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COMMENT LES CIVILISATIONS PALISSENT ET S’ÉTEIGNENT

la sociologie

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COMMENT LES CIVILISATIONS PALISSENT ET S’ÉTEIGNENT




Dissolution des espÈces psychologiques. — Comment des dispositions héréditaires qui avaient demandé des siÈcles pour se former peuvent Être rapidement perdues. — Il faut toujours un temps trÈs long à un peuple pour s’élever à un haut degré de civilisation et parfois un temps trÈs court pour en descendre. — Le principal facteur de la décadence d’un peuple est l’abaissement de son caractÈre.— Le mécanisme de la dissolution des civilisations a jusqu’ici été le mÊme pour tous les peuples. — Symptômes de décadence que présentent quelques peuples latins. — Développement de l’égoÏsme. — Diminution de l’initiative et de la volonté. — Abaissement du caractÈre et de la moralité. — La jeunesse actuelle. — Influence probable du socialisme. — Ses dangers et sa force. — Comment il ramÈnera les civilisations qui le subiront à des formes d’évolution tout à fait barbares. — Peuples oÙ il pourra triompher.

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Pas plus que les espÈces anatomiques, les espÈces psychologiques ne sont éternelles. Les conditions de milieux qui maintiennent la fixité de leurs caractÈres ne subsistent pas toujours. Si ces milieux viennent à se modifier, les éléments de constitution mentale, maintenus par leur influence, finissent par subir des transformations régressives qui les conduisent à disparaitre. Suivant des lois physiologiques, aussi applicables aux cellules cérébrales qu’aux autres cellules du corps, et qui s’observent chez tous les Êtres, les organes mettent infiniment moins de temps à disparaitre qu’il ne leur en a fallu pour se former. Tout organe qui ne fonctionne pas cesse bientôt de pouvoir fonctionner. L’œil des poissons qui vivent dans les lacs des cavernes s’atrophie à la longue, et cette atrophie finit par devenir héréditaire. A ne considérer mÊme que la courte durée d’une vie individuelle, un organe qui a demandé peut-Être des milliers de siÈcles pour se former par de lentes adaptations et accumulations héréditaires, arrive à s’atrophier fort rapidement, lorsqu’il cesse d’Être mis en action.

La constitution mentale des Êtres ne saurait échapper à ces lois physiologiques. La cellule cérébrale qui n’est plus exercée cesse, elle aussi, de fonctionner, et des dispositions mentales qui avaient demandé des siÈcles pour se former peuvent Être promptement perdues. Le courage, l’initiative, l’énergie, l’esprit d’entreprise et diverses qualités de caractÈre fort longues à acquérir peuvent s’effacer assez rapidement quand elles n’ont plus l’occasion de s’exercer. Ainsi s’explique qu’il faille toujours à un peuple un temps trÈs long pour s’élever à un haut degré de culture, et parfois un temps trÈs court pour tomber dans le gouffre de la décadence.

Quand on examine les causes qui ont conduit successivement à la ruine les peuples divers dont nous entretient l’histoire, qu’il s’agisse des Perses, des Romains, ou de tout autre, on voit que le facteur fondamental de leur chute fut toujours un changement de leur constitution mentale résultant de l’abaissement de leur caractÈre. Je n’en vois pas un seul qui ait disparu par suite de l’abaissement de son intelligence.

Pour toutes les civilisations passées, le mécanisme de la dissolution a été identique, et identique à ce point que c’est à se demander, comme l’a fait un poÈte, si l’histoire, qui a tant de livres, n’aurait pas qu’une seule page. Arrivé à ce degré de civilisation et de puissance oÙ, étant sÛr de ne plus Être attaqué par ses voisins, un peuple commence à jouir des bienfaits de la paix et du bien-Être que procurent les richesses, les vertus militaires se perdent, l’excÈs de civilisation crée de nouveaux besoins, l’égoÏsme se développe. N’ayant d’autre idéal que la jouissance hative de biens rapidement acquis, les citoyens abandonnent la gestion des affaires publiques à l’État et perdent bientôt toutes les qualités qui avaient fait leur grandeur. Alors des voisins barbares ou demi-barbares, ayant des besoins trÈs faibles mais un idéal trÈs fort, envahissent le peuple trop civilisé, puis forment une nouvelle civilisation avec les débris de celle qu’ils ont renversée. C’est ainsi que, malgré l’organisation formidable des Romains et des Perses, les Barbares détruisirent l’empire des premiers et les Arabes celui des seconds. Ce n’étaient pas certes les qualités de l’intelligence qui manquaient aux peuples envahis. A ce point de vue aucune comparaison n’était possible entre les conquérants et les vaincus. Ce fut quand elle portait déjà en elle des germes de prochaine décadence, c’est-à-dire sous les premiers empereurs, que Rome compta le plus de beaux esprits, d’artistes, de littérateurs et de savants. Presque toutes les œuvres qui ont fait sa grandeur remontent à cette époque de son histoire. Mais elle avait perdu cet élément fondamental qu’aucun développement de l’intelligence ne saurait remplacer : le caractÈre  . Les Romains des vieux ages avaient des besoins trÈs faibles et un idéal trÈs fort. Cet idéal — la grandeur de Rome — dominait absolument leurs ames, et chaque citoyen était prÊt à y sacrifier sa famille, sa fortune et sa vie. Lorsque Rome fut devenue le pôle de l’univers, la plus riche cité du monde, elle fut envahie par des étrangers venus de toutes parts et auxquels elle finit par donner les droits de citoyen. Ne demandant qu’à jouir de son luxe, ils s’intéressaient fort peu à sa gloire. La grande cité devint alors un immense caravansérail, mais ce ne fut plus Rome. Elle semblait bien vivante encore, mais son ame était morte depuis longtemps.

Des causes analogues de décadence menacent nos civilisations raffinées, mais il s’en ajoute d’autres dues à l’évolution produite dans les esprits par les découvertes scientifiques modernes. La science a renouvelé nos idées et ôté toute autorité à nos conceptions religieuses et sociales. Elle a montré à l’homme la faible place qu’il occupe dans l’univers et l’absolue indifférence de la nature pour lui. Il a vu que ce qu’il appelait liberté n’était que l’ignorance des causes qui l’asservissent, et que, dans l’engrenage des nécessités qui les mÈnent, la condition naturelle de tous les Êtres est d’Être asservis. Il a constaté que la nature ignorait ce que nous appelons la pitié, et que tous les progrÈs réalisés par elle ne l’avaient été que par une sélection impitoyable amenant sans cesse l’écrasement des faibles au profit des forts.

Toutes ces conceptions glaciales et rigides, si contraires à ce que disaient les vieilles croyances qui ont enchanté nos pÈres, ont produit d’inquiétants conflits dans les ames. Dans des cerveaux ordinaires, ils ont engendré cet état d’anarchie des idées qui semble la caractéristique de l’homme moderne. Chez la jeunesse artiste et lettrée, ces mÊmes conflits ont abouti à une sorte d’indifférence morne, destructive de toute volonté, à une incapacité complÈte de s’enthousiasmer pour une cause quelconque, et à un culte exclusif d’intérÊts immédiats et personnels.



Commentant cette trÈs juste réflexion d’un écrivain moderne que « le sens du relatif domine la pensée contemporaine », un ministre de l’instruction publique proclamait avec une satisfaction évidente dans un discours récent que « la substitution des idées relatives aux notions abstraites dans tous les ordres de la connaissance humaine est la plus grande conquÊte de la science ». La conquÊte déclarée nouvelle est en réalité bien vieille. Il y a de longs siÈcles que la philosophie de l’Inde l’avait accomplie. Ne nous félicitons pas trop de ce qu’elle tend aujourd’hui à se répandre. Le vrai danger pour les sociétés modernes tient précisément à ce que les hommes ont perdu toute confiance dans la valeur des principes sur lesquels elles reposent. Je ne sais pas si l’on pourrait citer depuis l’origine du monde une seule civilisation, une seule institution, une seule croyance qui aient réussi à se maintenir en s’appuyant sur des principes considérés comme n’ayant qu’une valeur relative. Et si l’avenir semble appartenir à ces doctrines socialistes que condamne la raison, c’est justement parce que ce sont les seules dont les apôtres parlent au nom de vérités qu’ils proclament absolues. Les foules se tourneront toujours vers ceux qui lui parleront de vérités absolues et dédaigneront les autres. Pour Être homme d’État, il faut savoir pénétrer dans l’ame de la multitude, comprendre ses rÊves et abandonner les abstractions philosophiques. Les choses ne changent guÈre. Seules les idées qu’on s’en fait peuvent changer beaucoup. C’est sur ces idées-là qu’il faut savoir agir.

Sans doute nous ne pouvons connaitre du monde réel que des apparences, de simples états de conscience dont la valeur est évidemment relative. Mais quand nous nous plaçons au point de vue social nous pouvons dire que pour un age donné et pour une société donnée, il y a des conditions d’existence, des lois morales, des institutions qui ont une valeur absolue, puisque cette société ne saurait subsister sans elles. DÈs que leur valeur est contestée et que le doute se répand dans les esprits, la société est condamnée à bientôt mourir.

Ce sont là des vérités que l’on peut enseigner hardiment, car elles ne sont pas de celles qu’aucune science puisse contester. Un langage contraire ne peut qu’engendrer les plus désastreuses conséquences. Le nihilisme philosophique, que des voix autorisées propagent aujourd’hui dans de faibles esprits, les fait immédiatement conclure à l’injustice absolue de notre ordre social, à l’absurdité de toutes les hiérarchies, leur inspire la haine de tout ce qui existe et les mÈne directement au socialisme et à l’anarchisme. Les hommes d’État modernes sont trop persuadés de l’influence des institutions et trop peu de l’influence des idées. La science leur montre pourtant que les premiÈres sont toujours filles des secondes et n’ont jamais pu subsister sans s’appuyer sur elles. Les idées représentent les ressorts invisibles des choses. Quand elles ont disparu, les supports secrets des institutions et des civilisations sont brisés. Ce fut toujours pour un peuple une heure redoutable que celle oÙ ses vieilles idées sont descendues dans la sombre nécropole oÙ reposent les Dieux morts.

Laissant maintenant de côté les causes pour étudier les effets, nous devons reconnaitre qu’une visible décadence menace sérieusement la vitalité de la plupart des grandes nations européennes, et notamment de celles dites latines et qui le sont bien en réalité, sinon par le sang, du moins par les traditions et l’éducation. Elles perdent chaque jour leur initiative, leur énergie, leur volonté et leur aptitude à agir. La satisfaction de besoins matériels toujours croissants tend à devenir leur unique idéal. La famille se dissocie, les ressorts sociaux se détendent. Le mécontentement et le malaise s’étendent à toutes les classes, des plus riches aux plus pauvres. Semblable au navire ayant perdu sa boussole et errant à l’aventure au gré des vents, l’homme moderne erre au gré du hasard dans les espaces que les dieux peuplaient jadis et que la science a rendus déserts. Il a perdu la foi et du mÊme coup l’espérance. Devenues impressionnables et mobiles à l’excÈs, les foules, qu’aucune barriÈre ne retient plus, semblent condamnées à osciller sans cesse de la plus furieuse anarchie au plus pesant despotisme. On les soulÈve avec des mots, mais leurs divinités d’un seul jour sont bientôt leurs victimes. En apparence elles semblent souhaiter la liberté avec ardeur ; en réalité elles la repoussent toujours et demandent sans cesse à l’État de leur forger des chaines. Elles obéissent aveuglément aux plus obscurs sectaires, aux plus bornés despotes. Les rhéteurs qui croient guider les masses, et le plus souvent qui les suivent, confondent l’impatience et la nervosité faisant sans cesse changer de maitre avec le véritable esprit d’indépendance, empÊchant de supporter aucun maitre. L’État, quel que soit le régime nominal, est la divinité vers laquelle se tournent tous les partis. C’est à lui qu’on demande une réglementation et une protection chaque jour plus lourdes, enveloppant les moindres actes de la vie des formalités les plus byzantines et les plus tyranniques. La jeunesse renonce de plus en plus aux carriÈres demandant du jugement, de l’initiative, de l’énergie, des efforts personnels et de la volonté. Les moindres responsabilités l’épouvantent. Le médiocre horizon des fonctions salariées par l’État lui suffit. Les commerçants ignorent les chemins des colonies et celles-ci ne sont peuplées que par des fonctionnaires  . L’énergie et l’action sont remplacées chez les hommes d’État par des discussions personnelles effroyablement vides, chez les foules par des enthousiasmes ou des colÈres d’un jour, chez les lettrés par une sorte de sentimentalisme larmoyant, impuissant et vague, et de pales dissertations sur les misÈres de l’existence. Un égoÏsme sans bornes se développe partout. L’individu finit par n’avoir plus d’autre préoccupation que lui-mÊme. Les consciences capitulent, la moralité générale s’abaisse et graduellement s’éteint  . L’homme perd tout empire sur lui-mÊme. Il ne sait plus se dominer ; et qui ne sait se dominer est condamné bientôt à Être dominé par d’autres.

Changer tout cela serait une lourde tache. Il faudrait changer tout d’abord notre lamentable éducation latine. Elle dépouille de toute initiative et de toute énergie ceux à qui l’hérédité en aurait laissé encore. Elle éteint toute lueur d’indépendance intellectuelle en donnant pour seul idéal à la jeunesse d’odieux concours qui, ne demandant que des efforts de mémoire, ont pour résultat final de placer à la tÊte de toutes les carriÈres les cerveaux que leur aptitude servile à l’imitation rend précisément les plus incapables d’individualité et d’efforts personnels. « Je tache de couler du fer dans l’ame des enfants, » disait un instituteur anglais à Guizot qui visitait les écoles de la Grande-Bretagne. OÙ sont chez les nations latines les instituteurs et les programmes qui puissent réaliser un tel rÊve ? Le régime militaire le réalisera peut-Être. Il est en tous cas le seul éducateur qui le puisse réaliser. Pour les peuples qui s’affaissent, une des principales conditions de relÈvement est l’organisation d’un service militaire universel trÈs dur et la menace permanente de guerres désastreuses.



C’est à cet abaissement général du caractÈre, à l’impuissance des citoyens à se gouverner eux-mÊmes, et à leur égoÏste indifférence qu’est due surtout la difficulté qu’éprouvent la plupart des peuples latins à vivre sous des lois libérales aussi éloignées du despotisme que de l’anarchie. Que de telles lois soient peu sympathiques aux foules, on le comprend aisément, car le césarisme leur promet, sinon la liberté dont elles ne se soucient guÈre, au moins une égalité trÈs grande dans la servitude. Que ce soit, au contraire, des couches éclairées que les institutions républicaines aient le plus de peine à se faire accepter, voilà ce qu’on ne comprendrait pas si l’on ne se rendait compte du poids des influences ancestrales. N’est-ce pas avec de telles institutions que toutes les supériorités, celle de l’intelligence surtout, ont le plus de chance de pouvoir se manifester ? On pourrait mÊme dire que le seul inconvénient réel de ces institutions, pour les égalitaires à tout prix, est de permettre la formation d’aristocraties intellectuelles puissantes. Le plus oppressif des régimes, aussi bien pour le caractÈre que pour l’intelligence, est au contraire le césarisme sous ses diverses formes. Il n’a pour lui que d’amener facilement l’égalité dans la bassesse, l’humilité dans la servitude. Il est trÈs adapté aux besoins inférieurs des peuples en décadence, et c’est pourquoi, dÈs qu’ils le peuvent, ils y reviennent toujours. Le premier panache venu d’un général quelconque les y ramÈne. Quand un peuple en est là, son heure est venue, les temps sont accomplis pour lui.

Il subit actuellement une évolution manifeste, ce césarisme des vieux ages que l’histoire a toujours vu apparaitre dans les civilisations à leur extrÊme aurore et à leur extrÊme décadence. Nous le voyons renaitre aujourd’hui sous le nom de socialisme. Cette nouvelle expression de l’absolutisme de l’État sera sÛrement la plus dure des formes du césarisme, parce qu’étant impersonnelle, elle échappera à tous les motifs de crainte qui retiennent les pires tyrans.

Le socialisme parait Être aujourd’hui le plus grave des dangers qui menacent les peuples européens. Il achÈvera sans doute une décadence que bien des causes préparent, et marquera peut-Être la fin des civilisations de l’Occident.

Pour comprendre ses dangers et sa force, il ne faut pas envisager les enseignements qu’il répand, mais bien les dévouements qu’il inspire. Le socialisme constituera bientôt la croyance

nouvelle de cette foule immense de déshérités auxquels les conditions économiques de la civilisation actuelle créent fatalement une existence souvent trÈs dure. Il sera la religion nouvelle qui peuplera les cieux vides. Cette religion remplacera, pour tous les Êtres qui ne sauraient supporter la misÈre sans illusion, les lumineux paradis que leur faisaient jadis entrevoir les vitraux de leurs églises. Cette grande entité religieuse de demain voit s’accroitre chaque jour la foule de ses croyants. Elle aura bientôt ses martyrs. Et alors elle deviendra un de ces credo religieux qui soulÈvent les peuples et dont la puissance sur les ames est absolue.

Que les dogmes du socialisme conduisent à un régime de bas esclavage qui détruira toute initiative et toute indépendance dans les ames pliées sous son empire, cela est évident, sans doute, mais seulement pour les psychologues connaissant les conditions d’existence des hommes. De telles prévisions sont inaccessibles aux foules. Il faut d’autres arguments pour les persuader, et ces arguments n’ont jamais été tirés du domaine de la raison.

Que les dogmes nouveaux que nous voyons naitre soient contraires au plus élémentaire bon sens, cela est évident encore. Mais les dogmes religieux qui nous ont conduits pendant tant de siÈcles n’étaient-ils pas, eux aussi, contraires au bon sens, et cela les a-t-il empÊchés de courber les plus lumineux génies sous leurs lois ? En matiÈre de croyances, l’homme n’écoute que la voix inconsciente de ses sentiments. Ils forment un obscur domaine d’oÙ la raison a toujours été exclue.

Donc et par le fait seul de la constitution mentale qu’un long passé leur a créée, les peuples de l’Europe vont Être obligés de subir la redoutable phase du socialisme. Il marquera une des derniÈres étapes de la décadence. En ramenant la civilisation à des formes d’évolution tout à fait inférieures, il rendra faciles les invasions destructrices qui nous menacent.

En dehors de la Russie, dont les populations sont au point de vue psychologique beaucoup plus asiatiques qu’européennes, on ne voit guÈre en Europe que l’Angleterre dont la race possÈde une énergie assez grande, des croyances assez stables, un caractÈre assez indépendant pour se soustraire pendant quelque temps encore à la religion nouvelle que nous voyons éclore. L’Allemagne moderne, malgré de trompeuses apparences de prospérité, en sera sans doute la premiÈre victime, à en juger par le succÈs des diverses sectes qui y pullulent. Le socialisme qui la ruinera sera sans doute revÊtu de formules scientifiques rigides, bonnes tout au plus pour une société idéale que l’humanité ne produira jamais, mais ce dernier fils de la raison pure sera plus intolérant et plus redoutable que tous ses ainés. Aucun peuple n’est aussi bien préparé que l’Allemagne à le subir. Aucun n’a plus perdu aujourd’hui l’initiative, l’indépendance et l’habitude de se gouverner 



Quant à la Russie, elle est trop récemment et trop incomplÈtement sortie du régime du mir, c’est-à-dire du communisme primitif, la plus parfaite forme du socialisme, pour songer à retourner à cette étape inférieure d’évolution. Elle a d’autres destinées. C’est elle sans doute qui fournira un jour l’irrésistible flot de barbares destiné à détruire les vieilles civilisations de l’occident, dont les luttes économiques et le socialisme auront préparé la fin.

Mais cette heure n’est pas venue encore. Quelques étapes nous en séparent. Le socialisme sera un régime trop oppressif pour pouvoir durer. Il fera regretter l’age de TibÈre et de Caligula et ramÈnera cet age. On se demande quelquefois comment les Romains du temps des empereurs supportaient si facilement les férocités furieuses de tels despotes. C’est qu’eux aussi avaient passé par les luttes sociales, les guerres civiles, les proscriptions et y avaient perdu leur caractÈre. Ils en étaient arrivés à considérer ces tyrans comme leurs derniers instruments de salut. On leur passa tout parce qu’on ne savait comment les remplacer. On ne les remplaça pas en effet. AprÈs eux, ce fut l’écrasement final sous le pied des barbares, la fin du monde. L’histoire tourne toujours dans le mÊme cercle.



« Le mal dont souffrait alors la société romaine, écrit M. Fustel de Coulanges, n’était pas la corruption des mœurs, c’était l’amollissement de la volonté et pour ainsi dire l’énervement du caractÈre. »

Dans un discours prononcé à la Chambre des députés le 27 novembre 1890 par M. Étienne, sous-secrétaire d’Etat aux colonies, je relÈve le trÈs caractéristique passage suivant que j’emprunte au journal le SiÈcle.

« La Cochinchine comprend 1,800,000 ames; dans ce total, on compte 1,600 Français dont 1,200 fonctionnaires. Elle est administrée par un conseil colonial élu par ces 1,200 fonctionnaires; elle a un député. Et vous voulez que l’anarchie ne rÈgne pas dans ce pays (Exclamations et rires sur un grand nombre de bancs.)

« Eh bien, savez-vous ce que produit un pareil systÈme. Il produit ce phénomÈne que votre budget réduit à 22 millions est absorbé pour 9 millions par les dépenses des fonctionnaires.

« Oui, en 1877, j’ai essayé de réduire les fonctionnaires; je les ai réduits pour 3,500,000 francs sur 9; j’ai pris cette mesure au mois d’octobre. Or, au mois de décembre, le cabinet dont je faisais partie disparaissait, et, au mois de mars suivant, tous les fonctionnaires licenciés ont reparu. »

Cet abaissement de la moralité est grave quand il s’observe dans des professions telles que la magistrature et le notariat, chez lesquelles la probité était jadis aussi générale que le courage chez les militaires. En ce qui concerne le notariat, la moralité est descendue aujourd’hui à un niveau fort bas. Les statisticiens officiels ont constaté « qu’il y a dans le notariat une proportion de 43 acensés sur 10,000 individus, alors que la moyenne pour l’ensemble de la population de la France est de un accusé pour le mÊme nombre d’individus ». Dans un rapport du garde des sceaux au Président de la République, publié par l’Officiel le 31 janvier 1890, je trouve le passage suivant : « Les désastres qui, dÈs 1840, avaient commencé à jeter l’inquiétude dans le public, s’accrurent progressivement à ce point qu’en 1876 un de mes prédécesseurs dut appeler spécialement l’attention des magistrats du parquet sur la situation du notariat. Les destitutions et les catastrophes notariales se reproduisaient avec un caractÈre de gravité et de fréquence inaccoutumé. Le chiffre des sinistres s’élevait successivement de 31 en 1882; à 41 en 1883; à 54 en 1884; à 71 en 1886. et le total des détournements commis par les notaires représentait plus de 62 millions pour la période comprise en 1880 et 1886. En 1889, enfin, 103 notaires ont dÛ Être, destitués ou contraints de céder leur étude. » Si l’on rapproche de ces faits la chute successive de nos, plus grandes entreprises financiÈres (Comptoir d’escompte, Dépôts et comptes courants, Panama, etc.), il faut bien reconnaitre que les invectives des socialistes contre la moralité des classes dirigeantes ne sont pas sans fondement. Les mÊmes symptômes de démoralisation profonde s’observent malheureusement chez tous les peuples latins. Le scandale des banques d’Etat italiennes oÙ le vol se pratiquait sur une immense échelle par les hommes politiques les plus haut placés, la faillite du Portugal, la misérable situation financiÈre de l’Espagne et de l’Italie, la décadence profonde des républiques latines de l’Amérique, prouvent que le caractÈre et la moralité de certains peuples ont reçu d’incurables atteintes et que leur rôle dans le monde est bien prÈs d’Être terminé.

Les écrivains allemands les plus éminente sont parfaitement d’accord sur ce point. Dans son livre récent sur la Question sociale, M. T. Ziegler, professeur à l’université de Strasbourg, s’exprime de la façon suivante :

« Si le Self-help est la tendance dominante de l’Angleterre, le recours à l’Etat est la caractéristique de l’Allemagne. Nous sommes un peuple mis en tutelle depuis des siÈcles. De plus, pendant les vingt derniÈres années, la forte main de Bismarck, en nous assurant la sécurité, nous a fait perdre le sentiment de la responsabilité et de l’initiative. C’est pour cela que dans les cas difficiles et, mÊme faciles, nous en appelons à l’aide et à la police de l’État et que nous abandonnons tout à son initiative. »






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