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COMMENT SE TRANSFORMENT LES ARTS

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COMMENT SE TRANSFORMENT LES ARTS




Application des principes précédemment exposés à l’étude de l’évolution des arts chez les peuples orientaux. — L’Egypte. — Idées religieuses d’oÙ ses arts dérivent. — Ce que devinrent ses arts transportés chez des races différentes : Ethiopiens, Grecs et Perses. — Infériorité primitive de l’art grec. — Lenteur de son évolution. — Adoption et évolution en Perse de l’art grec, de l’art égyptien et de l’art assyrien. — Les transformations subies par les arts dépendent de la race, et nullement des croyances religieuses. — Exemples fournis par les grandes transformations subies par l’art arabe suivant les races qui ont adopté l’Islamisme. — Application de nos principes à la recherche des origines et de l’évolution des arts de l’Inde. — L’Inde et la GrÈce ont puisé aux mÊmes sources, mais en raison de la diversité des races elles sont arrivées à des arts n’ayant aucune parenté. — Transformations immenses que l’architecture a subies dans l’Inde suivant les races qui l’habitent, et malgré la similitude des croyances.

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En examinant les rapports qui relient la constitution mentale d’un peuple, ses institutions, ses croyances et sa langue, j’ai dÛ me borner à de brÈves indications. Pour élucider de tels sujets, il faudrait entasser des volumes.

En ce qui concerne les arts, un exposé clair et précis est infiniment plus facile. Une institution, une croyance sont choses de définition douteuse, d’interprétation obscure, il faut rechercher les réalités, changeantes à chaque époque, qui se cachent derriÈre des textes morts, se livrer à tout un travail d’argumentation et de critique pour arriver à des conclusions finalement contestables. Les œuvres d’art, les monuments surtout, sont au contraire fort définies et d’interprétation facile. Les livres de pierre sont les plus lumineux des livres, les seuls qui ne mentent jamais, et c’est pour cette raison que je leur ai donné une place prépondérante dans mes ouvrages sur l’histoire des civilisations de l’Orient. J’ai toujours eu la plus grande défiance pour les documents littéraires. Ils trompent souvent et instruisent rarement. Le monument ne trompe guÈre et instruit toujours. C’est lui qui garde le mieux la pensée des peuples morts. Il faut plaindre la cécité mentale des spécialistes qui n’y cherchent que des inscriptions.

Etudions donc maintenant comment les arts sont l’expression de la constitution mentale d’un peuple et comment ils se transforment en passant d’une civilisation à une autre.

Dans cet examen, je ne m’occuperai que des arts orientaux. La genÈse et la transformation des arts européens ont été soumises à des lois identiques mais, pour montrer leur évolution chez les diverses races, il faudrait entrer dans des détails que ne saurait comporter le cadre infiniment restreint de cette étude.

Prenons d’abord les arts de l’Égypte, et voyons ce qu’ils sont devenus jadis en passant successivement chez trois races différentes : les nÈgres de l’Éthiopie, les Grecs et les Perses.

De toutes les civilisations qui ont fleuri sur la surface du globe, celle de l’Égypte s’est traduite le plus complÈtement dans ses arts. Elle s’y est exprimée avec tant de puissance et de clarté que les types artistiques nés sur les bords du Nil ne pouvaient convenir qu’à elle seule et n’ont été adoptés par d’autres peuples qu’aprÈs avoir subi de considérables transformations.

Les arts égyptiens, l’architecture surtout, sont issus d’un idéal particulier qui, durant cinquante siÈcles, fut la préoccupation constante de tout un peuple. L’Égypte rÊvait de créer à l’homme une demeure impérissable en face de son existence éphémÈre. Cette race, au contraire de tant d’autres, a méprisé la vie et courtisé la mort. Ce qui l’intéressait avant tout, c’était l’inerte momie qui, de ses yeux d’émail incrustés dans son masque d’or, contemple éternellement, au fond de sa noire demeure, des hiéroglyphes mystérieux. A l’abri de toute profanation dans sa maison sépulcrale, vaste comme un palais, cette momie retrouvait, peint et sculpté sur les parois de corridors sans fin, ce qui l’avait charmée durant sa brÈve existence terrestre.

L’architecture égyptienne est surtout une architecture funéraire et religieuse, ayant plus ou moins pour but la momie et les dieux. C’est pour eux que se creusaient les souterrains, que s’élevaient les obélisques, les pylônes, les pyramides, pour eux encore que les colosses pensifs se dressaient sur leurs trônes de pierre avec un geste si majestueux et si doux.

Tout est stable et massif dans cette architecture, parce qu’elle visait à Être éternelle. Si les Égyptiens étaient le seul peuple de l’antiquité que nous connaissions, nous pourrions bien dire, en effet, que l’art est la plus fidÈle expression de l’ame de la race qui l’a créé.

Des peuples trÈs différents les uns des autres : les Éthiopiens, race inférieure, les Grecs et les Perses, races supérieures, ont emprunté, soit à l’Égypte seule, soit à l’Égypte et à l’Assyrie, leurs arts. Voyons ce qu’ils sont devenus entre leurs mains.

Prenons d’abord le plus inférieur des peuples que nous venons de citer, les Éthiopiens.

On sait qu’à une époque fort avancée de l’histoire égyptienne (XXIVe dynastie), les peuples du Soudan, profitant de l’anarchie et de la décadence de l’Egypte, s’emparÈrent de quelques-unes de ses provinces et fondÈrent un royaume qui eut successivement Napata et Méroé pour capitale, et qui conserva son indépendance pendant plusieurs siÈcles. Éblouis parla civilisation des vaincus, ils essayÈrent de copier leurs monuments et leurs arts ; mais ces copies, dont nous possédons des spécimens, ne sont le plus souvent que de grossiÈres ébauches. Ces nÈgres étaient des barbares que leur infériorité cérébrale condamnait à ne jamais sortir de la barbarie ; et, malgré l’action civilisatrice des Égyptiens continuée pendant plusieurs siÈcles, ils n’en sont, en effet, jamais sortis. Il n’y a pas d’exemple dans l’histoire ancienne ou moderne qu’une peuplade nÈgre se soit élevée à un certain niveau de civilisation ; et toutes les fois que, par un de ces accidents qui, dans l’antiquité, se sont produits en Ethiopie, de nos jours à HaÏti, une civilisation élevée est tombée entre les mains de la race nÈgre, cette civilisation a été rapidement ramenée à des formes misérablement inférieures.

Sous une latitude bien différente, une autre race, alors également barbare, mais une race blanche, celle des Grecs, emprunta à l’Égypte et à l’Assyrie les premiers modÈles de ses arts, et se borna d’abord, elle aussi, à d’informes copies. Les produits des arts de ces deux grandes civilisations lui étaient fournis par les Phéniciens, maitres des routes de la mer reliant les côtes de la Méditerranée, et par les peuples de l’Asie Mineure, maitres des routes de terre qui conduisaient à Ninive et à Babylone.

Personne n’ignore à quel point les Grecs finirent par s’élever au-dessus de leurs modÈles. Mais les découvertes de l’archéologie moderne ont prouvé aussi combien furent grossiÈres leurs premiÈres ébauches, et ce qu’il leur fallut de siÈcles pour arriver à produire les chefs-d’œuvre qui les rendirent immortels. A Cette lourde tache de créer un art personnel et supérieur avec un art étranger, les Grecs ont dépensé environ sept cents ans ; mais les progrÈs réalisés dans le dernier siÈcle sont plus considérables que ceux de tous les ages antérieurs. Ce qui est le plus long à franchir pour un peuple, ce ne sont pas les étapes supérieures de la civilisation, ce sont les étapes inférieures. Les plus anciens produits de l’art grec, ceux du Trésor de MycÈnes, du XIIe siÈcle avant notre Ère, indiquent des essais tout barbares, de grossiÈres copies d’objets orientaux ; six siÈcles plus tard, l’art reste bien oriental encore ; l’Apollon de Ténéa, l’Apollon d’OrchomÈne ressemblent singuliÈrement à des statues égyptiennes ; mais les progrÈs vont devenir fort rapides, et, un siÈcle plus tard, nous arrivons à Phidias et aux merveilleuses statues du Parthénon, c’est-à-dire à un art dégagé de ses origines orientales et fort supérieur aux modÈles dont il s’était inspiré pendant si longtemps.



Il en fut de mÊme pour l’architecture, bien que les étapes de son évolution soient moins faciles à établir. Nous ignorons ce que pouvaient Être les palais des poÈmes homériques, vers le IXe siÈcle avant notre Ère ; mais les murs d’airain, les faites brillant de couleurs, les animaux d’or et d’argent gardant les portes, dont nous parle le poÈte, font immédiatement songer aux palais assyriens revÊtus de plaques de bronze et de briques émaillées, et gardés par des taureaux sculptés. Nous savons, en tout cas, que le type des plus anciennes colonnes doriques grecques, qui paraissent remonter au VIIe siÈcle, se retrouve en Égypte à Karnak et à Béni-Hassan ; que la colonne ionique a plusieurs de ses parties empruntées à l’Assyrie ; mais nous savons aussi que de ces éléments étrangers, un peu superposés d’abord, puis fusionnés, et enfin transformés, sont nés des colonnes nouvelles fort différentes de leurs primitifs modÈles.

A une autre extrémité de l’ancien monde, la Perse va nous offrir une adoption et une évolution analogues, mais une évolution qui n’a pu arriver à son terme, parce qu’elle a été brusquement arrÊtée par la conquÊte étrangÈre. La Perse n’a pas eu sept siÈcles, comme la GrÈce, mais deux cents ans seulement pour se créer un art. Un seul peuple, les Arabes, a réussi jusqu’ici à faire éclore un art personnel dans un temps aussi court.

L’histoire de la civilisation perse ne commence guÈre qu’avec Cyrus et ses successeurs, qui réussirent, cinq siÈcles avant notre Ère, à s’emparer de la Babylonie et de l’Égypte, c’est-à-dire des deux grands centres de civilisation dont la gloire éclairait alors le monde oriental. Les Grecs, qui devaient dominer à leur tour, ne comptaient pas encore. L’empire perse devint le centre de la civilisation, jusqu’à ce que, trois siÈcles avant notre Ère, il fÛt renversé par Alexandre, qui déplaça du mÊme coup le centre de la civilisation du inonde. Ne possédant aucun art, les Perses, lorsqu’ils se furent emparés de l’Égypte et de la Babylonie, lui empruntÈrent des artistes et des modÈles. Leur puissance n’ayant duré que deux siÈcles, ils n’eurent pas le temps de modifier profondément ces arts, mais, lorsqu’ils furent renversés, ils commençaient déjà à les transformer. Les ruines de Persépolis, encore debout, nous redisent la genÈse de ces transformations. Nous y retrouvons sans doute la fusion, ou plutôt la superposition des arts de l’Égypte et de l’Assyrie, mÊlés à quelques éléments grecs ; mais, des éléments nouveaux, notamment la haute colonne persépolitaine aux chapiteaux bicéphales, s’y montrent déjà, et permettent de pressentir que si le temps n’avait pas été si restreint pour les Perses, cette race supérieure se fÛt créé un art aussi personnel, sinon aussi élevé que celui des Grecs.

Nous en avons la preuve, lorsque nous retrouvons les monuments de la Perse une dizaine de siÈcles plus tard. A la dynastie des Achéménides, renversée par Alexandre, a succédé celle des Séleucides, puis celles des Arsacides et enfin celles des Sassanides, renversée au VIIe siÈcle par les Arabes. Avec eux la Perse acquiert une architecture nouvelle et quand elle édifie de nouveau des monuments, ils ont un cachet d’originalité incontestable résultant de la combinaison de l’art arabe avec l’ancienne architecture des Achéménides, modifiée par sa combinaison avec l’art hellénisant des Arsacides (portails gigantesques prenant toute la hauteur de la façade, briques émaillées, arcades ogivales, etc.). Ce fut cet art nouveau que les Mogols devaient ensuite transporter dans l’Inde en le modifiant à leur tour.

Dans les exemples qui précÈdent, nous trouvons des degrés variés des transformations qu’un peuple peut faire subir aux arts d’un autre, suivant la race et suivant le temps qu’il a pu consacrer à cette transformation.

Chez une race inférieure, les Éthiopiens, ayant cependant les siÈcles pour elle, mais n’étant douée que d’une capacité cérébrale insuffisante, nous avons vu que l’art emprunté avait été ramené à une forme inférieure. Chez une race, à la fois élevée et ayant les siÈcles pour elle, les Grecs, nous avons constaté une transformation complÈte de l’art ancien en un art nouveau fort supérieur. Chez une autre race, les Perses, moins élevée que les Grecs , et à laquelle le temps fut mesuré, nous n’avons trouvé qu’une grande habileté d’adaptation et des commencements de transformation.

Mais, en dehors des exemples la plupart lointains que nous venons de citer, il en est d’autres beaucoup plus modernes, dont les spécimens sont encore debout, qui montrent la grandeur des transformations qu’une race est obligée de faire subir aux arts qu’elle emprunte. Ces exemples sont d’autant plus typiques, qu’il s’agit de peuples professant la mÊme religion, mais ayant des origines différentes. Je veux parler des musulmans.

Lorsqu’au VIIe siÈcle de notre Ère, les Arabes s’emparÈrent de la plus grande partie du vieux monde gréco-romain, et fondÈrent ce gigantesque empire qui s’étendit bientôt de l’Espagne au centre de l’Asie, en longeant tout le nord de l’Afrique, ils se trouvÈrent en présence d’une architecture nettement définie : l’architecture byzantine. Ils l’adoptÈrent simplement tout d’abord, aussi bien en Espagne qu’en Égypte et en Syrie, pour l’édification de leurs mosquées. La mosquée d’Omar, à Jérusalem, celle d’Amrou, au Caire, et d’autres monuments encore debout, nous montrent cette adoption. Mais elle ne dura pas longtemps, et on voit les monuments se transformer de contrée en contrée, de siÈcle en siÈcle. Dans notre Histoire de la Civilisation des Arabes, nous avons montré la genÈse de ces changements. Ils sont tellement considérables, qu’entre un monument du début de la conquÊte, comme la mosquée d’Amrou, au Caire (742), et celle de KaÏt-Bey (1468) de la fin de la grande période arabe, il n’y a pas trace de ressemblance. Nous avons fait voir par nos explications et nos figures que, dans les divers pays soumis à la loi de l’Islam l’Espagne, l’Afrique, la Syrie, la Perse, l’Inde, les monuments présentent des différences tellement considérables qu’il est vraiment impossible de les classer sous une mÊme dénomination, comme on peut le faire, par exemple, pour les monuments gothiques, qui, malgré leurs variétés, présentent une évidente analogie.

Ces différences radicales dans l’architecture des pays musulmans ne peuvent tenir à la diversité des croyances, puisque la religion est la mÊme ; elle tient à ces divergences de races, qui influent sur l’évolution des arts aussi profondément que sur les destinées des empires.

Si cette assertion est exacte, nous devons nous attendre à trouver dans un mÊme pays, habité par des races différentes, des monuments fort dissemblables, malgré l’identité des croyances et l’unité de la domination politique. C’est là précisément ce qu’on peut observer dans l’Inde. C’est dans l’Inde qu’il est le plus facile de trouver des exemples venant à l’appui des principes généraux exposés dans cet ouvrage et c’est pourquoi j’y reviens toujours. La grande péninsule constitue le plus suggestif et le plus philosophique des livres d’histoire. C’est aujourd’hui la seule contrée, en effet, oÙ, par de simples déplacements dans l’espace, on puisse se déplacer à volonté dans le temps, et revoir vivantes encore les séries d’étapes successives que l’humanité a dÛ traverser pour atteindre les niveaux supérieurs de la civilisation. Toutes les formes d’évolution s’y retrouvent : l’age de la pierre y a ses représentants, et l’age de l’électricité et de la vapeur les y possÈde également. Nulle part on ne saurait mieux voir le rôle des grands facteurs qui président à la genÈse et à l’évolution des civilisations.

C’est en appliquant les principes développés dans le présent ouvrage que j’ai essayé de résoudre un problÈme cherché depuis longtemps : l’origine des arts de l’Inde. Le sujet étant fort peu connu et constituant une application intéressante de nos idées sur la psychologie des races, nous allons en résumer ici les lignes les plus essentielles 



Au point de vue des arts, l’Inde n’apparait que fort tard dans l’histoire. Ses plus vieux monuments, tels que les colonnes d’Asoka, les temples de Karli, de Bharhut, de Sanchi, etc., sont de deux siÈcles à peine antérieurs à notre Ère. Lorsqu’ils furent construits, la plupart des vieilles civilisations du monde ancien, celles de l’Égypte, de la Perse et de l’Assyrie, celle de la GrÈce elle-mÊme, avaient terminé leur cycle et pénétraient dans la nuit de la décadence. Une seule civilisation, celle de Rome, avait remplacé toutes les autres. Le monde ne connaissait plus qu’un maitre.

L’Inde, qui émergeait si tard de l’ombre de l’histoire, avait donc pu emprunter bien des choses aux civilisations antérieures ; mais l’isolement profond oÙ naguÈre encore on admettait qu’elle avait toujours vécu, et l’étonnante originalité de ses monuments, sans parenté visible avec tous ceux qui les avaient précédés, a fait longtemps écarter toute hypothÈse d’emprunts étrangers.

A côté de leur incontestable originalité, les premiers monuments de l’Inde montraient aussi une supériorité d’exécution que, dans la suite des siÈcles, ils ne devaient pas dépasser. Des œuvres d’une telle perfection avaient été précédées sans doute de longs tatonnements antérieurs ; mais, malgré les plus minutieuses recherches, aucune ébauche, aucun monument d’ordre inférieur ne révélait la trace de ces tatonnements.

La découverte récente, dans certaines régions isolées du nord-ouest de la péninsule, de débris de statues et de monuments révélant des influences grecques évidentes avait fini par faire croire aux indianistes que l’Inde avait emprunté ses arts à la GrÈce.

L’application des principes précédemment exposés et l’examen approfondi de la plupart des monuments existant encore dans l’Inde, nous conduisit à une solution tout à fait différente. L’Inde, suivant nous, malgré son contact accidentel avec la civilisation grecque, ne lui a emprunté aucun de ses arts et ne pouvait lui en emprunter aucun. Les deux races en présence étaient trop différentes, leurs pensées trop dissemblables, leurs génies artistiques trop incompatibles pour qu’elles aient pu s’influencer.

L’examen des anciens monuments disséminés dans l’Inde montre immédiatement d’ailleurs qu’entre ses arts et ceux de la GrÈce il n’y a aucune parenté.Alors que tous nos monuments européens sont pleins d’éléments empruntés à l’art grec, les monuments de l’Inde n’en présentent absolument aucun. L’étude la plus superficielle que nous sommes en présence de races extrÊmement différentes, et qu’il n’y eut jamais peut-Être de génies plus dissemblables — je dirai mÊme plus antipathiques, — que le génie grec et le génie hindou.

Cette notion générale ne fait que s’accentuer quand on pénÈtre plus avant dans l’étude des monuments de l’Inde et dans la psychologie intime des peuples qui les ont créés. On constate bientôt que le génie hindou est trop personnel pour subir une influence étrangÈre éloignée de sa pensée. Elle peut Être imposée, sans doute, cette influence étrangÈre ; mais, si prolongée qu’on la suppose, elle reste infiniment superficielle et transitoire. Il semble qu’entre la constitution mentale des diverses races de l’Inde et celle des autres peuples, il y ait des barriÈres aussi hautes que les obstacles formidables créés par la nature entre la grande péninsule et les autres contrées du globe. Le génie hindou est tellement spécial que, quel que soit l’objet dont la nécessité lui impose l’imitation, cet objet est immédiatement transformé et devient hindou. MÊme dans l’architecture, oÙ il est pourtant difficile de dissimuler les emprunts, la personnalité de ce bizarre génie, cette faculté de déformation rapide se révÈle bien vite.On peut bien faire copier une colonne grecque par un architecte hindou, mais on ne l’empÊchera pas de la transformer rapidement en une colonne qu’à premiÈre vue on qualifiera d’hindoue. MÊme de nos jours oÙ l’influence européenne est pourtant si puissante dans l’Inde, de telles transformations s’observent journellement. Donnez à un artiste hindou un modÈle européen quelconque à copier, il en adoptera la forme générale, mais il exagérera certaines parties, multipliera, en les déformant, les détails d’ornementation, et la seconde ou la troisiÈme copie aura dépouillé tout caractÈre occidental pour devenir exclusivement hindoue.

Le caractÈre fondamental de l’architecture hindoue, — et ce caractÈre se retrouve dans la littérature, fort parente pour cette raison de l’architecture, — c’est une exagération débordante, une richesse infinie de détails, une complication qui est précisément l’antipode de la simplicité correcte et froide de l’art grec. C’est surtout en étudiant les arts de l’Inde qu’on comprend à quel point les œuvres plastiques d’une race sont souvent en rapport avec sa constitution mentale, et forment le plus clair des langages pour qui sait les interpréter. Si les Hindous avaient, comme les Assyriens, entiÈrement disparu de l’histoire, les bas-reliefs de leurs temples, leurs statues, leurs monuments suffiraient à nous révéler leur passé. Ce qu’ils nous diraient surtout, c’est que l’esprit méthodique et clair des Grecs n’a jamais pu exercer la plus légÈre influence sur l’imagination débordante et sans méthode des Hindous. Ils nous feraient comprendre aussi pourquoi une influence grecque dans l’Inde ne put jamais Être que transitoire et limitée toujours à la région oÙ elle fut momentanément imposée.

L’étude archéologique des monuments nous a permis de confirmer par des documents précis ce que la connaissance générale de l’Inde et de l’esprit hindou révÈle immédiatement. Elle nous a permis de constater ce fait curieux que, à plusieurs reprises et notamment pendant les deux premiers siÈcles de notre Ère, des souverains hindous en relations avec les rois Arsacides de la Perse, dont la civilisation était trÈs empreinte d’hellénisme, voulurent introduire dans l’Inde l’art grec, mais ne réussirent jamais à l’y faire vivre.

Cet art d’emprunt, tout officiel, et sans relation avec la pensée du peuple chez lequel il était importé, disparut toujours avec les influences politiques qui lui avaient donné naissance. Il était d’ailleurs trop antipathique au génie hindou, pour avoir eu, mÊme pendant la période oÙ il fut imposé, quelque influence sur l’art national. On ne retrouve pas, en effet, dans les monuments hindous contemporains ou postérieurs, tels que les nombreux temples souterrains, trace d’influences grecques. Elles seraient, d’autre part, trop faciles à discerner pour pouvoir Être méconnues. En dehors de l’ensemble, qui est toujours caractéristique, il y a des détails techniques, le travail des draperies notamment, qui révÈle immédiatement la main d’un artiste grec.

La disparition de l’art grec dans l’Inde fut aussi soudaine que sou apparition, et cette soudaineté mÊme montre à quel point il fut un art d’importation, officiellement imposé, mais sans affinité avec le peuple qui avait dÛ l’accepter. Ce n’est jamais ainsi que disparaissent les arts chez un peuple ; ils se transforment, et l’art nouveau emprunte toujours quelque chose à celui dont il hérite. Venu brusquement dans l’Inde, l’art grec en disparut brusquement, et y exerça une influence aussi nulle que celle des monuments européens que les Anglais y construisent depuis deux siÈcles.

L’absence actuelle d’influence des arts européens dans l’Inde, malgré plus d’un siÈcle de domination absolue, peut Être rapprochée du peu d’influence des arts grecs, il y a dix-huit siÈcles. On ne peut nier qu’il y ait là une incompatibilité de sentiments esthétiques, car les arts musulmans, bien qu’aussi étrangers à l’Inde que les arts européens, ont été imités dans toutes les parties de la péninsule. MÊme dans celles oÙ les musulmans n’ont jamais possédé aucun pouvoir, il est rare de trouver un temple ne contenant pas quelques motifs d’ornementation arabe. Sans doute, comme au temps lointain du roi Kanishka, nous voyons aujourd’hui des rajahs, tels que celui de Gwalior, séduits par la grandeur de la puissance des étrangers, se faire batir des palais européens de style gréco-latin, mais — toujours comme au temps de Kanishka — cet art officiel, superposé à l’art indigÈne, est totalement sans influence sur ce dernier.

L’art grec et l’art hindou ont donc jadis subsisté côte à côte, comme l’art européen et l’art hindou aujourd’hui, mais sans jamais s’influencer. En ce qui concerne les monuments de l’Inde proprement dite, il n’en est pas un seul dont on puisse dire qu’il présente dans son ensemble ou dans ses détails une ressemblance quelconque, si lointaine qu’on la suppose, avec un monument grec.



Cette impuissance de l’art grec à s’implanter dans l’Inde a quelque chose de frappant, et il faut bien l’attribuer à cette incompatibilité que nous avons signalée entre l’ame des deux races, et non à une sorte d’incapacité native de l’Inde à s’assimiler un art étranger, puisqu’elle a parfaitement su s’assimiler et transformer les arts qui étaient en rapport avec sa constitution mentale.

Les documents archéologiques que nous avons pu réunir nous ont montré que c’est en effet à la Perse que l’Inde a demandé l’origine de ses arts ; non pas à la Perse un peu hellénisée du temps des Arsacides, mais à la Perse héritiÈre des vieilles civilisations de 1’Assyrie et de l’Egypte. On sait que lorsque, 330 ans avant Jésus-Christ, Alexandre, renversa la dynastie des rois Achéménides, les Perses possédaient depuis deux siÈcles une civilisation brillante. Ils n’avaient pas trouvé sans doute la formule d’un art nouveau, mais le mélange des arts égyptien et assyrien dont ils avaient hérité, avait produit des œuvres remarquables. Nous en pouvons juger par les ruines encore debout de Persépolis. Là, les pylônes de l’Égypte, les taureaux ailés de l’Assyrie, et mÊme quelques éléments grecs nous montrent que, sur cette région limitée de l’Asie, se trouvaient en présence tous les arts des grandes civilisations antérieures.

C’est dans la Perse que l’Inde est venue puiser, mais elle puisait en réalité dans les arts de la Chaldée et de l’Égypte que la Perse s’était bornée à emprunter.

L’étude des monuments de l’Inde révÈle de quels emprunts ils ont vécu à leur origine : mais, pour constater ces emprunts, il faut s’adresser aux monuments les plus anciens : l’ame hindoue est tellement spéciale, que les choses empruntées subissent, pour s’adapter à ses conceptions, des transformations telles qu’elles deviennent bientôt méconnaissables.

Pourquoi l’Inde, qui s’est montrée si incapable d’emprunter quoi que ce soit à la GrÈce, s’est-elle, au contraire, montrée si apte à emprunter à la Perse ? C’est évidemment que les arts de la Perse étaient trÈs en rapport avec la structure de son esprit, alors que les arts de la GrÈce ne l’étaient nullement. Les formes simples, les surfaces peu ornementées des monuments grecs ne pouvaient convenir à l’esprit hindou, alors que les formes tourmentées, l’exubérance de la décoration, la richesse de l’ornementation des monuments de la Perse devaient le séduire.

Ce n’est pas d’ailleurs seulement à cette époque lointaine, antérieure à noire Ère, que la Perse, représentante de l’Égypte et de l’Assyrie, exerça par ses arts son influence sur l’Inde. Lorsque, bien des siÈcles plus tard, les musulmans apparurent dans la péninsule, leur civilisation, pendant son passage à travers la Perse, s’était profondément saturée d’éléments persans ; et ce qu’elle apporta à l’Inde, ce fut un art surtout persan qui portait encore la trace de ses vieilles traditions assyriennes continuées par les rois achéménides. Les portes gigantesques des mosquées, et surtout les briques émaillées qui les recouvrent, sont des vestiges de la civilisation chaldéo-assyrienne. Ces arts, l’Inde sut se les assimiler encore, parce qu’ils étaient en rapport avec le génie de sa race, alors que l’art grec autrefois, l’art européen aujourd’hui, profondément antipathiques à sa façon de sentir et de penser, sont toujours restés sans influence sur lui.

Ce n’est donc pas à la GrÈce, comme le soutiennent encore les archéologues, mais bien à l’Égypte et à l’Assyrie — par l’intermédiaire de la Perse, — que l’Inde se rattache. L’Inde n’a rien pris à la GrÈce, mais toutes deux ont puisé aux mÊmes sources, à ce trésor commun, fondement de toutes les civilisations, élaboré pendant des siÈcles par les peuples de l’Égypte et de la Chaldée. La GrÈce lui a emprunté, par l’intermédiaire des Phéniciens et des peuples de l’Asie Mineure, l’Inde par l’intermédiaire de la Perse. Les civilisations de la GrÈce et de l’Inde remontent ainsi à une source commune ; toutefois dans les deux contrées, les courants issus de cette source ont bientôt — suivant le génie de chaque race — profondément divergé.

Mais si, comme nous l’avons dit, l’art est en rapport intime avec la constitution mentale de la race et si pour cette raison le mÊme art emprunté par des races dissemblables revÊt aussitôt des formes trÈs différentes, nous devons nous attendre à ce que l’Inde, habitée par des races trÈs diverses, possÈde des arts fort différents, des styles d’architecture sans ressemblance, malgré l’identité des croyances.

L’examen des monuments des diverses régions de l’Inde montre à quel point il en est ainsi. Les différences entre les monuments sont mÊme tellement profondes que nous n’avons pu les classer que par régions, c’est-à-dire suivant la race, et pas du tout suivant la religion à laquelle appartiennent les peuples qui les ont construits.

Il n’y a aucune analogie entre les monuments du nord de l’Inde et ceux du sud élevés à la mÊme époque, par des peuples professant pourtant une religion semblable.MÊme pendant la domination musulmane, c’est-à-dire pendant la période oÙ l’unité politique de l’Inde fut la plus complÈte, l’influence du pouvoir central la plus grande, les monuments purement musulmans présentent des différences profondes d’une région à l’autre. Une mosquée d’Ahmedabad, une mosquée de Lahore, une mosquée d’Agra, une mosquée de Bijapour, bien que consacrées au mÊme culte, ne présentent qu’une bien faible parenté, parenté beaucoup moindre que celle qui rattache un monument de la Renaissance à ceux de la période gothique.

Ce n’est pas seulement l’architecture qui diffÈre dans l’Inde d’une race à l’autre ; la statuaire varie également dans les diverses régions, non seulement par les types représentés, mais surtout par la façon dont ils sont traités. Que l’on compare les bas-reliefs ou les statues de Sanchi avec ceux de Bharhut, presque contemporains pourtant, la différence est déjà manifeste. Elle est plus gronde encore quand on compare les statues et les bas-reliefs de la province d’Orissa avec ceux du Bundelkund, ou encore les statues du Mysore avec elles des grandes pagodes du sud de l’Inde. L’influence de la race apparait partout. Elle apparait d’ailleurs dans les moindres objets artistiques : personne n’ignore combien ils sont différents d’une partie de l’Inde à l’autre. Il ne faut pas un œil trÈs exercé pour reconnaitre un coffret de bois sculpté de Mysore du mÊme coffret sculpté dons le Guzrat, ni pour distinguer un bijou de la côte d’Orissa d’un bijou de la côte de Bombay.

Sans doute, l’architecture de l’Inde est, comme celle de tous les Orientaux, une architecture principalement religieuse ; mais quelque grande que puisse Être l’influence religieuse, en Orient surtout, l’influence de la race est beaucoup plus considérable.

Cette ame de la race, qui dirige la destinée des peuples, dirige donc aussi leurs croyances, leurs institutions et leurs arts ; quel que soit l’élément de civilisation étudié, nous la retrouvons toujours. Elle est la seule puissance contre laquelle aucune autre ne saurait prévaloir. Elle représente le poids de milliers de générations, la synthÈse de leur pensée.



Pour les détails techniques qui ne pourraient mÊme pas Être effleurés ici je renverrai à mon ouvrage : Les Monuments de l’Inde, un vol. in-folio illustré de 400 planches d’aprÈs mes photographies, plans et dessins (librairie Didot). Plusieurs de ces planches, réduites, ont paru dans mon ouvrage Les Civilisations dans l’Inde, in-4° de 800 pages.






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