiÈre strophe est d`une tonalite sombre. Encore tout meurtri par la douleur, le poÈte est sans force pour affronter l`avenir. Grace a une alliance des mots particuliÈrement hardie: lassede l`espérance, Lamartine renouvelle le thÈme déjà banal de l`ennui de vivre. PrÊt a la mort, sans toutefois l`appeler de ses vœux, comme dans l`Isolement, il demande comme derniÈre grace a un paysage familier d`accueillir pour un jour sa détresse. Ce prélude amer fera mieux saisir, par contraste, le rôle consolant de la nature.

            Dans la seconde strophe, une description un peu imprécise, selon l`habitude de Lamartine, fixe les éléments du paysage: un sentier, et, de chaque côté, des coteaux boisés, qui baignent le vallon de leur ombre. Ce vallon est modeste: le poÈte place des accents sur des mots qui en limitent l`horizon et en adoucissent les contours: étroit, obscure, ombre. Le silence et la paix y rÈgnent: ils gagneront l`ame endeuillée.

            La troisiÈme strophe introduit un nouveau détail du paysage: deux ruisseaux, dont la discrétion est en harmonie avec l`ensemble du décor, l`œil les discerne à peine, sous la verdure qui les recouvre. Le poÈte, pourtant, en suit le cours sinueux. Et comment ne pas voir dans cette strophe un symbolisme profond? Ils se rejoignent comme se sont rejoints Lamartine et Elvire; ils mÊlent leur onde et leur murmure comme les deux amants ont uni leurs vies et leurs voix; ils vont se perdre non loin de leur source, comme Elvire morte en pleine jeunesse, comme le poÈte lui-mÊme, qui, a vingt-neuf ans, pense qu`il va bientôt mourir .Rappel infiniment délicat d`une aventure douloureuse que le poÈte veut oublier, et dont il ne parle plus que par allusions.

            Dans la quatriÈme strophe, plus explicite, la description, est franchement suspendue et laisse place au symbole. Le mot source, qui, au dernier vers de la strophe précédente, était appliqué aux ruisseaux, s`applique maintenant à la vie du poÈte: c`est son propre destin qu`il suit dans l`écoulement de l`onde. Son bruit rappelle le murmure des ruisseaux; son nom reprend littéralement une indication précédente; son retour évoque l`inexorable marche de vie, semblable aux ruisseaux qui serpentent jusqu`à l`endroit oÙ ils se perdent. Mais, à la limpidité de leur flot, le poÈte oppose le trouble de son ame, ne de sa douleur d`amour et des préoccupations de toutes sortes qui l`ont agite: le rapprochement entre limpide, pris au sens propre, et troublée, au sens figure, illustre la correspondance entre le spectacle et l`émoi intérieur.

            Mais ce contraste mÊme attire le poÈte: ce paysage lui apporte la fraicheur et l`ombre qui lui manquent. Apres l`avoir décrit, puis associé à son état d`ame, il montre, dans la cinquiÈme strophe, ses effets apaisants. Son charme paisible quelque chose d`impérieux, que traduit le verbe enchainent; il agit sur l`ame, et voici qu`a l`amertume de la premiÈre strophe succÈde un assoupissement presque voluptueux. Dans l`avant-dernier vers, Comme un enfant bercé par un chant monotone, la disposition des accents évoque un bercement régulier et doux. Dans le dernier vers, Mon ame s`assoupit au murmure des eaux, les sonorités assourdies des voyelles se combinent pour suggérer la paix enfin conquise. C`est la douleur qui s`endort des ruisseaux.

Conclusion: Ce passage fournit un bon exemple de la façon dont Lamartine a senti la nature. Il goÛte ce paysage, non en artiste sensible à ses lignes, à ses reliefs, à ses couleurs, mais un homme dévore par un tourment intérieur et qui cherche à se pénétrer de sa sérénité. Nous ne sommes jamais en présence d`une véritable description: chaque détail a sa signification par rapport au poÈte qui s`en pénÈtre. Tantôt par un symbolisme discret, tantôt par une comparaison suivie et explicite, des correspondances s`établissent entre la nature et l`ame.

 

Pistes de recherche:

            Appliquez  aux Méditations cette opinion de Lamartine: « La poésie pleure, bien, chante bien, mais elle décrit mal » 

IXe INTERPRÉTATION

Buts: Faire connaitre aux étudiants les caractéristiques de la poésie romantique et ce que les Méditations de Lamartine ont signifiées à l’époque.

Objectifs: AprÈs avoir lu et interprété les quatre premiÈres strophes du poÈme La Maison du Berger d’Alfred de Vigny les étudiants seront capables de:

Ø                  reconnaitre l’unité de composition et de sujet de cette longue phrase en alexandrins;

Ø                  reconnaitre un des thÈmes chers au poÈte: l’élite écrasée par les contraintes de la vie sociale;

Ø                  relever le caractÈre philosophique de la poésie de Vigny;

Ø                  situer la poésie de Vigny dans le paysage de la poésie romantique française et la place du poÈte dans l’évolution de l’expression poétique.

  

Alfred de Vigny 

                                    

     La Maison du Berger

     Invitation à la retraite

Si ton cœur, gémissant du poids de notre vie,
Se traine et se débat comme un aigle blesse,
Portant comme le mien, sur son aile asservie,
Tout un monde fatal, écrasant et glace ;
S'il ne bat qu'en saignant par sa plaie immortelle,
S'il ne voit plus l'amour, son étoile fidÈle,
Eclairer pour lui seul l'horizon efface ;

Si ton ame enchainé, ainsi que l'est mon ame,
Lasse de son boulet et de son pain amer,
Sur sa galÈre en deuil laisse tomber la rame,
Penche sa tÊte pale et pleure sur la mer,
Et, cherchant dans les flots une route inconnue,
Y voit, en frissonnant, sur son épaule nue
La lettre sociale écrite avec le fer ;

Si ton corps frémissant des passions secrÈtes,
S'indigne des regards, timide et palpitant ;
S'il cherche a sa beauté de profondes retraites
Pour la mieux dérober au profane insultant ;
Si ta lÈvre se sÈche au poison des mensonges,
Si ton beau front rougit de passer dans les songes
D'un impur inconnu qui te voit et t'entend,

Pars courageusement, laisse toutes les villes ;
Ne ternis plus tes pieds aux poudres du chemin
Du haut de nos pensers vois les cites serviles
Comme les rocs fatals de l'esclavage humain.
Les grands bois et les champs sont de vastes asiles,
Libres comme la mer autour des sombres iles.
Marche à travers les champs une fleur à la main.

                                                            Alfred de Vigny  La Maison du Berger, vers 1 à 28.

Introduction – Le vaste mouvement oratoire qui entraine les quatre premiÈres strophes de la Maison du Berger leur confÈre une certaine unité. Le poÈte, développant un thÈme qui lui est cher, montre l`Être d`élite écrasé par la vie sociale. Il recourt à une longue période, ou il oppose aux contraintes de l`existence en société (strophes 1,2 et 3) les joies fortes et pures de la solitude (strophe 4).

Le texte. Vigny s`adresse a Eva, qui est le symbole de la femme idéale, de l`Être d`exception, digne d`accompagner le penseur dans son exil volontaire; et il dresse d`abord le douloureux bilan des souffrances qu`entraine, pour elle et pour lui, le séjour a la ville, parmi les hommes.

Les blessures du cœur (premiÈre strophe): Ce sont d`abord les blessures de la sensibilité, du cœur. Ce cœur, de quoi souffre-t-il? Du poids de notre vie: c`est l`idée maitresse du recueil tout entier: la fatalité pÈse sur la créature et l`écrase. L`idée se développe ici sous la forme d`une image ; les deux verbes se traine et se débat font naitre une comparaison avec un aigle blesse. Idée et image se pénÈtrent bientôt au point de se confondre dans l`expression sur son aile asservie. La pensée, en mÊme temps, devient plus précise: c`est tout un monde qui pÈse  sur cette aile; ce monde est celui des passions viles; soumis à un destin implacable (fatal), il donne une sensation d`accablement (écrasant) et de froid (glacé). La métaphore de l`aigle est abandonnée a partir du cinquiÈme vers; celle de la blessure, appliquée au cœur, se prolonge : la plaie est immortelle, car la pesée est permanente. Mais le cœur peut trouver une consolation dans l`amour, guide de la vie, aussitôt nait une nouvelle image: l`amour est l`étoile du navigateur, qui éclaire pour lui seul l`horizon effacé. Pour les autres Êtres, en effet, pour ceux dont l`existence n’est pas illuminée par cette joie, le ciel reste sombre. Tel est peut-Être le cas du poÈte et d`Eva, semblablement meurtris par des épreuves diverses.

Les servitudes de l`ame (deuxiÈme strophe): Ce sont ensuite les douleurs de l`ame. Un adjectif, enchainée, met en branle l`imagination du poÈte. Il compare la créature d`élite enfermée dans le bagne des villes au forçat qui rame sur les galÈres royales. Toute la strophe est batie sur cette image symbolique, réguliÈrement développée, par une suite d`indications concrÈtes: boulet, pain amer, galÈre, rame, qui s`ordonnent en un tableau. L`image, en transposant l`idée, se charge d`émotion (galÈre en deuil), mais conserve une valeur picturale ou plastique: le galérien découragé penche sa tÊte pale et pleure sur la mer; l`œil égaré sur les flots, il songe à la liberté, mais les flots lui renvoient son reflet, et il voit la lettre d`infamie que la société (selon un usage d`ailleurs aboli en 1832) a imprimée au fer rouge sur son épaule.

Les révoltes du corps (troisiÈme strophe): Ce sont enfin les révoltes de la pudeur, du corps. Nous notons une progression bien définie: le poÈte invoque des raisons d`évasion de plus en plus personnelles et intimes. Nous remarquons, d`autre part, un gauchissement dans le plan: au cours des deux premiÈres strophes, le poÈte liait son sort a celui d`Eva (comme le mien; ainsi que l`est mon ame); mais les détails de la troisiÈme strophe concernent seulement la femme. Tout en développant l`idée bien romantique qu`il n`y a rien de pur dans la société et que tout y froisse la pudeur féminine, Vigny semble dessiner, avec une précision de plus en plus grande, une actrice qui souffre des regards poses sur elle par le public (le profane insultant; un impur inconnu qui te voit et t`entend). Faut-il croire qu`il se souvient, dans ces vers, de Marie Dorval? Peut-Être; mais alors il idéalise son souvenir, car elle n`a jamais du éprouver des sentiments aussi délicats. Dans cette strophe, du reste, deux détails demeurent assez obscurs: Eva frémit-elle d`indignation en songeant aux passions secrÈtes qu`elle éveille, ou n`est-ce pas plutôt elle-mÊme qui frémit de passion? Sa lÈvre se sÈche-t-elle en songeant aux hommages peu sincÈres de ses admirateurs ou en prononçant les paroles menteuses de son rôle?

Les joies fortes et pures de la solitude (quatriÈme strophe) Au lent mouvement de la période précédente, dont le rythme crée une sensation étouffante, s`oppose le mouvement plus vif de la quatriÈme strophe, qui propose un remÈde aux contraintes sociales. Le monosyllabe Pars marque ce changement de rythme. Il indique aussi que l`heure est venu d`une grande décision: il faut rompre avec le monde et chercher la sérénité de l`ame, loin de toutes les villes, dans la solitude de la nature. Cette solitude est celle du penseur qui trouve sa libération dans la philosophie (Du haut de nos pensers). Cette fois encore, l`idée est traduite sous son forme symbolique: l`homme esclave du destin apparait comme une sorte de Prométhée et les villes sont les rocs sur lesquels il est enchaine; mais dans sa retraite, il dominera les cites  et s`affranchira de toute servitude. A des vers durement martelés: Du haut de nos pensers vois les cites serviles/ Comme les rocs fatals de l`esclavage humain, s`opposent des vers d`une ampleur majestueuse et sereine, ou la nature est représentée comme un asile inviolable; l`homme s`y retirera, comme l`esclave fugitif trouvait autrefois un abri dans les temples. Les vastes étendues des bois et des champs, libres autour des agglomérations noires que forment les cites, suscitent une nouvelle image, celle de la mer libre, autour des sombres iles: ainsi, a deux vers d`intervalle, les villes, tour a tour, sont comparées a des rocs et a des iles. Enfin, dans le dernier vers, le poÈte imagine une vision idéale, d`une simplicité suggestive: Marche à travers les champs une fleur a la main.

Conclusion. Ces quatre strophes révÈlent en Vigny un poÈte philosophe, qui développe une idée impliquant une leçon. Vigny traite de l`attitude a adopter, pour un homme de génie ou de cœur, en face de la vie sociale. Mais elles révÈlent aussi un artiste, qui traduit l`idée sous forme de symboles et choisit un rythme heureusement adapte au mouvement de sa pensée: l`expression possÈde ce caractÈre a la fois image et vigoureux qui conserve au poÈme sa dignité tout en évitant la froideur de l`abstraction. La poésie de Vigny concilie l`art et la philosophie.  

Pistes de recherche:

               La Nature comme refuge contre la civilisation: définissez ce que représentent ici la vie sociale (images, thÈmes, comparaisons) et la Nature.
               Commentez cette formule de Vigny à propos de ses poÈmes: « Une pensée philosophique est mise en œuvre sous une forme épique ou dramatique ».    

Xe INTERPRÉTATION

Buts: Faire connaitre aux étudiants les caractéristiques de la poésie romantique et la place que l’œuvre d’Alfred de Musset y occupe.

Objectifs: AprÈs avoir lu et interprété la poésie Tristesse les étudiants seront capables de:

Ø                  reconnaitre les éléments romantiques dans cette poésie;

Ø                  reconnaitre dans cette poésie romantique les éléments spécifiques de la poésie de Musset;

Ø                  expliquer, en recourant à la biographie du poÈte, les sentiments qui se dégagent de cette poésie.

Ø                  situer la poésie de Musset dans le paysage de la poésie romantique française et la place du poÈte dans l’évolution de l’expression poétique.

  

Alfred de  Musset
Poésies posthumes
Tristesse

J'ai perdu ma force et ma vie,

 Et mes amis et ma gaieté;
 J'ai perdu jusqu'a la fierté
Qui faisait croire à mon génie.

Quand j'ai connu la vérité,

J'ai cru  que c'était une amie;
          Quand je l'ai comprise et sentie,

                                         J'en étais déjà dégoÛté.

                                         Et pourtant elle est éternelle,
                                         Et ceux qui se sont passés d'elle
                                         Ici bas, ont tout ignoré.

                                          Dieu parle, il faut qu'on lui réponde.
                                          - Le seul bien qui me reste au monde
                                          Est d'avoir quelques fois pleuré.

Alfred de Musset Poésies posthumes.

Introduction: Le sonnet Tristesse a été découvert un matin de l`année 1840 par un ami de Musset, Alfred Tattet, sur la table de chevet du poÈte, qui avait hativement crayonné ces vers sur le papier pendant une insomnie. On ne saurait trouver une témoignage plus direct et plus émouvant sur son ame douloureuse que cette confidence a peine murmurée en une heure d`abattement.

Le poÈme: Premier quatrain. Quelques mots trÈs simples désignent les biens que le poÈte déprimé pense avoir définitivement perdus. Sa force et sa vie, d`abord; il faut entendre: sa force vitale. Apres sa grande douleur d`amour, il s`était senti l`énergie nécessaire pour réagir; dans la Nuit d`AoÛt, il clamait sa volonté de renaitre aux joies de l`existence, a l`exemple de la nature sans cesse renouvelée, dans la Nuit d`Octobre, il prÊtait le serment d`oubli Par la puissance de la vie,/Par la sÈve de l`univers; aujourd`hui, s`il se sentait encore en humeur de chercher des images symboliques, il se comparerait peut-Être a une plante dont la sÈve s`épuise. Dans la Nuit d`Octobre encore, il se laissait persuader par sa Muse que la douleur lui avait appris à mieux goÛter désormais le plaisir de boire avec un vieil ami et a mieux sentir le prix de la gaieté, il songe maintenant avec amertume a ses amis, en effet clairsemes depuis quelques années, a sa gaieté, qu`il ne retrouve plus; la répétition de et, la reprise de j`ai perdu accentuent l`impression d`accablement. Dans la Nuit d`AoÛt, le poÈte évoquait son génie, qu`il sacrifiait a l`amour; maintenant il voudrait faire entendre qu`il n`a jamais eu de génie et qu`il a donne le change par sa fierté de dandy byronien.

DeuxiÈme quatrain. Pour éviter de sombrer dans la débauche, Musset a tente de recouvrir a la foi et de revenir a de sains principes de conduite: le mot Vérité, avec sa majuscule solennelle, désigne a la fois les vérités religieuses et les vérités morales. Il l`a connue, c’est-à-dire qu`il est parvenu a la distinguer de l`erreur. Il l`a pénétrée a la fois par l`intelligence (comprise) et par l`intuition (sentie). Mais il n`a pu s`y tenir, car la volonté lui a fait défaut. Avec Ovide, il pourrait s`écrier: Video meliora proboque, deteriora sequor = je vois le bien, je l`approuve, et je fais le mal.

Premier tercet.  Le poÈte souligne l`absurdité navrante de ce divorce entre ses principes et son attitude pratique. La Vérité est éternelle, c’est-à-dire hors du temps et de l`espace; la vie humaine a pour cadre une misérable planÈte (ici-bas) et s`accomplit dans les limites d`une brÈve durée: le passe ont ignore suggÈre l`idée d`une existence périssable et comme déjà retournée au néant.

Second tercet: Le sens des derniers vers est plus fuyant. Ceux dont le poÈte vient de signaler la profonde disgrace sont les sceptiques et les inconscients qui ont ignore Dieu: tel n`est pas son cas. Il déclare au contraire que les égarements du pÊché n`empÊchent pas son coeur d`entendre la voix du Ciel: Dieu parle. Malheureusement, cet appel demeure étouffé par le tumulte impur des passions et des vices: Musset est trop inconstant pour y répondre, pour entretenir avec son Créateur, grace à la priÈre et aux pratiques réguliÈres de la vie religieuse, ce dialogue permanent ou le chrétien puise son aliment spirituel. Quelque fois, pourtant, il s`est senti ébranle dans les profondeurs de son Être, et il a pleure. Qu`importe que ces larmes soient nées d`une émotion esthétique, d`une douleur d`amour ou d`un remords; elles révÈlent, parmi les égarements du plaisir, la présence d`une ame. Dieu, qui a refuse au poÈte la force nécessaire pour assurer son salut par la foi agissante et par la vertu, montre qu`il ne l`abandonne pas tout a fait:seule consolation dans la détresse, seul bien qui reste, puisque les autres sont perdus. Cette noblesse de la souffrance qu`il célébrait dans la Nuit de Mai, demeure au centre de son inspiration, comme le message éternel de son lyrisme.

Conclusion: Ces vers pathétiques font revivre le drame intérieur de Musset. Sa vie toute entiÈre  fut une lutte entre l`instinct de plaisir qui l`entraina progressivement dans la débauche de l`existence d`idéal qui, fourvoyée un moment dans la passion, chercha trop tard a s`appuyer sur des principes sérieux et sur des croyances solides. Au moment ou il écrit Tristesse, il pressent l`inutilité de ses efforts pour s`arracher au mal:son corps est déjà las, sa volonté de plus en plus vacillante. Il connaitra encore des heures de répit et mÊme d`oubli; mais en cette heure de dépression, il a l`intuition d`une déchéance qui va se consommer lamentablement.

Le poÈte exprime cet état d`ame avec une simplicité bouleversante. Rien d`oratoire:aucune image, mais des mots communs, un rythme discret; des rimes en général pauvres, qui contribuent a créer, par leurs sonorités assourdies, une impression de tristesse et de nostalgie. C`est le langage de la confidence, enveloppe d`une imprécision qui reproduit fidÈlement l`instabilité douloureuse de l`ame; Verlaine trouvera des accents analogues, dépouilles de toute « éloquence » et de toute « littérature ». Le lyrisme de Musset, souvent plus véhément, a rarement atteint à une telle profondeur humaine.

Pistes de recherche:

            Doit-on rattacher Musset, malgré lui, à l’école romantique ?

            Commentez ce jugement d’un critique moderne sur Musset : « Ce fut un grand poÈte par accÈs, ce ne fut un poÈte accompli. »

NOTES PERSONNELLES

XIe INTERPRÉTATION

Buts: Faire connaitre aux étudiants les caractéristiques de la prose balzacienne et le type de roman balzacien.

Objectifs: AprÈs avoir lu le fragment intitulé conventionnellement « le Portrait de Vautrin », du roman Le pÈre Goriot,  les étudiants seront capables de: 
Ø      reconnaitre et reproduire le portrait littéraire d’un personnage;
Ø      reconnaitre et nommer les caractéristique du réalisme dans la littérature; 
Ø      définir la prose de Balzac en relevant les caractéristiques réalistes et ceux romantiques.

Honoré de Balzac
PÈre Goriot
Portrait de Vautrin

Entre ces deux personnages et les autres, Vautrin, l`homme de quarante ans à favoris peints, servait de transition. Il était un de ces gens dont le peuple dit : « Voila un fameux gaillard ». Il avait les épaules larges, le buste bien développé, les muscles apparentes, des mains épaisses, carrées et fortement marquée aux phalanges par des bouquets de poils touffus et d`un roux ardent. Sa figure, rayée par des rides prématurées, offrait des signes de dureté que démentaient ses maniÈres souples et liantes. Sa voix basse-taille, en harmonie avec sa grosse gaieté, ne déplaisait point. Il était obligeant et rieur. Si quelque serrure allait mal, il l`avait bientôt démontée, rafistolée, huilée, limée, remontée, en disant : « Ça me connait ». Il connaissait tout d`ailleurs, les vaisseaux, la mer, la France, l`étranger, les affaires, les hommes, les événements, les lois, les hôtels et les prisons.

                                                                                                            Balzac, le PÈre Goriot

Situation du passage - Balzac, aprÈs avoir décrit la triste et nauséabonde « pension Vauquer », interrompt son récit, selon un procédé familier, pour présenter les acteurs du roman. Il respecte les lois de la perspective sociale et se borne a esquisser les comparses, tandis qu`il étudie minutieusement les personnages principaux. Parmi ceux-ci se détache Vautrin, l`un des piliers de la Comédie humaine.



Le texte - Un fameux gaillard - D`emblée le lecteur apprend que Vautrin à quarante ans et qu`il a les favoris peints ; ce détail singulier pique sa curiosité : Vautrin veut-il paraitre plus jeune, ou bien éviter d`Être reconnu ? L`effet que produit le personnage par son seul aspect est traduit sous la forme d`une exclamation à dessein vulgaire: Voila un fameux gaillard.

                - Un colosse - L`imagination de Balzac crée l`illusion de la vie ; le romancier, comme halluciné, voit ses personnages. Ici, Vautrin prend une sorte d`épaisseur concrÈte. Il nous apparait taille en force ; et tous les détails, ordonnes du général au particulier, concourent a donner une impression de vigueur saine et fruste : Il avait les épaules larges, le buste bien développé, les muscles apparents, des mains épaisses, carrées Nous comprenons déjà mieux l`exclamation précédente : le peuple a une sympathie instinctive, mÊlée d`admiration, pour les athlÈtes éclatants de santé. Quelques notations, insignifiantes en apparence, achÈvent de donner a ce colosse sa physionomie propre, en impliquant un caractÈre bestial et redoutable : les mains sont marquées aux phalanges par des bouquets de poils touffus et d`un roux ardent.

- Un personnage inquiétant- Balzac introduit de nouveaux  détails d`ordre physique ; en mÊme temps, il oriente le portrait vers l`analyse morale, car il est persuade que l`étude de la physiologie permet de pénétrer les ames. Il attache une grande importance aux visages selon la théorie de Lavater ; aussi décrit-il la figure  de Vautrin, rayée par des rides prématurées. Des rides, chez ce joyeux athlÈte ? Elles ne sauraient s`impliquer, en tout cas, ni par la maladie, ni par la neurasthénie; mais peut-Être a-t-il eu des soucis et mÈne une existence agitéeL`homme est d`ailleurs complexe: sa figure offrait des signes de dureté que démentaient ses maniÈres souples et liantes. Ces maniÈres, des lors, ne mentiraient-elles pas ? Il y a, semble-t-il, de dangereuses finesses chez ce personnage qui semblait taille tout d`une piÈce. Notons l`importance de l`adjectif liantes, qui prendra tout son sens dans plusieurs romans de la Comédie humaine : cet homme, qui a déclaré la guerre à la société, redoute la solitude morale et cherche toujours un complice ou un protégé, Rastignac, puis, a la fin d`Illusions perdues,  RubempréAussi révélatrice que la figure est la voix, une voie de basse-taille, c`est-à-dire une voix basse et profonde, qui s`accorde avec sa grosse gaieté ; il y a du commis-voyageur en Vautrin, et nous comprenons mieux la sympathie superficielle qu`inspire ce boute-en-train de table d`hôte a l`organe prenant. Deux adjectifs s`ajoutent encore a ces  diverses indications : l`un, rieur, confirme cette grosse gaieté qui vient d`Être signalée, l`autre, obligeant, va Être précisé au cours de la phrase suivante.

- Un habile homme qui connait tout- Jusqu`ici, le personnage était fixe devant nous dans une attitude. Nous allons maintenant entrer plus avant dans son intimité. Les traits, pourtant, demeurent extérieurs : Vautrin est habile à démonter et à rafistoler les serrures. Pourquoi cet exemple ? Est-il seulement destine à montrer son obligeance ? Le lecteur perspicace est intrigue par la précision inattendue du détail. Puis s`accumulent des adjectifs, démontée, rafistolée, huilée, limée, remontée, qui semblent mimer la hate de l`homme à opérer et qui révÈlent son habilite, son expérience ; l`exclamation : « Ca me connait ! » parait grosse de sous-entendus. La derniÈre phrase, enfin, révÈle chez Vautrin une prodigieuse expérience de la vie et des hommes. Il a beaucoup voyage : il connaissaitles vaisseaux, la mer, la France, l`étranger Il connait aussi les affaires, les hommes et les évÈnements ; il a donc l`esprit pratique et observateur. Est-ce tout ? non ! car le portrait s`achÈve sur des détails qui rendent le personnage plus troublant encore. Vautrin connait les lois, sans avoir rien, certes, d`un magistrat ; est-il donc un policier ouun bandit ? Il connait les hôtels : ne serait-il pas un individu qui se cache, qui emprunte des nom sou des déguisements ? Nous pensons aux favoris peints Enfin un dernier détail oriente plus nettement encore nos soupçons : qui donc, sinon un voleur ou un assassin, connaitrait aussi bien les prisons ?

Conclusion - Ce remarquable portrait est d`une vie et d`une précision saisissantes dans sa sobriété. Il n`est pourtant pas complet en lui mÊme. Balzac s`est garde de révéler tout de suite en Vautrin le bandit Trompe-la Mort, l`ancien forçat en révolte contre la société ; il s`est contente de glisser dans son évocation quelques détails typiques, qui, progressivement, nous acheminent vers la solution de l`énigme. Il ménage ainsi l`intérÊt et il éveille trÈs habituellement la curiosité du lecteur. A la vigueur pittoresque, il associe le sens de l`effet et le génie de la conduite dramatique.

Pistes de recherche:

            Commenter ce propos de Baudelaire: « J’ai maintes fois été étonné que la grande gloire de Balzac fÛt de passer pour un observateur ; il m’a toujours semblé que son principal mérite était d’Être visionnaire, et visionnaire passionné ».

XIIe INTERPRÉTATION

Buts: Faire connaitre aux étudiants les caractéristiques de la prose de Prosper Mérimée et l’univers insolite de ses nouvelles.          

Objectifs: AprÈs avoir lu analysé le Portrait d’Auguste Saint Clair, les étudiants seront capables de:
Ø                  relever les caractéristiques de la prose réalistes des nouvelles de Mérimée;
Ø                  déterminer les éléments autobiographique qui se retrouve dans les traits de Saint Clair;
Ø                  se rendre compte de la perfection stylistique de la prose de Prosper Mérimée. 

Prosper Mérimée

La Vase étrusque

Portrait d’Auguste Saint-Clair

            Il était né avec un cœur tendre et aimant; mais, à un age oÙ l’on prend trop facilement  des impressions qui durent toute la vie, sa sensibilité trop expansive lui avait attiré  les railleries de ses camarades. Il était fier, ambitieux ; il tenait à l’opinion comme y tiennent les enfants. DÈs lors il se fit une étude de supprimer tous les dehors de ce qu’il regardait comme une faiblesse déshonorante. Il atteignit son but, mais sa victoire lui coÛta cher. Il put cacher aux autres les émotions de son ame trop tendre; mais en les renfermant en lui-mÊme, il se les rendit cent fois plus cruelles. Dans le monde il obtint la triste réputation d’insensible et d’insouciant, et dans la solitude son imagination inquiÈte lui créait des tourments d’autant plus affreux qu’il n’aurait voulu en confier le secret à personne.

Mérimée, Le vase étrusque.

Introduction. -  Dans le vase étrusque nouvelle psychologique Mérimée analyse un cas  de jalousie rétrospective. Avant de lancer dans l’action son personnage principal Auguste Saint-Clair, il le présente au lecteur.

Le texte.- Une sensibilité refoulée. D’ordinaire Mérimée peint ses personnages en mouvement par leurs paroles et par leurs actes. S’il déroge ici à cette rÈgle c’est peut-Être parce que Saint-Clair est son sosie moral. L’écrivain songe à son propre passé et il explique la transformation de son caractÈre. DÈs le début la tristesse contenue du ton nous suggÈre que nous sommes en présence d’une confidence indirecte : Il était né avec un cœur tendre et aimant ; mais, à un age oÙ l’on prend trop facilement  des impressions qui durent toute la vie, sa sensibilité trop expansive lui avait attiré  les railleries de ses camarades. La phrase suit la ligne la plus simple ; aucune recherche de rythme ; un vocabulaire en apparence banal ; tout intérÊt consiste en un notation dont la justesse est confirmée parce que nous pouvons connaitre du jeune Mérimée : son pÈre était un homme grave et froid ; sa mÈre, révÈle Sainte-Beuve, éclata de rires au nez parce qu’à la suite d’une réprimande il lui avait demandé pardon à genoux sur un ton pathétique. L’écrivain s’abstient de faire allusion aux moqueries d’une mÈre, mais il évoque les railleries de ses camarades ; et peut-Être songe-t-il à ses cousins qu’ils le taquinaient volontiers.

            Les railleries offrent peu de prise sur un enfant dépourvu d’amour propre. Tel n’est pas le cas de Saint-Clair ni de son modÈle : Il était fier, ambitieux ; il tenait à l’opinion comme y tiennent les enfants.  Ce dernier trait est révélateur. Il était bien exact que Mérimée tenait à l’opinion et qu’il déroba sa vraie personnalité en se montrant, aux yeux de ses contemporains, sarcastique et dédaigneux.  Il est plus discutable de prétendre que tous les enfants y tiennent, mais l’observation sous sa forme générale se présente comme une excuse. Pourquoi reprocher à un enfant un préjugé qu’il partage avec ceux de son age ? Dans la phrase suivante on note le passage de l’imparfait qui évoquait les tendances profondes du personnage au passé simple qui décrit les conquÊtes de sa volonté. Le tour un peu recherché Il fit un étude de peint avec précision l’effort et l’application méthodique d’un homme qui refoule les élans de son cœur. Le passage est sans articulations logiques selon un procédé familier à l’écrivain. Mais l’esprit du lecteur y supplée et peut mÊme aisément résumé ces quelques lignes en une sorte de syllogisme : la sensibilité de Saint-Clair lui attira les railleries de ses camarades, or il tenait à l’opinion, donc il s’appliqua à refréner  cette sensibilité.

Une sensibilité meurtrie. Quel fut le résultat de cet effort ? Saint-Clair atteignit son but,  mais sa victoire lui coÛta cher. Présentée d’abord sous cette forme, simple et vigoureuse, l’idée est ensuite précisée : Il put cacher aux autres les émotions de son ame trop tendre développe il atteignit son but. On pense au jugement que le russe Turgheniev porta sur Mérimée : « la sensibilité était le vrai fond de son caractÈre, mais il vivait masqué », et à la devise que l’auteur du Vase étrusque avait fait gravé en grec sur son cachet :   « souvient-toi de te méfier ». Quant à la fin de la phrase, mais en les renfermant en lui-mÊme, il se les rendit cent fois plus cruelles, elle développe sa victoire lui coÛta cher. La contrainte que s’imposa Saint-Clair eut en effet deux conséquences facheuses et vis-à-vis de son entourage, dans le monde, et vis-à-vis de lui-mÊme, dans la solitude.  Dans le monde il obtint la triste réputation d’insensible et d’insouciant : le verbe obtint appliqué d’ordinaire à quelques résultats heureux récompense faveur ou distinction se charge ici d’une ironie discrÈte, mais amÈre. La réputation de Mérimée était, nous le savons, bien établie. Son orgueil, son cynisme, son goÛt de mystification le faisaient souvent passé, non seulement pur un insensible et un insouciant, mais pour un fat assez haÏssable.    Il en souffrait certainement, car, comme écrivait H. Taine à son sujet, « par crainte d’Être dupe …, il a été dupe de sa défiance ». Mais les plus cruelles souffrances il les éprouvait, lui aussi, dans la solitude. Mérimée qui se complut à peindre des ames tourmentées par la violence des passions se représente lui-mÊme à travers Saint-Clair comme un obsédé : son imagination inquiÈte lui créait des tourments d’autant plus affreux qu’il n’aurait voulu en confier le secret à personne. Cette derniÈre indication est d’ailleurs capitale pour la suite du récit : la tendance à l’obsession chez Saint-Clair expliquera les tourments de sa jalousie rétrospective dans la nouvelle.

Conclusion.  A travers la précision nuancée du portrait Mérimée se révÈle dans ce passage comme un psychologue attiré par le mystÈre du cœur humain. L’intérÊt de l’analyse est d’autant plus grand qu’elle nous apparait d’un certain point de vue comme une confidence voilée. Mais si ces observations nous aident à pénétrer son caractÈre, l’expression illustre son art savant et objectif.  L’écrivain cherche avant tout la sobriété. Il ne développe pas, il suggÈre.  Sa phrase dense, claire et élégante, l’apparente à la tradition classique.

Pistes de recherche:

Imaginez que Mérimée au cours de son voyage en Corse écrit à l’un de ses amis. Il lui fait part de ses impressions de touriste, de sa rencontre avec une personne qui était en possession d’une vase étrusque, piÈce de musée,  et de la nouvelle qu’il a l’intention  d’en tirer.

XIIIe INTERPRÉTATION

Buts: Faire connaitre aux étudiants les caractéristiques de la prose de Gustave Flaubert, le dogme de l’impersonnalité et le culte de la bauté formelle.      

Objectifs: AprÈs avoir lu et analysé le fragment du roman de Gustave Flaubert, Madame Bovary, Un logement nouveau, les étudiants seront capables de :

Ø      reconnaitre les éléments définitoires de la prose de Flaubert;

Ø      caractériser Mme. Bovary;

Ø      reconnaitre les éléments naturalistes du roman et donner les raisons pour lesquelles Flaubert a été reconnu par l’école naturaliste comme un précurseur.

Gustave Flaubert

 Madame Bovary,  

Un logement nouveau

            « Emma, dÈs le vestibule, sentit tomber sur ses épaules, comme un linge humide, le froid du platre. Les mur5s étaient neufs, et les marches de bois craquÈrent. Dans la chambre, au premier, un jour blanchatre passait par les fenÊtres sans rideaux. On entrevoyait  des cimes d’arbres, et plus loin la prairie, à demi noyée dans le brouillard, qui fumait au clair de lune, selon le cours de la riviÈre. Au milieu de l’appartement, pÊle-mÊle, il y avait des tiroirs de commode, des bouteilles, des tringles, des batons dorés avec des matelas sur des chaises et des cuvettes sur le parquet, - les deux hommes qui avaient apporté les meubles ayant tout laissé là, négligemment.

            C’était la quatriÈme fois qu’elle couchait dans un endroit inconnu. La premiÈre avait été le jour de son entrée au couvent, la seconde celle de son arrivée à Tostes, la troisiÈme à la Vaubyessard, la quatriÈme était celle-ci : et chacune s’était trouvée faire dans sa vie comme l’inauguration d’une phase nouvelle. Elle ne croyait pas que les choses pussent se représenter les mÊmes à des places différentes, et, puisque la portion vécue avait été mauvaise,  sans doute ce qui restait à consommer serait meilleur. »

Flaubert, Madame Bovary, Chapitre II

Situation du passage. – Emma Bovary s’ennuyait et dépérissait dans le petit bourg de Tostes oÙ son mari, officier de santé, s’était installé. Charles Bovary, qui adore sa femme, s’est alarmé et, persuadé que l’air du pays était malsain pour Emma, il a renoncé à sa clientÈle, et accepté un nouveau poste à Yonville-l’Abbaye, à sept lieues de Rouen. Le couple vient d’arriver en diligence dans ce gros bourg normand : Emma et Charles sont descendus à L’Auberge du Lion d’Or et ont fait, au cours d’un diner, la connaissance du pharmacien Homais et du jeune clerc de notaire Léon. Puis les deux époux ont quitté l’auberge pour se rendre à leur nouvelle demeure.

Le texte. Soucieux de reproduire la vie dans son détail précis, Flaubert suit pas à pas son héroÏne, dont il analyse minutieusement les sensations et les états d’ame, à mesure qu’elle découvre ce qui va Être le cadre de sa nouvelle existence.

Les sensations d’Emma (premier paragraphe). – Chez Emma Bovary, créature à beaucoup d’égards assez commune, la finesse des sens est exceptionnelle : dÈs le vestibule, elle se sent pénétrée par une sensation de froid, celle que donnent des murs neufs, fraichement recouverts de platre. Flaubert commente cette notation à l’aide d’une comparaison  familiÈre : comme un linge humide, qui, par sa sobre précision, nous fait ressentir l’impression presque physiquement ; l’indication suivante : les marches de bois craquÈrent, évoque un détail typique des maisons de campagne. Dans ces deux premiÈres phases, d’une concision suggestive, les temps des verbes sont choisis avec soin : l’imparfait indique un état (les murs étaient neufs), tandis que le passé simple traduit des sensations de courte durée (sentit, craquÈrent).

A la suite d’Emma, nous montons dans la chambre, au premier. Les fenÊtres sont sans rideaux,  car la piÈce n’est pas encore meublée ; et l’on s’explique qu’un jour blanchatre y pénÈtre. Une phrase d’un rythme savamment calculé présente ensuite  quelques aspects du paysage entrevu  par Emma : en mÊme temps que l’œil se déplace instinctivement du plus proche au plus lointain (des cimes d’arbres et plus loin la prairie), les notations, d’abord un peu banales : cimes  d’arbres, prairie, se nuancent délicatement : la prairie à demi noyée dans le brouillard, qui fumait au clair de lune, selon le cours de la riviÈre : paysage estompé, d’une harmonie fondue, au milieu duquel Emma va entretenir ses chimÈres sentimentales avec une langueur voluptueuse. La description évoque mystérieusement les vagues ivresses qui émanent des choses. Le regard d’Emma, aprÈs s’Être posée  sur ce paysage, se reporte sur l’appartement ; et à la description poétique des lignes précédentes s’oppose, par un contraste saisissant, l’énumération prosaÏque et méticuleuse   du fouillis de tiroirs, des bouteilles, des tringles, des batons dorés … qui caractérise une piÈce encore inhabitée. Une phrase volontairement banale et plate, mais oÙ la virgule habilement placée met en valeur le mot important, termine cet inventaire les deux hommes qui avaient apporté les meubles ayant tout laissé là, négligemment.

Les illusions d’Emma (deuxiÈme paragraphe). – Emma a la mémoire des sens : la vue de ce cadre qui ne lui est pas familier réveille en elle des impressions anciennes : c’était la quatriÈme fois qu’elle couchait dans un endroit inconnu.  Cette indication permet à Flaubert, avant de lancer son héroÏne dans de nouvelles aventures, de nous rappeler en un raccourci expressif trois étapes de sa vie passée : son entrée au couvent, à l’age  de treize ans, qui a marqué pour elle le début d’une vie contemplative, oÙ s’est développé  son penchant au romanesque: son arrivée au Tostes, oÙ elle a mené une existence morne et plate : enfin, son court séjour au chateau de la Vaubyessard,  oÙ elle a pris contact avec le luxe aristocratique. Une coÏncidence a voulu que chaque nuit passée dans un endroit inconnu ait été pour elle comme l’inauguration d’une phase nouvelle ; il n’en faut pas plus pour faire naitre chez cette femme naÏvement superstitieuse et toujours avide d’inconnu une illusion qui l’empÊche de croire  que les choses puissent se représenter les mÊmes à des places différentes.  Ses espoirs  prennent mÊme l’apparence d’un raisonnement, assez puéril, il est vrai, et fondé sur une hypothétique calcul des probabilités : puisque la portion vécue avait été mauvaise, sans doute ce qui restait à consommer serait meilleur. Or, nous verrons qu’à mesure que la vie s’écoule et qu’Emma s’efforce d’échapper aux platitudes de la réalité, cette réalité fait sentir son point se reproduisant toujours la mÊme et rétrécissant progressivement son horizon.

Conclusion : Dans ce passage, comme dans beaucoup d’Autres, Flaubert, sait, dans une certaine mesure, identifier avec son héroÏne. Lui aussi, il a cru que les choses ne pouvaient pas se répéter les mÊmes, à des places différentes et il s’est évadé hors de son temps pour s’abandonner aux caprices de ses rÊves : ses propres désillusions lui ont peut-Être permis de mieux peindre les illusions d’Emma.

            Mais Flaubert, fidÈle à son principe d’impersonnalité, s’efface derriÈre le personnage et le peint de l’extérieur comme un « objet » quelconque. Ainsi se résout peut-Être la contradiction apparente de l’auteur : « Madame Bovary c’est moi », et : « Madame Bovary  n’a rien de moi ».

Pistes de recherche:

Commentez cette appréciation de René Dumesnil: « Il n’est meilleur exemple que celui de Flaubert pour prouver que réalisme et romantisme ne s’opposent point, non plus que classicisme et réalisme ».

NOTES PERSONNELLES

XIVe INTERPRÉTATION

Buts: Faire connaitre aux étudiants les caractéristiques de la poésie baudelairienne; leur faire comprendre la « révolution » que cette poésie a représenté pour la littérature française et universelle.

Objectifs: AprÈs avoir lu et interprété la poésie Recueillement les étudiants seront capables de:
Ø      distinguer les caractéristiques de la poésie de Baudelaire;
Ø      savoir déchiffrer les sentiments que le poÈte a voulu transmettre à l’aide des figures de style;
Ø      expliquer ces sentiments à l’aide des éléments biographiques  qu’om connait sur Baudelaire.

Charles Baudelaire

Les Fleurs du Mal

Recueillement

 

Sois sage, o ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.

Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici :

Une atmosphÈre obscure enveloppe la ville,

Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

Pendant que des mortels la multitude vile,

Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,

Va cueillir des remords dans la fÊte servile,

Ma Douleur, donne-moi la main, viens par ici,

Loin d`eux. Vois se pencher les défuntes Années

Sur les balcons du ciel, en robes surannées ;

Surgir du fond des eaux le Regret souriant ;

Le soleil moribond s`endormir sous une arche,

Et, comme un long linceul trainant a l`Orient,

Entends, ma chÈre, entends la douce Nuit qui marche.

                                                                        Baudelaire, Les Fleurs du Mal

Introduction: La vie de Baudelaire fut une méditation de sa douleur. Il en a dit souvent les cruautés. Mais il faisait un retour profond sur lui-mÊme, dans le silence et la solitude, quand il songeait à ses péchés, à ses voluptés au goÛt amer, à ses vains élans vers la pureté, elle lui apparaissait comme revÊtue d`une sorte de dignité, car il y trouvait le témoignage d`une conscience lucide et vigilante au sein mÊme  de ses égarements. Dans ce sonnet, il s`adresse a elle comme a un Être humain ; il en fait une compagne et une confidente. Il l`entraine loin des plaisirs impurs, et seul avec elle, voit s`éveiller les souvenirs, tandis que descend la grande paix nocturne.

Le sonnet: Malgré la solennité de l`interjection o, qui introduit le personnage allégorique, le poÈte s`adresse a sa Douleur sur un ton familier, comme on calme un enfant tyrannique, Sois sage Tiens-toi plus tranquille, ou un malade dont on a satisfait le caprice : Tu réclamais le soir ; il descend, le voici. Dans ces deux vers, les signes de ponctuation mettent en relief chacun des accents et soulignent  la lenteur paisible du rythme ; on songe au geste de la main qui apaise, aux mouvements d`un souffle qui reprend sa régularité ; assez de cris de désespoir et de révolte : la solitude du soir se prÊte a un recueillement plus digne et moins stérile. Les deux vers suivants sont, a dessein, en demi-teinte : le poÈte crée une impression de brouillard avec des mots vagues (atmosphÈre, enveloppe) et témoigne d`une discrÈte pitié pour ses semblables.

Mais le soir qui invite au recueillement préside aussi dans la grande ville a la frénésie des fÊtes impures. Les voici, ces mortels qui cherchent dans les jouissances l`oubli de leur condition mortelle: décevante entreprise ; le Plaisir est un bourreau qui les fouette constamment de ses exigences renouvelées ; ils s`avilissent en vain et les remords sont leur seule moisson. Baudelaire connait bien ces états troubles ou la volonté vaincue par les désirs renonce a suivre les ordres de la conscience alarmée. Le rythme des trois premiers vers du second quatrain, que ne vient couper aucune ponctuation importante, donne bien l`impression d`un entrainement implacable et insensé. Au contraire, le vers suivant évoque, avec ses coupes analogues a celles du début, un éloignement concerte ; pour la deuxiÈme fois, le poÈte apostrophe sa douleur, lui parle, lui donne la main, comme a un Être familier et cher, l`entraine. Et le rejet loin d`eux, qui enchaine brutalement le premier tercet au second quatrain selon un usage peu courant dans un sonnet,  marque l`horreur du poÈte pour les déplorables agitations de cette foule vulgaire, son goÛt pour une solitude reposante et féconde.

Seul avec sa noble compagne, quels spectacles va-t-il donc lui offrir ? Les yeux fermes aux impuretés du présent, il projette sur l`écran de cette nuit les images du passe. Dans le ciel noir se profilent les années défuntes, penchées comme des femmes sur des balcons de rÊve ; et leurs robes d`autrefois ont le charme des souvenirs lointains. Du fleuve, aux pieds du poÈte, surgit le fantôme du Regret : il sourit, alors que le plaisir ricanerait plutôt ; est-ce parce qu`il s`attache a d`anciennes joies ? L`alliance des mots, en tout cas, correspond a l`inspiration d`ensemble du poÈme. Il y a dans ces deux images, que le rythme détaille et met en relief, une sorte de distinction harmonieuse, qui contraste avec la vulgarité de la fÊte.

Ainsi l`obscurité se peuple de créatures nées de la méditation du poÈte. A ces formes viennent se mÊler, dans une vision indécise, des éléments du paysage. A l`Orient, l`ombre semble trainer encore ; mais elle s`allonge : l`image du linceul, qui évoque l`enveloppement de la nuit, renouvelle l`image plus banale du voile en associant à l`idée la mélancolie d`un objet funÈbre, tandis que la sonorité des l dans long linceul transporte pour l`oreille cette suggestion d`un déploiement progressif de l`ombre sur ce paysage. Le dernier vers, aux harmonies exquises, aux coupes évocatrices, rythme cette conquÊte irrésistible et discrÈte du monde par l`obscurité et suggÈre la nuit, dont l`oreille attentive, par la vertu de recueillement, peut entendre le pas silencieux. L`entretien du poÈte, commence dans la brume du crépuscule (Tu réclamais le soir) se prolonge ainsi dans le mystÈre nocturne (la douce nuit).

Conclusion – Ce sonnet peuplé d`allégories traduit l`atmosphÈre complexe ou se plaisait la sensibilité du poÈte rendu a la solitude au seuil de la nuit. Il n`a nulle part marque de façon aussi pénétrante et aussi subtile, grace a la distinction des images et a la souplesse du rythme, le charme, la fécondité et l`attrait du recueillement, qui chasse les pensées mauvaises, suscite les souvenirs et les rÊves, baigne l`ame d`une pureté mélancolique et l`achemine vers un sommeil bienfaisant comme la Mort.

Pistes de recherche:

Ø      Commentez  cette phrase de Theodore de Banville sur la tombe de Baudelaire: «  Il a accepté tout l’homme moderne, avec ses défaillances, avec sa grace maladive, avec ses aspirations impuissantes. »

Ø      Commenter ce jugement d’Alfred Poizat: « Lorsqu’on relit les Fleurs du Mal, on s’aperçoit que ce livre, l’un des plus grands du XIXe siÈcle, a été le pivot sur lequel la poésie française a tourné irrésistiblement. »

     

NOTES PERSONNELLES

XVe INTERPRÉTATION

Buts: Faire connaitre aux étudiants les caractéristiques de la poésie verlainienne; leur faire comprendre les nouveau rÈgles qui vont gouverner la poésie symboliste.

Objectifs: AprÈs avoir lu et interprété la poésie le Ciel est pas dessus les toits les étudiants seront capables de:
Ø            mettre en relation la poésie avec un certain évÈnement de la vie de Verlaine;
Ø            relever les caractéristiques de la versification verlainiennes;
Ø            relever l’apport majeur de Verlaine dans l’histoire de la poésie française.     

Paul Verlaine

Sagesse

 Le ciel est par dessus de toit

Le ciel est par-dessus le toit,

                                                            Si bleu, si calme !

Un arbre, par-dessus le toit,

                                                            Berce sa palme.

La cloche dans le ciel qu’on voit

                                                            Doucement tinte.

Un oiseau sur l’arbre qu’on voit

                                                            Chante sa plainte.

Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là,

                                                            Simple et tranquille.

Cette paisible rumeur-là

                                                            Vient de la ville.

- Qu’as-tu fait, ô toi que voilà

                                                      Pleurant sans cesse,

Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà,

                                                      De ta jeunesse.

                                                                        (Paul Verlaine, Sagesse)

Introduction: Verlaine, en 1873, a été condamne a deux ans de prison. Le voici qui médite, à Mons, dans la solitude.

Le poÈme: Par l`étroite lucarne, le poÈte voit la grisaille du toit ; par dessus, un morceau de ciel, et les plus hautes branches d`un arbre doucement agitées par une brise légÈre. La reprise de par dessus le toit, qui crée pour l`oreille un commencement d`obsession musicale, suggÈre, pour l`oeil et pour l`esprit, la pauvreté de cet horizon visible. Mais le prisonnier retrouve tout un univers oublie dans cette échappée de son regard vers la libre nature : enferme dans sa cellule aux tristes murs nus, il est émerveillé par ce coin d`azur et par ces feuillages, comme si ses yeux s`ouvraient pour la premiÈre fois,et de mÊme, les mots dont il se sert, tout simples, mais mis en valeur par le langage poétique, retrouvent tout le pouvoir de suggestion dont les dépouille l`usage commun : ciel, détaché en tÊte du poÈme, arbre, en tÊte du troisiÈme vers, les deux adjectifs bleu et calme, soulignés par la répétition de l`intensif si.

                Entre les deux premiÈres strophes, il y a un enchainement étroit et une profonde analogie de structure. Le triste toit semble oublie, mais le regard conquis par le ciel et par l`arbre s`attarde a les contempler ; les deux mots repris sont soulignes par la répétition de qu`on voit, qui traduit l`étonnement ingénu du poÈte. Mais des impressions auditives vont se joindre aux impressions visuelles: dans le ciel s`égrÈnent les doux sons d`une cloche, suggÈres par les délicates sonorités et le rythme du second vers (doucement tinte) de cet arbre jaillit la plainte de l`oiseau, suggérée par l`harmonie un peu trainante du dernier vers (chante sa plainte), dont le mouvement correspond et dont le rythme fait écho a ceux du dernier vers de la strophe précédente (berce sa palme).

Au contraire, entre la deuxiÈme et la troisiÈme strophe, il semble y avoir une sorte de rupture. Un double cri : Mon Dieu, mon Dieu, succÈde a cette suite d`impressions paisibles : faut-il y voir une exclamation d`un pathétique familier ou un véritable appel au secours de cette ame en détresse et déjà envahie de préoccupations mystiques ? Le  mouvement, en tout cas, annonce un retour sur soi-mÊme.

Malgré les apparences, d`ailleurs, la continuité avec le début est bien réelle : les impressions de la vue, les impressions auditives qui s`y sont associées, ont fini par suggérer, avec le concours de l`imagination qui les prolonges, le souvenir de cette vie simple et tranquille dont il a méconnu, dans ses égarements passes, l`émouvante séduction. La vie est la, tout prÈs, puisqu`il  lui en est parvenu des images et des bruits, puisqu`il entend confusément la rumeur de la ville. Découverte tragique pour le prisonnier enferme entre les murs épais de sa cellule comme dans un tombeau.

On conçoit que cette découverte s`accompagne dans son ame d`un douloureux tumulte : regret de la liberté perdue, remords de coupables agitations, nostalgie d`une existence innocente et d`un bonheur paisible, sont étroitement mÊlés dans le mouvement de la derniÈre strophe. Est-ce Dieu qui parle ? est-ce la conscience du poÈte ? Quelle que soit l`interprétation, le sens demeure le mÊme. Il y a dans la reprise de la question : qu`as-tu fait ? une insistance pathétique. Quant a l`apostrophe Toi que voila, elle se répÈte aussi, mais en changeant de portée : on doit la prononcer d`abord avec mélancolie, puisqu`elle est associée au stérile désespoir du captif pleurant sans cesse, puis avec une intonation de farouche mépris, car les mots qui couronnent le poÈme donnent a la question la valeur d`un reproche brutal : « qu`as tu fait de ta jeunesse ? » Sa jeunesse, ce sont ses rÊves de poÈte épris de pureté, de fiance exalte par son amour, et le mot est aussi admirable dans sa simplicité que le mot ciel du début. Voila ce qu`il a laisse échapper ! Mais la profondeur de son désespoir prouve qu`il va remonter de l`abime, et dans cette mÊme prison, il recevra avec ferveur la divine consolation de la grace.

Conclusion : Ce poÈme est un témoignage intime d`une sincérité absolue. Il traduit, non pas, comme les piÈces du début, une mélancolie vague ou une tristesse sans cause, mais le désarroi profond d`un coeur meurtri, d`une ame en pleine crise.

Les moyens d`expression sont d`une admirable simplicité. Verlaine donne un des plus purs exemples de son art, qui consiste a émouvoir par la transcription  directe d`états éprouvés, grace aux ressources musicales du langage poétique, sans recours aux artifices littéraires ni a l`éloquence.

Pistes de recherche:

                        Paul Valery écrit que la poésie de Verlaine « est bien loin d’Être naÏve, étant impossible à un vrai poÈte d’Être naÏf » Que pensez-vous de cette opinion?

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